Propos recueillis
en août 2002

PROCHAINE SORTIE :
"Northern Light"
30 septembre 2002


SITE OFFICIEL :
www.covenant.dk

LABEL :
www.ka2music.com
Par Stéphane Colombet  
Photos Kasskara  

On a connu la voix du nord... On va bientôt découvrir sa lumière. "Northern Light" est le cinquième album du trio suédois. Presque trois ans après leur précédent opus glorifié "United States Of Mind" et un live d’anthologie, Covenant revient avec un album encore plus abouti, plus sage mais aussi plus intemporel. Fusion des standards pop des années 80 et de la plus virulente vague de l’electronic body music, la musique de Covenant pourrait peut-être sortir de son rang confidentiel pour offrir avec élégance une pop électronique harmonieuse d’un genre nouveau. Prémonition s’est entretenu avec Joakim Montelius, musicien principal du groupe, de l’esprit de la musique électronique, de son passé et encore plus de son avenir.

Votre précédent album, "United States of Mind", a connu un grand succès. Quel est l’objectif à atteindre avec "Northern Light" qui semble encore plus destiné à une large audience ?
Nous ne concevons pas les choses en terme de succès quand nous créons notre musique. Ce serait contre-productif et déprimant d’essayer par-dessus tout de faire un album pour qu’il se vende bien. Nous cherchons seulement à concevoir ce que nous considérons être de la bonne musique et espérons que les gens penseront la même chose. Je ne vais pas nier le fait que notre crainte serait que cet album soit rejeté massivement, mais cette crainte n’est ressentie que maintenant et donc n’a eu aucune espèce d’influence sur notre travail. Mais par expérience, il semble que les choses que nous découvrons et aimons plaisent aussi à de plus en plus de gens. Bien sûr, notre nouveau label souhaite vendre autant de disques de nous que possible. Nous avons dépensé beaucoup de leur argent pour créer "Northern Light", il est donc naturel qu’ils souhaitent au moins se rembourser et plus si possible. Mais le fait de savoir comment ils feront pour y arriver et combien de temps cela prendra, à vrai dire, ne nous soucie pas du tout.

Plusieurs morceaux semblent être plus simples dans leur structure que vos titres précédents, et la voix d’Eskil Simonsson, semble être de plus en plus claire. Cette transformation a-t-elle été spontanée ou ces chansons plus pop sont-elles le résultat d’un effort conscient ?
La seule décision que nous avons prise était de faire quelque chose de différent de tout ce que nous avions créé par le passé. Après autant d’années à travailler de toutes les façons les distorsions et autres effets sonores, nous avons essayé de traiter les sons de manière différente. Jacob Hellner, notre producteur sur cet album, est un fétichiste des distorsions. Son studio est rempli de drôles de machines destinées à triturer les sons. Notre but a été de lui faire garder une certaine distance par rapport à ces machines ou à lui faire utiliser avec subtilité quand cela était nécessaire. Il y a néanmoins beaucoup d’effets sonores sur ce nouvel album mais ils sont travaillés pour résonner de façon plus chaleureuse et moins "trash" que par le passé.

Une des principales nouveautés de "Northern Light" réside dans l’utilisation d’instruments du répertoire classique -et notamment des violons– sur plusieurs morceaux comme le sublime hymne Invisible & Silent. Comment pourriez-vous décrire cet effet cinématographique, résultat de la fusion de sons classiques et de sons hyper-modernes, qui semble très en vogue depuis quelque temps, grâce à des musiciens comme Massive Attack et Craig Armstrong ?
Nous n’avions jamais ressenti le besoin d’utiliser des instruments acoustiques auparavant. Eskil joue lui-même du violon, mais pourquoi faire usage d’un vrai violon quand on peut le synthétiser ? Jacob est aussi un grand fan des orchestrations véritables. C’est pourquoi il nous a suggéré de tenter l’expérience et c’est vrai que cela a permis de créer des ambiances à la fois très humaines et très organiques que nous ne savions pas créer dans le passé. Je continue de penser qu’il n’y a rien de particulièrement louable à vouloir sonner "humain" mais c’est vrai que cela a ainsi permis au titre Invisible & Silent d’être un meilleur morceau.

