|  Propos recueillis en mars 2002
DERNIÈRE SORTIE : "Vents contraires" |
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|  |   |  |        | | Par Stéphane Colombet | | Photos Floria Sigismondi |
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|  | C’est l’histoire d’une jeune femme française qui, pour faire le bien autour d’elle… s’est mise à la musique. Et quelle musique ! On n’avait rien entendu d’aussi poignant dans l’hexagone depuis la nuit des temps. C’est mélancolique, triste et beau. Mais c’est aussi nouveau parce qu’à la frontière de plusieurs genres musicaux. D’ores et déjà, les quelques détracteurs sont ceux qui ont perdu le fil et pour qui la confusion des genres est incompréhensible, donc inconfortable. C’est pourtant cet univers musical inédit, métissé de musique électronique sombre et de chanson française qui fait justement toute la nouveauté et l’intérêt d’un tel projet.
Il était donc nécessaire que Prémonition rencontre rapidement cette perle rare. C’est chose faite. On est tombé sous le charme. Comme elle, derrière un verre de bon vin, on s’est imprégné de sa bien belle histoire, de son parcours unique, "saoulés de vie, ivres de mort". Elle nous a conté son aventure : "Beaucoup de voyages, juste quelques années d’apprentissage solitaire de la musique, de longs mois d’écriture, plus de dix semaines d’enregistrement entre le Canada (l’album aurait pu s’intituler "Vents couverts" elle l’avait envisagé elle-même) et les Etats-Unis", une absence totale de concessions commerciales tant au niveau musical que visuel, ont fait naître une sylphide sonore d’un temps nouveau.
Pour accoucher d’un tel bijou, Aude s’est nourrie du meilleur. Elle est allée convaincre un surdoué de la musique synthétique et des samples, le canadien Bill Leeb (et ses comparses, le programmeur Chris Peterson et l’ingénieur du son Greg Reely), homme-machine à la tête du très reconnu bien que toujours underground Front Line Assembly et du plus vendeur Delerium. Aude partage l’amour des mêmes univers et dévore tout comme lui la science fiction et les univers cybernétique, allant parfois chercher l’inspiration du côté d’Alien et de Blade Runner. À l’issue de cette rencontre, Aude écrit et interpréte deux titres de "Poem" le dernier album de Delerium, Terra Firma et Nature’s Kingdom, succédant et égalant les prestations aux voix paradisiaques de Lisa Gerrard et de Sarah Mac Lachlan. Bill Leeb n’aura ensuite aucune hésitation a prendre en main Aude pour travailler sur son premier album.
La muse n’est pas vraiment perméable aux facilités : même si elle cite volontiers des artistes comme Björk "J’affectionne certaines créations récentes, mais si ma culture a été faite hier avec The Cure j’écoute aujourd’hui volontiers :Wumpscut:, Velvet Acid Christ ou encore Rammstein".
Et "Vents contraires", son premier album, est le mélange envoûtant de toutes ces influences. Une écoute superficielle rappellerait peut-être Enigma (pour les samples de chants d’église) ou Enya (pour quelques envolées lyriques). La réalité est plus proche d’une Kate Bush et, plus encore, d’une Tori Amos du nouveau millénaire. Et les textes en français, écrits pour partie avec François Welgryn, le "frère de plume", n’ont rien à envier aux références précitées. Des contes stellaires aux teintes de solitude, des jeux de maux pour soigner les blessures. Tout est sensible et onirique. Tout est fait de contraires qui s’attirent, comme la souris en peluche et le félin bien vivant qui partagent l’univers de l’artiste.
Si le titre Antichambre (est-ce que je t’aime encore) peut paraître de prime abord un peu lisse (avec, néanmoins, un bien joli clip réalisé par Anne Paris rempli d’éclairages comme un clin d’œil au "Sleepy Hollow" de Tim Burton), des morceaux tels que Camélie (le caméléon, seul titre actuellement en anglais), Coup de corps et surtout Léonie (ma préférée, attirante et surtout fatale) créent une véritable jouissance auditive, tant les mélodies implacables portées par un chant magique et des nappes électroniques aux rythmiques obsédantes procurent l’effet divin. Sans oublier le charme de Shana (en original ou dans la version white label du remix de Tony Finger, actuellement en radio) et les paroles fort aiguisées d’Assez.
Et l’esthétisme est tout aussi exceptionnel. Non contente d’avoir les meilleurs musiciens, Aude s’est offerte les services luxueux de Floria Sigismondi, géniale photographe, égérie de Marilyn Manson et de David Bowie…
La belle est ambitieuse et tacticienne : elle envisage de ré-enregistrer les chants de son album en anglais, ce qui lui ouvrirait évidemment plus de portes (et d’oreilles) chez nos voisins étrangers. Aude souhaiterait aussi insuffler les vents contraires sur scène. Sa collaboration musicale future, elle la voudrait avec Mark Bell (ex-LFO, remixeur de Björk et Madonna, programmeur du dernier album de Depeche Mode) et Craig Armstrong (complice de Massive Attack et créateur de bandes-sons à succès). Inutile de préciser qu’Aude aime les musiques de films. Mieux, elle en conçoit déjà : elle vient de signer, avec le compositeur Romaric Laurence, un fort beau titre, néo-classique et dépouillé (One Day) sur la bande originale du film de Sandrine Ray "Vivante" (B.O. composée par Romaric Laurence, qui reprend aussi le morceau Camélie déjà sur l’album).
Tout ceci fait d’Aude un être différent, une exception culturelle sortie de nulle part qui s’offre à nous comme un bonheur inattendu. Gageons que cette entrée magnifique dans le monde du disque emportera Aude vers les sommets que sa musique et sa voix nous inspirent. |  |  |  | | |  | |
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