|  Propos recueillis en mai 2002
DERNIÈRE SORTIE : Silicom Two |
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|  |   |  |        | | Par Anthony Augendre | | Photos D.R. |
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|  | Silicom est le projet multimédia d’Aoki Takamasa, un jeune tokyoïte, issu de la génération qui a troqué les synthétiseurs contre l’utilisation radicale du "laptop" (ordinateur portable). Son Macintosh sous le bras, Aoki parcourt le monde en y délivrant ses lames d’images et de sonorités asymétriques. À l’inverse des nerds de l’electronica, Aoki Takamasa ne défend pas sa démarche artistique en s’abritant derrière un concept fumeux. Il s’extasie sur ce qu’il qualifie "de petits miracles du quotidien". Une goutte d’eau, un rayon de soleil, des moments simples de quiétude, sont admirablement traduits par des constructions certes parfois "autechriennes", mais dotées d’une sensibilité toute poétique. Nous avons rencontré l’artiste au cours de son passage (remarqué) dans le cadre des soirées à thème "Batofar cherche Tokyo".
Tu développes tes propres logiciels instruments, pourquoi ne pas recourir à des outils déjà existants ? En fait j’utilisais auparavant des séquenceurs "normaux", comme Cubase et Logic, et des logiciels d’édition de sons. J’ai réalisé que la performance live était la chose qui m’importait le plus. Mes premières expériences de concerts dans des clubs furent assez difficiles techniquement. Tu te retrouves dans l’obligation de concevoir tes morceaux à la maison et les offrir au public tel quel. Tu ne peux pas créer en temps réel. C’est la raison pour laquelle j’ai développé mon propre séquenceur. J’ai travaillé sur plusieurs versions en les améliorant à chaque fois. J’ai lu pas mal d’articles sur Max/MSP sur des sites Internet. Certains d’entre eux sont des références pour des universitaires américains.
Le concept de Max/MSP semble être un domaine réservé aux ingénieurs, comment t’en es-tu sorti ? Il y a d’excellents modes d’emploi qui circulent sur les forums Internet. Tu apprends tellement de choses grâce à ces écrits. J’ai réussi à prendre contact avec un professeur d’université spécialisé dans l’enseignement de Max. Nous avons échangé quelques e-mails. J’étais littéralement accroché à ma messagerie dans l’attente des informations que ce monsieur pouvait m’offrir. Effectivement Max/MSP est une approche mathématique de la création. Mais cela correspond à ma façon de travailler. Je l’utilise comme outil de performance live et comme générateur de son. Je ne compose jamais ma musique comme le font la plupart des artistes. Je donne d’abord quelques concerts où je balance mes sons. J’enregistre mes performances et je les édite afin de construire des morceaux. Les concerts m’offrent la possibilité de créer une sorte de matière première, prête à être façonnée. Par exemple, le second album de Silicom a été conçu uniquement à l’aide de fichiers audio extraits de mes concerts.
Chacune de tes prestations sonores est accompagnée d’images vidéo. Comment travailles-tu avec le vidéaste Takagi Masakatsu, afin de créer un univers homogène ? Nous travaillons chacun dans notre coin. Nous ne discutons jamais à l’avance de nos projets. Je réalise ma musique et je fournis mes démos à Takagi. Parfois il me montre son travail, mais ce n’est pas systématique. S’il apprécie mes compositions alors il choisit de les illustrer librement. Takagi, un ami et moi avons partagé un appartement. Nous avons vécu ensemble à Kyoto pendant deux années. J’ignore pourquoi, mais Tagaki et moi sommes connectés l’un à l’autre. Nous n’avons pas besoin de parler pour communiquer. Il sait ce que je veux exprimer et c’est la même chose pour moi.
Vos esprits sont connectés comme dans "Ghost in The Shell"… Oui tout à fait !
Takagi n’est pas seulement vidéaste, c’est un musicien. As-tu déjà collaboré musicalement avec lui ? Nous avons produit des morceaux ensemble il y a un certain temps. Il jouait du piano et j’étais à la guitare et à la batterie. Pour être honnête, je n’aime pas vraiment la musique faite avec des ordinateurs. Je préfère jouer avec des instruments acoustiques.
Tu as pourtant tourné au Japon avec le groupe Phoenecia avec lequel tu partages bon nombre de similitudes musicales. Oui, ils sont populaires au Japon et je connaissais leur travail avant de tourner avec eux. Un de mes meilleurs amis est DJ. Il me donne souvent de bons conseils et me fournit des copies CD sans aucune mention des titres. J’écoute ces CD sans connaître ni le noms des artistes, ni celui des morceaux. Honnêtement, j’ai été quand même influencé par cette grande vague de "computer music". Je crois que, sur cette planète, chaque être humain est connecté aux autres par des lignes invisibles. Si un grand mouvement naît quelque part, les gens évoluent et réagissent tous inconsciemment à ce mouvement.
As-tu été influencé par l’ambient de Brian Eno, qui a eu parfois recourt à des sons acoustiques. Je n’ai jamais écouté Brian Eno de ma vie (rires). Je connais son nom parce qu’il est très célèbre. J’ai déjà vu ses disques mais je n’ai pas fait la démarche d’écouter sa musique.
L’ambient est populaire au Japon. Oui mais j’achète rarement des CD. J’écoute surtout Bach, les Beastie Boys et Lenny Kravitz.
Penses-tu avoir incorporé des éléments typiquement japonais dans tes compositions, comme par exemple l’approche minimaliste du zen ? Oui. J’ai vécu à Kyoto, une ville réputée pour ses nombreux temples. Si tu visites un temple, tu es immédiatement frappé par le dépouillement de l’architecture. Même les sons, là-bas, sont minimaux. Tu n’entends que des bruits d’eau, des chants d’oiseaux. Les sons naturels sont une musique fabuleuse. C’est d’ailleurs celle que je préfère. Le cœur des japonais est profondément imprégné de philosophie zen. Nous apprécions naturellement la beauté des choses simples. |  |  |  | | |  | |
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