|  Propos recueillis en mai 2002
DERNIÈRE SORTIE : "Oxydes" |
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|  |   |  |        | | Par Christophe Labussière | | Photos D.R. |
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|  | Derrière la machine Mlada Fronta se cache Rémy Pelleschi. L’album "Fe2 O3", sorti l’année dernière, lui a enfin offert, après 10 ans de "carrière" et 4 albums, la reconnaissance d’un public réputé exigeant. Derrière ses machines, Rémy a toujours su exactement ce qu’il voulait et sa persévérance et son besoin de perfection lui ont toujours permis d’arriver à ses fins.
"Illusory Time" date de 1993, quel regard portes-tu sur tes débuts dix ans après ? Que des bons souvenirs à vrai dire... ce premier disque nous a permis à l’époque de découvrir le réseau actif des fanzines et des radios indépendantes, de rencontrer des gens aussi passionnés que nous et qui allaient jusqu’à organiser des concerts avec leurs propres deniers pour nous faire jouer dans leur ville. Mais aussi de s’apercevoir de la difficulté qu’il y a à vendre un disque autoproduit ! Ce sont toutes ces personnes qui sont dans l’ombre qui font avancer les choses dans le bon sens, pas dans le sens des majors compagnies, qui elles n’ont qu’un seul intérêt : la rentabilité de l’artiste ! Cette logique de proxénétisme de l’artiste n’existe pas ou à moindre mesure avec les labels indés. Il en résulte qu’aujourd’hui, après 4 albums sortis, la scène indé électro-indus-powernoise-IDM d’un peu partout a su reconnaître mon travail et m’a ainsi donné l’opportunité d’exporter mes productions sur les cinq continents, ceci est bien la preuve que la musique est un langage universel, non ?!?
À chaque album, ta musique a pris un virage important, comment expliques-tu ces changements ? Il n’y a rien de pire que la routine dans la musique... je suis en perpétuelle réflexion sur mon travail et cela me pousse à me renouveler sans cesse sur chaque production. Ceci se traduit tant par la structure même au sein du groupe, qui s’est vu réduite à son plus strict minimum 10 ans plus tard, que par une recherche incessante de sonorités particulières et variées. À l’origine, je composais au clavier et j’écrivais des textes, un fonctionnement plutôt "conventionnel", alors que maintenant mon travail s’apparente plus à du sound design, à la création d’univers sonores plus personnels. Avec la musique électronique, les expériences peuvent se faire tout seul chez soi, à n’importe quelle heure de la journée ou de la nuit, car l’interface ordinateur ou synthé analogique s’adapte parfaitement à cette pratique. Il m’est très souvent arrivé d’expérimenter des jours durant des sons sur un synthé ou un logiciel de création sonore et d’arriver ensuite par simple superposition de ces "plans" à créer un morceau en quelques heures. Le processus créatif est optimal car il est sans concession, on n’a pas à discuter entre musiciens si c’est bien ou pas... Mais cela nous oblige à avoir un sens critique pointu et objectif sur les décisions que l’on prend.
Sur les deux premiers albums, les textes étaient importants pour toi. Comment t’es-tu résolu à faire disparaître le chant à partir de "High Tension" ? La musique parle d’elle-même, c’est sa force. Les sons plongent l’auditeur dans des univers qui lui sont propres, chacun a sa perception des couleurs et des fréquences qui lui sont présentées. Le chant, à mon sens, détruirait le fragile équilibre qui est mis en place, et modifierait trop le processus créatif de ma musique qui se veut expérimentale. La voix est un outil de communication qui nous sert à nous comprendre mutuellement. Mais lorsqu’une personne chante, notre cerveau va analyser le sens des mots, chercher la signification du texte, et notre concentration va en être modifiée... donc le morceau va prendre une autre dimension qui n’est pas forcément celle que je souhaite lui donner au départ ! Il faut savoir laisser parler les sons ... cela donne place à d’autres vibrations tout aussi intéressantes à mon avis.
La première partie de "Fe2 O3" semble plus calme que tout ce que tu as pu faire jusqu’ici. Avec "Fe2", j’ai volontairement créé une œuvre avec des ambiances cinématographiques, ce CD de 80 minutes est un peu comme un long métrage. J’ai accentué l’effet sur des ambiances mentales et organiques, et j’essaie ainsi de "provoquer" une histoire. "O3" s’oppose et se complète avec "Fe2" car ils sont indissociables. Ils n’ont de sens que s’ils sont réunis. Qu’importe l’ordre d’écoute de ces 2 CD, ils tranchent littéralement et c’est voulu pour créer une réaction de l’auditeur. L’aspect plus physique de "O3" s’harmonise parfaitement avec la profondeur de "Fe2", chacun écoutera ces CD selon l’humeur du moment.
Combien de temps as-tu travaillé sur ce disque ? En tout et pour tout, il m’a fallu 2 ans pour le réaliser. Le plus gros de mon temps a été consacré à rechercher des milliers de sons un peu partout et surtout à en créer des tonnes à partir de mes synthés analogiques ou des softs de création sonore. Il m’a fallu près d’un an et demi pour me constituer une banque de sons de près de 75 Go. J’ai un disque dur uniquement réservé à les stocker. Ensuite la création est allée assez rapidement, puisqu’en 6 mois j’ai composé les 24 titres, je les ai mixés puis masterisés. C’est cette méthode de travail qui a vraiment influé sur ma façon de composer, qui se veut plus expérimentale et qui débouche sur d’heureuses "rencontres" sonores... combien de fois des ambiances complexes ou des rythmes combinés avec d’autres ont été le fruit du hasard, je ne les compte plus !
"Oxydes" a-t-il été enregistré en même temps ? Pas dans sa totalité. Pour la petite histoire, j’avais composé 30 titres pour "Fe2 O3", mais la durée des 2 CD ne suffisait pas à les mettre tous, d’où l’idée de créer une trilogie. "Fe2 O3" en est le premier volet, "Oxydes" le second et "Dioxydes", qui devrait sortir en avril 2003 sera le troisième.
Est-ce que la musique de Mlada Fronta va continuer à évoluer ou penses-tu être arrivé à maturité ? L’évolution sera permanente, c’est une contrainte que je me fixe. Je ne veux absolument pas donner l’impression de me répéter ou de tourner en rond, ce serait le signe d’une créativité stérile, ça signifierait que je n’ai plus grand-chose à dire.
Comment s’est passée ta récente tournée américaine ? Très bien et à tous les niveaux ! Nous sommes partis 15 jours et à chaque fois il y a eu un excellent accueil de la part du public et des organisateurs. Les salles sont vraiment sympas, ce sont généralement des clubs de 300-400 personnes, il y a ainsi une intimité avec le public ! Nous avons débuté à Salt Lake City, puis ensuite Seattle, San Francisco, Los Angeles, Phoenix (l’Arizona, c’est magnifique !), Albuquerque et enfin Milwaukee (prés de Chicago). J’ai tout filmé, il y a près de 15 heures de vidéo numérique... cela me donnera peut-être un jour l’occasion de les exploiter !
C’était la première fois que tu tournais en dehors de l’Europe ? Oui, et quelle expérience ! |  |  |  |  | 1/2 |  | | |  | |
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