|  Propos recueillis en juin 2002
DERNIÈRE SORTIE : "White Noise" |
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|  |   |  |        | | Par Eric Semenzin | | Photos D.R. |
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|  | Difficile quand on vient de Manchester d’éviter les comparaisons plus ou moins flatteuses avec certains aînés illustres. Avec un premier album très électronique et plutôt sombre, "Basic", le duo Alpinestars (Richard Woolgar et Glyn Thomas) avait pourtant habilement brouillé les pistes il y a quelques années, nous entraînant plus volontiers dans le sillage de Air que celui des Happy Mondays. Aujourd’hui, "White Noise" sonne comme un retour au bercail. C’est aussi et avant tout une réussite hors du commun, qui pourrait attirer les faveurs d’un public très large, la présence de Brian Molko sur le titre Carbon Kid n’y étant pas forcément étrangère.
Retour aux origines, comment s’est formé Alpinestars ? Glyn : Nous nous sommes rencontrés lors d’une convention de chefs cuisiniers dans le nord de l’Angleterre. Nous nous sommes serrés la main, nous sommes mutuellement complimentés pour nos toques respectives, et nous avons décidé de cuisiner ensemble : "Tu apportes les ingrédients et je les mélange". Depuis ce jour, nous aimons partager nos plats avec notre public, mais nous ne divulguons jamais nos recettes.
Avez-vous vu le film "24 Hour Party People" ? Comment avez-vous vécu personnellement les années Factory ? Richard : Nous l’avons vu tous les deux. Durant toutes ces années, Manchester a été un endroit très inspirant et plein de bonnes vibrations. J’aime Joy Division, New Order, les Mondays ou Durutti Column. Les choses ont changé, mais bien que l’Hacienda ait disparu, et avec elle tous les clubs importants de Manchester, la scène est toujours aussi cool, peut-être simplement un peu plus variée aujourd’hui. Glyn : J’ai emménagé à Manchester en 1989, j’avais 18 ans, ce fut un moment très excitant. Manchester était la capitale mondiale du fun, alors je me suis amusé autant que j’ai pu. Du coup, je ne me rappelle absolument rien de cette époque.
Certains de vos morceaux semblent plus ou moins ouvertement inspirés par New Order. Que signifie ce groupe pour Alpinestars ? Glyn : Notre inspiration musicale vient de multiples sources. La musique des autres groupes représente peut-être un dixième de ces sources, et celle de New Order 1 % de ces 10 %. Mais j’apprécie vraiment ce groupe, car ils sont les pionniers de leur propre son, et pour cela ils méritent vraiment tout notre respect. Richard : Même si nous utilisons le même mélange d’électronique, de sons acoustiques et de chant, je pense que nous sommes assez différents, ils ont un penchant beaucoup plus marqué que nous pour la guitare.
Il y a beaucoup plus de morceaux chantés sur "White Noise" que sur "Basic". Qui chante, et comment justifiez-vous la direction pop prise avec cet album ? Glyn : Un groupe doit toujours se donner des challenges, pour continuer à se développer, ne pas se répéter, ne pas se répéter, ne pas se répéter… Richard : Glyn et moi voulions enregistrer un album pop, en y intégrant notre propre style, mais avec des compositions classiques. Nous chantons tous les deux, et le résultat nous convient vraiment, il y a beaucoup d’émotion, les lyrics signifient des choses très importantes pour nous, et nous trouvons notre son très différent de celui des groupes du moment.
De plus en plus de groupes, à l’origine purement électroniques, tentent d’explorer de nouveaux territoires musicaux, la pop, le jazz. Comment expliquez-vous ce retour aux racines ? Richard : Franchement, je n’arrive pas à comprendre qu’on abandonne la musique électronique en faveur du jazz !! Nous avons choisi de nous diriger vers la pop music parce que pour nous c’était un vrai challenge. Il est beaucoup plus difficile de composer une bonne pop song qu’un morceau électro de sept minutes, qui n’a le plus souvent pas ou peu d’émotion. Glyn : C’est comme en cuisine, il n’y a pas vraiment de nouvelles recettes, juste de nouvelles présentations. Ce qui compte, ce ne sont pas les ingrédients, mais le résultat final. …Mmmmm, cette interview commence à me donner faim.
Vous avez introduit un certain nombre de "vrais" instruments sur "White Noise". Comment vont-ils prendre place sur scène ? Glyn : Nous avons envisagé une formation classique en 4-4-2, bien resserrée en défense, avec un gros accent mis sur la liberté d’expression et l’amusement à la pointe de l’attaque. Richard : En septembre, nous allons tourner avec un groupe de cinq musiciens, avec une basse, une guitare et un batteur pour nous épauler. Nous sommes très excités par cette nouvelle expérience !
La voix de Brian Molko est si caractéristique que Carbon Kid sonne presque comme un morceau de Placebo. N’avez-vous pas peur que cela entraîne une certaine confusion pour les gens qui vont vous découvrir avec ce morceau, d’ailleurs pas forcément représentatif ? Glyn : La bonne musique n’est jamais source de confusion, juste d’enchantement. Richard : Je pense que nos fans et ceux de Placebo apprécieront autant ce morceau. Si chaque morceau que chante Brian sonne comme du Placebo, c’est parce que personne n’est capable de chanter de la même façon que lui.
Quelle est l’histoire de cette collaboration ? Glyn : Brian est lui aussi un très bon chef, alors nous l’avons invité à participer à l’une de nos nouvelles recettes. Mais sans nous prévenir, il a aspergé notre création avec une de ses poudres, l’insolent ! Lorsque nous avons goûté le mélange, nous nous sommes mis à bouger comme jamais auparavant et nos coeurs ont commencé à battre de plus en plus vite. Quel était cet ingrédient ? Il ne l’a jamais avoué !
Avez-vous conscience d’avoir enregistré un album qui pourrait vous apporter un véritable succès public ? Y êtes-vous préparés ? Glyn : Mes amis diraient que la plus grande partie de ma vie est faite d’inconscience, et que si je suis préparé à quelque chose, c’est à l’excès. Le succès est une chose très relative, difficilement mesurable. L’altitude est plus importante que l’attitude. Ce sont les mots d’un idiot, mais d’un idiot très heureux de l’être !
"Basic" était un album plutôt sombre. "White Noise" dévoile-t-il le côté lumineux d’Alpinestars ? Richard : Je pense qu’ils savent être l’un et l’autre d’humeur changeante. Glyn : Alpinestars est ombre et lumière, silicium et âme, velours et diamants, "rock and esquimau roll" !
Vous avez terminé l’enregistrement de cet album depuis presque un an. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour le sortir ? Glyn : Comme pour la première cuvée d’un nouveau vignoble, ça demande énormément de préparation avant d’être certain que le premier goût que découvrira le public lui donnera envie d’en goûter plus. Dans le futur, le millésime "Alpinestars 2002" sera une référence. |  |  |  | | |  | |
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