Propos recueillis
en mars 2002

DERNIÈRE SORTIE :
"Daniel Ash"




SITE OFFICIEL :
www.danielash.org

LABEL :
www.psychobaby.com
Par Christophe Labussière  
Photos chrisjensen.com  

"J’étais à une soirée dans la maison de Twiggy, le bassiste de Marilyn Manson, et alors que Sean Penn était en train de lire des spoken words j’ai eu l’idée de faire chanter Walk On The Moon par Milla (Jovovitch –ndlr), c’était une excellente chanteuse avant de devenir une actrice. Mais malheureusement au moment d’enregistrer l’album elle n’était pas disponible...". C’est ce type d’anecdotes qui caractérise Daniel Ash. Une histoire inattendue, une histoire parmi toutes celles qui ont fait sa propre histoire.

C’est plus de 20 ans avant cette rencontre improbable que l’histoire de Bauhaus a débutée. En 1979 Daniel Ash, Peter Murphy, David J et Kevin Haskins se lancent dans une aventure qui s’arrêtera brutalement en 1983… pour ressusciter 15 ans plus tard pour une tournée mondiale aussi inattendue qu’exceptionnelle. "Ça a été quelque chose d’absolument génial, se retrouver ainsi si longtemps après s’être séparés nous a tous projetés d’un coup dans les plus beaux jours de notre adolescence. On avait l’impression d’avoir 20 ans à nouveau". Et si on lui demande s’ils n’ont pas envisagé à ce moment-là de retourner ensemble en studio "Non, c’était une page à tourner et j’ai adoré cette façon de la tourner. Mais il fallait vraiment passer à autre chose.". Et Daniel Ash a toujours su passer à autre chose quand le moment se présentait, les multiples formations qu’il a menées sont autant de preuves de son indépendance.

Juste avant la rupture de Bauhaus il crée Tones On Tails (82/84) avec Glen Campling qui était alors roadie du groupe. C’est lorsque Bauhaus se sépare que Kevin Haskins les rejoint. Une poignée de singles et un album marquent très vite la rupture avec Bauhaus et imposent sa voix et sa personnalité, avec un son extrêmement original (on entend quelques accords de l’inusable Christian Says De Tones On Tail sur le morceau Mastermind sur le dernier album de Daniel Ash). Rejoints par David J en 1984 ils forment Love & Rockets (84/98) pour sept albums et autant de hits qui les imposent comme un groupe majeur et incontournable pendant plus de 15 ans. Si aujourd’hui on lui demande quelles sont les 3 chansons qui devront rester parmi toutes celles qu’il a faites il cite sans hésiter "Bela Lugosi’s Dead, So Alive... et Twist". Bauhaus, Love & Rockets et Tones On Tail.

Peu disert sur le split de Love & Rockets, "Là aussi était venu le temps de tourner la page…", il l’est plus sur son nouveau projet et sa façon de travailler. "Je vais être honnête, quand j’ai travaillé avec chacun de ces groupes, il a toujours été essentiel pour moi d’avoir un son que personne d’autre n’avait. Et aujourd’hui j’adore l’electronica, la techno, et j’ai été clairement influencé par ces musiques. J’en avais assez de cette vieille méthode de travail basée sur la batterie, la basse... je voulais faire quelque chose de plus créatif et de plus contemporain". Et il y est parvenu avec une nonchalance étonnante. Cet album éponyme nous entraîne dans des ambiances cotonneuses aux sonorités aussi intéressantes qu’agréables, rythmiques subtiles et basse mystérieuse, et où curieusement l’esprit de chacun de ses groupes hante chaque recoin. Une sorte de crossover parfaitement réussi où la voix de Daniel Ash est tout bonnement irrésistible. DJ Keoki (Daniel avait participé à son album "Jealousy") aura su brillamment accompagner Daniel en studio pendant les sept mois qu’ont duré l’enregistrement de l’album "J’habitais à cette époque avec DJ Keoki et j’ai monté mon propre studio, loin du centre au nord de LA. Je tenais à m’isoler, me couper des autres."

Un repli sur lui-même qui transparaît dans les mélodies souvent douces-amères de cet album. "Cet album n’a rien de spécialement joyeux, j’ai toujours pensé que la bonne musique ne vient pas quand tout va bien, elle vient du plus profond de toi, c’est la passion et la tristesse qui t’animent. Cette musique là, ces mélodies, c’est dans mon sang qu’elles naissent".

Coupé des autres, mais néanmoins toujours sous l’influence de hasards et de rencontres : "J’étais dans un café à Bristol en Angleterre lorsque j’ai trouvé sur le sol un court poème écrit avec une écriture d’enfant... j’ai tout de suite pensé que ce serait génial de faire lire ce texte par mon neveu"... et ainsi est né Kid 2000. Pour Spooky, un classique des années 60, "J’étais en train de me faire couper les cheveux par un un ami dans son salon, et j’ai entendu cette chanson de Dusty Springfield. J’ai été étourdi par les paroles... j’aurais pu écrire cette chanson. Je l’ai enregistrée en une journée, et ça c’est toujours bon signe !".

Si les deux précédentes tentatives solo de Daniel Ash n’avaient pas spécialement attiré notre attention (en 91 et 92, alors que chacun des membres de Love & Rockets s’était également tourné vers ses propres projets solo), ce n’est certainement pas le cas de ce dernier album, une réussite parfaite autant qu’une véritable surprise, et certainement un nouveau rebond pour la carrière de Daniel Ash, comme lui-même semble le croire "J’espère vraiment que cet album aura un vrai succès commercial, je n’ai pas envie de n’en vendre qu’une poignée ! J’ai toujours cherché à avoir du succès, même à l’époque de Bauhaus !". Cet album le mérite vraiment.