|  Propos recueillis en mai 2002
DERNIÈRE SORTIE : "The Scavenger Bride" |
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|  |   |  |      | | Par Stéphane Leguay | | Photos D.R. |
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|  | Architecte des temps modernes et maître d’œuvre de chantiers sonores toujours plus ambitieux, Sam Rosenthal, à la manière de ses ancêtres bâtisseurs de cathédrales, semble s’être engagé depuis plus de quinze ans dans une quête de la lumière qui tutoierait aujourd’hui les cieux les plus immaculés. Un but sans doute inaccessible dont Black Tape for a Blue Girl n’aura cependant avec "The Scavenger Bride" jamais été aussi près d’atteindre. Une œuvre d’art conceptuelle et riche à l’image de son Pygmalion : passionnée et romantique.
Marcel Duchamp était l’une des principales influences de votre précédent opus "As one Aflame Laid Bare by Desire", et son fantôme hante à nouveau "The Scavenger Bride" : à quel degré sa vie et son œuvre t’influencent-elles en tant qu’artiste ? Je crois qu’une fois que tu deviens fan de Duchamp, il est très difficile de s’en séparer. Il devient en effet dur de se dire "ceci est mon opinion" alors qu’en même temps cette opinion n’est qu’une tangente de ce que Duchamp a dit un jour. Et c’est particulièrement délicat lorsqu’il s’agit de domaines dans lesquels j’ai déjà travaillé et où je découvre un jour que lui aussi s’y est aventuré avant moi. Lui et moi traitons à propos du Désir, le Désir comme catalyseur de changement. Et s’il est vrai que c’est un thème que j’ai abordé d’une manière plus physique que lui, il n’en demeure pas moins qu’il reste toujours un peu de Duchamp dans tout ce que je fais à présent.
Franz Kafka est lui aussi une référence récurrente chez Black Tape for a Blue Girl… C’est vrai que Kafka a inspiré plusieurs parties de cet album, bien que je tienne à préciser que cela n’est pas l’une de ses histoires portée en musique ou quelque chose comme ça. "The Scavenger Bride" est basée sur une idée de moi dans laquelle je permets, lorsque c’est approprié, à Kafka ou à Duchamp de rôder un peu…
Tu insistes beaucoup sur l’aspect conceptuel de "The Scavenger Bride ", est-ce dû à la présence des trois mêmes personnages tout au long de l’album ? S’il est vrai qu’il y a bien trois personnages, il y a également l’intrigue qui jalonne le booklet ; ce sont ces éléments qui ensemble font de "The Scavenger Bride" un concept album. Par le passé, nos travaux avaient des thèmes, mais jamais je n’avais tenté de tisser les fils de manière aussi ordonnée. Cette fois ils forment véritablement le tissu du disque. Avant, les personnages étaient moins précis et n’étaient là que pour quelques moments fugaces, alors que maintenant ils ont une vraie personnalité et sont présents du début à la fin.
Justement, qui sont-ils et à quel point ta personnalité se reflète-t-elle à travers eux ? Les trois personnages sont la mariée, le faiseur de poubelles (le balayeur de rue, qui est le narrateur) et le célibataire (qui n’a pas de nom). C’est vrai qu’il y a un peu de ma personnalité au travers de ces acteurs : j’apparais un peu dans chacun d’entre eux, mais aucun n’est à 100 % moi, bien que je me sente plus proche du narrateur qui devient de plus en plus obsédé par cette fille qu’il n’a jamais rencontré. C’est quelque chose qui m’est souvent arrivé dans le passé et c’est encore le cas aujourd’hui !
Par certains éléments, cet album s’apparente à une pièce de théâtre… C’est comme une pièce dans la mesure où il y a des personnages et une histoire mais ce n’est pas non plus comme cela que je le définirais car bon nombre des "actions" ont lieu dans la tête des protagonistes et il serait donc assez difficile de transposer une telle pièce de théâtre sur une scène tout en gardant le plein sens de l’histoire.
"The Scavenger Bride" est une véritable œuvre d’art incluant une histoire, des chansons, de l’artwork, des photos et des textes annexes ; n’as-tu pas parfois l’impression de mettre en chantier un véritable péplum ? Oui je vois ce que tu entends par là mais pour moi cela reste une entreprise très petite, précise et dont le travail ne se concentre qu’autour de très peu de gens ; alors cela peut effectivement avoir cette apparence pour quelqu’un qui est loin du processus de création mais pour moi cela reste quelque chose de très personnel et qui me tient très à cœur.
Penses-tu que tous les éléments qui constituent le concept de cet album (textes, artwork…) sont indispensables à la parfaite compréhension de celui-ci ? La musique et l’atmosphère ne peuvent-elles pas se suffirent à elles-mêmes en parlant à nos émotions premières sans notamment les barrières du langage ? C’est une question intéressante. Il est très dur pour moi de savoir exactement comment "fonctionnera" cet album auprès de quelqu’un qui ne comprend pas un mot d’anglais… Les chansons sont musicalement et vocalement complètes et chacune d’entre elles existe en tant que telle, mais je crois que pour en apprécier la pleine et profonde portée, la compréhension du langage (de l’anglais en l’occurrence) est très importante. Quelqu’un qui ne parle que français pourra bien sur profiter du visuel et de la musique mais risque malheureusement de rater quelque chose... |  |  |  |  | 1/2 |  | | |  | |
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