Propos recueillis
en juin 2002

DERNIÈRE SORTIE :
"Tripping Back
Into The Broken Days"


SITE OFFICIEL :
www.lyciummusic.com

LABEL :
www.projekt.com
Par Stéphane Leguay  
Photos D.R.  

Il y a trois ans, Lycia ajoutait son nom à la longue et sinistre liste des formations talentueuses terrassées par la fatalité et le découragement. Maladie, décès, séparation, une incroyable série noire de laquelle le duo américain a bien cru ne jamais pouvoir se relever. Et puis, comme le printemps succède à l’hiver, réapparaît le couple Tara Vanflower/Mike VanPortfleet encore tout engourdi d’une hibernation salvatrice, un sixième album sous le bras et un nouvel horizon dans les yeux. Une ligne de mire certes fragile et vacillante mais ô combien réelle !

En 1999, vous décidiez de mettre un terme à la carrière du groupe, votre retour aujourd’hui avec un nouvel album est donc assez surprenant. Qu’est-ce qui vous a incité à ressusciter ainsi Lycia ?
Tara Vanflower :
À la base nous avions décidé de sortir "Tripping Back Into The Broken Days" car nous l’aimions beaucoup. Nous n’avions vraiment pas l’intention de continuer dans la musique, et ce pour pas mal de raisons mais il se trouve que Mike s’est retrouvé avec beaucoup de temps libre et un besoin de se libérer de certaines tensions. Il s’est alors remis à écrire des chansons. Cela dit, l’album était à moitié composé que j’ignorais encore que Mike était en train de l’enregistrer… En fait nous sommes toujours plus ou moins retirés du circuit musical dans le sens où nous ne travaillons à présent que lorsque nous le pouvons et le voulons, à la différence d’avant où c’était un job à temps plein.

On peut penser que la sortie des deux volumes de "Compilation Appearences" et tous ces flash-back sur votre carrière vous ont incités à donner une suite à l’aventure Lycia…
Mike semble constamment pourchasser un fantôme de son passé, mais je ne crois pas que ces deux compilations l’aient inspiré dans ce sens… Il voulait vraiment ces "Compilation Appearences 1 & 2" comme conclusion à sa carrière et le fait que nous soyons de retour aujourd’hui est plutôt accidentel. La musique peut être tellement gratifiante et à la fois si frustrante, surtout en ce qui concerne l’aspect business de la chose, que nous avons en quelque sorte voulu laisser tout cela derrière nous. Et puis Mike et moi avons trouvé que les chansons de "Tripping Back..." avaient quelque chose de spécial, qu’elles apparaissaient sous un angle nouveau et nous avons alors voulu que d’autres personnes les écoutent. Sans cela, nous nous serions contentés de rester à regarder le base-ball toute la journée à la télé après avoir soigneusement rangé le studio dans des cartons au fond d’un placard.

"Tripping Back Into The Broken Days" était à l’origine prévu comme la suite de "The Time Has Come And Gone" de votre side-project Estraya ; pourquoi l’avoir finalement sorti sous le nom de Lycia ?
Je pense depuis un moment que le nom même de Lycia est restrictif, du fait de son histoire et de tout ce qui s’y rattache. Avec "Tripping Back… " nous voulions un nouveau départ, mais nous avons réalisé que tout le monde allait de toute façon le comparer à Lycia, comme cela a toujours été le cas auparavant. Nous avons donc décidé d’absorber tous nos side-projects, y compris mon travail en solo sous ce nom et de tout sortir dorénavant sous l’appellation Lycia.

Tout comme l’album d’Estraya, celui-ci est bien plus acoustique que vos précédentes réalisations, Lycia aurait-il finalement trouvé son évolution au travers de "l’expérience Estraya" ?
Je le crois, oui. Mike n’avait pas touché à un instrument depuis plus d’un an et il avait mis de côté sa guitare acoustique qu’il ne reprenait que de temps à autre pour gratouiller un peu. Puis il s’est doucement remis à composer dessus… Je crois que notre avenir musical se fera plus dans la veine de "Tripping Back…", à savoir une musique plus brute, en ne se focalisant que sur le développement même des chansons plutôt que sur l’empilement d’effets et autres gadgets. Mais Dieu seul le sait, nous sommes tellement habitués à changer d’avis tous les jours !

Mike, ces quatre dernières années ont été très chaotiques pour toi avec le décès de ta mère, tes problèmes de santé, ce retour en Arizona, un line up instable, plusieurs enregistrements avortés et la mort prématurée de Lycia ; revenir aujourd’hui, n’est-ce pas en quelque sorte surmonter le destin ?
Mike Vanportfleet :
Je ne sais pas vraiment comment voir les choses. Les années dont tu parles ont été dures pour moi mais les souvenirs de cette période sont très brouillés, les images se mélangent un peu les unes aux autres. Je pense que notre retour est probablement plus dû à la relation amour/haine que j’entretiens avec la musique.

En quoi la maladie dont tu souffres (Mike est diabétique depuis 1996 -ndlr) a-t-elle changé ta manière de voir le monde et de créer ?
Hum… Les fluctuations quotidiennes de la maladie rendent ma concentration très difficile. Ma santé a fondamentalement fait dérailler nos espoirs musicaux… Je suis très suivi sur le plan médical et toutes ces astreintes rendent les choses très frustrantes. Sur le plan créatif, tout ceci est très présent dans nos travaux les plus récents.

Tara, dans la chanson Asleep In The River, tu fais référence à la rivière Cuyahoga qui traverse Cleveland dans ton Ohio natal (dans la région des Grands Lacs -ndlr) et dans Grey December, Desert Day ou Pale Blue Prevails c’est le désert d’Arizona qui est à l’honneur ; votre déménagement du nord vers le sud semble avoir eu une grande influence sur l’écriture de cet album…
Tara :
Absolument ! Il a eu un impact énorme, car en même temps que je quittais la région de mon enfance, l’Ohio, Mike retournait lui dans l’Etat qui l’a vu grandir, l’Arizona. Tu sais, je suis toujours en proie avec le fait que ma vie se révèle si différente de ce qu’elle était avant. Je n’ai jamais voulu grandir et vieillir et c’est pourtant exactement ce qui se passe. Cela me trouble vraiment parfois. Beaucoup de ce qui est écrit dans "Tripping Back…" est le reflet de ma réticence à aller de l’avant et à me retourner sur toutes ces choses qui ne sont plus. Je me sens toujours comme cette fillette de cinq ans qui joue, insouciante dans le jardin de ses parents et pourtant plus rien de tout cela n’existe aujourd’hui. Quand j’y pense ça me fait bizarre.
1/2