|  Propos recueillis en juin 2002
SORTIE : 17 Juillet 2002 |
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|  |   |  |        | | Par Christophe Labussière | | Photos D.R. |
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|  | Avec "Bloody Mallory", Julien Magnat propose un film totalement décalé, entre horreur et humour, avec une héroïne en combinaison de cuir, croisement improbable entre Xéna, Lara Croft et Buffy, et un environnement délirant où une Cadillac corbillard rose rencontre des curés et autres drag queens. En plus, le film offre plus d’un clin d’œil à Diamanda Galás, dont Julien s’est toujours senti particulièrement proche.
Peux-tu te présenter ? J’ai 29 ans, je suis issu d’une famille modeste où personne ne bossait dans le cinéma et où je n’avais absolument aucun contact avec cette profession ! À l’âge de 17 ans j’ai décidé de faire du cinéma car je trouvais que c’était la synthèse de tous les arts. Au lycée j’étais très doué en français et en dessin, je passais mon temps à écrire des histoires et à les illustrer. J’ai toujours détesté le cinéma nombriliste et -à la fin des années 80 en France- c’était terrifiant ! J’ai postulé pour aller faire un bac international à Atlantic College, une école basée sur l’entente entre les cultures, la solidarité envers la communauté et l’ouverture internationale. C’est l’école qui m’a le plus influencé, j’y ai rencontré ceux qui allaient devenir mes meilleurs amis. C’était un peu "Harry Potter", l’école était située dans un château médiéval au pays de Galles. Ensuite, je suis revenu un peu en France, j’ai échoué au concours d’entrée de l’école de cinéma belge l’INSAS. Il n’était pas question que je perde mon temps en France à faire un BTS d’audiovisuel ou une autre formation de ce genre où il n’y a que de la théorie et aucun travail pratique ! Je suis retourné en Angleterre faire une licence de théâtre et de cinéma à l’université de Reading. Là-bas, j’ai mis en scène de nombreuses pièces de théâtre ainsi qu’une dizaine de courts-métrages. Ensuite, j’ai passé le concours de la FEMIS sans trop y croire, vu mes goûts cinématographiques... Et j’ai été pris du premier coup ! Quoi qu’on en dise, la FEMIS est une école formidable pour quelqu’un qui n’a ni l’argent ni les connexions dans le cinéma pour faire des films. Je n’ai pas du tout accroché avec la mentalité des élèves, le manque de professionnalisme et d’ambition. Je me suis démené pour faire de mon film de fin d’études un vrai produit fini, et j’ai invité mon actrice américaine fétiche, la comédienne Lisa Wilcox ("Freddy"), à venir jouer gratis ; elle a lu le scénario et a accepté le pari. Le résultat : une nomination aux Oscars du Meilleur Court Métrage étudiant l’année suivante avec "Chastity Blade" ! C’est grâce à ce film que j’ai pu rencontrer Fidélité Production et faire "Bloody Mallory".
Quelles sont tes références en matière de cinéma "d’horreur" ? Je suis plus un fan de fantastique que de cinéma d’horreur pure. En fait, je n’aime pas ce qui est "réaliste" car ça me fait trop peur ! On va dire que les premiers "Vendredi 13" ou les giallo ne sont pas ce que j’ai le plus aimé. Mes films d’horreur cultes sont "The Haunting" de Robert Wise, "Poltergeist" de Tobe Hooper, "L’Exorciste" et "Ring" de Hideo Nakata. Ces quatre films ont en commun des personnages féminins forts, émouvants et dont les fautes ou les traits de personnalité participent à l’intrigue. Leur personnalité est le moteur de l’histoire et c’est, je crois, ce qui définit pour moi un bon récit d’horreur. C’est le b.a.ba de l’œuvre de Stephen King par exemple. J’ai aussi une passion sans bornes pour la saga des "Freddy". Cela remonte à mon adolescence et j’étais amoureux de l’actrice Lisa Wilcox... La faire jouer dans mon film de fin d’études a été le moment le plus heureux et le plus magique de toute ma vie.
Quand as-tu commencé à travailler sur "Bloody Mallory" ? Combien de temps cela a-t-il pris ? Le film s’est fait environ en deux ans entre l’écriture et la post production. On l’a à peine terminé qu’il sort déjà !
Quelle est l’intention du film, faire peur ou faire rire ? Tout le monde me demande ça et je ne comprends pas du tout la question. Il y a un gros malentendu sur "Bloody Mallory". Si je te montrais un "Freddy", ou un autre film américain de série B, la question ne se poserait pas ! Regarde "La Momie" de Sommers par exemple : le mélange d’humour et d’horreur est constant. Idem dans la saga des "Freddy", avec des hauts et des bas. Je crois qu’en France on a du mal à lire le second degré et à l’apprécier. La série "Xena La Guerrière", qui est pour moi ce que l’on a fait de plus subversif à la télé depuis plus de 20 ans, est étiquetée série pour gamins et passait à 17h15 le samedi sur TF1 ! "Bloody Mallory" est une série B mélangeant horreur et humour noir. La seule scène qui fera frissonner est la scène d’ouverture dans l’église, et encore... Ensuite, le ton est donné. Je n’aime pas les parodies, j’ai trop de respect pour le cinéma fantastique, mais je ne voulais pas faire un film prétentieux. Quand tu as un budget égal à celui d’un téléfilm pour tourner un film fantastique je crois qu’il y a deux choix possibles : soit tu fais un film en huis clos, resserré, intense et sérieux, genre "Maléfique" d’Eric Valette (sortie le 31 octobre -ndlr) soit tu fais un truc délirant et démesuré où tout n’est peut-être pas entièrement contrôlé, mais avec l’ambition d’un résultat hollywoodien, avec l’apocalypse, les anges déchus, des hordes de zombies, etc. Les deux choix sont intéressants. Comme "Maléfique" était déjà en développement, je n’allais pas faire la même chose. J’ai aussi la réputation (depuis "Chastity Blade") de faire des gros films avec très peu de moyens. L’humour de "Bloody Mallory" provient aussi de cet état d’esprit. Si j’avais réalisé "Bloody Mallory" sans humour, sans esprit décalé, je pense que le film n’aurait pas tenu la route. L’humour permet de faire oublier la petitesse du budget. Quant au gore, je l’ai voulu volontairement débordant, grand-guignolesque. C’est l’esprit "Freddy" et je suis tordu de rire quand je me repasse la scène où les nonnes gonflent et explosent dans l’église ! Pour en finir avec l’humour, cela me permettait aussi de faire passer des choses sur la religion, le Pape, les capotes... C’était ESSENTIEL pour moi. La série B se doit d’avoir un fond subversif et je n’aurais jamais fait "Bloody Mallory" si cela avait juste été une gentille contre des méchants. |  |  |  |  | 1/2 |  | | |  | |
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