L’autre surprise vient du quasi-abandon de votre son favori, le bruit criard d’une roue qui tourne, qui vous a servi presque de marque sonore, commune à toutes vos productions. Que pouvez-vous nous dire sur ce point ?
Une partie de la fascination que nous avons à créer la musique passe par le processus d’expérimentation. "Northern Light" est notre cinquième album et nous voulions quelque chose de complètement nouveau, nous concentrant plus sur les mélodies et les effets harmoniques que sur l’utilisation de sons durs. Il y en a encore beaucoup mais ils sont moins omniprésents et moins mis en avant que dans le passé. Je devine qu’il y aura beaucoup de réactions de vieux fans et j’espère qu’ils vont apprécier cette évolution autant que nous. Ce renouveau n’a rien à voir avec une quelconque pression commerciale de notre label ou un souhait de rencontrer un plus large public. Nous voulions seulement un album qui sonne de cette façon car, en ce moment, c’est ce que nous aimons.

Savez-vous déjà quel sera votre prochain single, après Call The Ships To Port ? Est-ce que ça ne pourrait pas être Bullet qui est un excellent titre, très nouveau ?
Bullet sera effectivement notre second single, qui sortira au milieu du mois d’octobre. Il contiendra des remixes par Eskil et moi-même, par Ellen Allien et j’espère une poignée d’autres artistes. Nous avons réalisé un clip pour ce titre et nous tentons actuellement de le faire diffuser sur MTV. Je ne sais pas encore si cette diffusion intégrera MTV France.

De façon générale, "Northern Light" est plus "down tempo" et moins agressif que vos précédents albums. Je pense à des titres comme Winter Comes, Scared ou Atlas. Est-ce le signe de la maturité ?
C’est surtout le signe que nous ouvrons nos esprits à des horizons musicaux plus larges. C’est également le signe d’une meilleure compréhension de la musique. Si c’est une démarche plus adulte, alors c’est de la maturité. Si tel n’est pas le cas, c’est seulement de la curiosité.

L’album promotionnel qui a été adressé aux journalistes contient seulement 2 ou 3 minutes de chaque morceau. Cela semble être une méthode très efficace pour lutter contre la piraterie musicale. Était-ce votre souhait personnel ou celui de Ka2, votre label ? L’album CD sera-t-il protégé contre la duplication ?
Cela est le résultat d’une décision de Ka2. Et je trouve que cette méthode est bonne. La qualité sonore est bien sûr la même que celle du véritable album. Je suis sûr que Sony et Ka2 vont faire tout leur possible pour que le CD ne soit pas reproductible, même si je pense que c’est encore impossible techniquement. À chaque fois que quelqu’un trouve une nouvelle barrière technologique, quelqu’un d’autre trouve le moyen de la contourner. On peut juste souhaiter et faire confiance à nos fans pour qu’ils gardent en vie leurs artistes favoris...

Toi vivant à Barcelone, Eskil à Berlin et Clas à Helsingborg : n’est-ce pas trop difficile de trouver le même tailleur ? Plus sérieusement, pourrais-tu nous décrire vos méthodes de travail dans ce contexte particulier ?
L’album a été écrit en partie à Berlin par Eskil, et par moi à Helsingborg. Nous avons ensuite loué une maison au Danemark où Eskil et moi avons travaillé ensemble, et après nous sommes retournés à Helsingborg où nous avons continué dans notre propre studio. Pour l’enregistrement définitif, Eskil et moi avons fait transporter nos machines au studio de Jacob à Stockholm. Nous y sommes restés six mois puis je suis allé m’installer à Barcelone. La plupart des éléments de nos compositions peuvent être créés séparément et n’importe où dans le monde, mais pour l’enregistrement et la production finale, nous devons toujours être ensemble. Sinon, cela devient beaucoup trop compliqué. Mais c’est très bon pour l’évolution du groupe que nous vivions aujourd’hui dans des pays différents. De cette façon, chacun peut s’enrichir d’expériences et d’idées plus diversifiées, que nous intégrerons plus tard dans nos compositions.

Votre site Internet fait référence classiquement à des groupes comme Kraftwerk et Front 242 qui seraient à l’origine de votre éveil musical. Que pensez-vous d’eux aujourd’hui, plus de huit ans après vos débuts ? Quels sont vos artistes actuels préférés ?
Je pense encore que les premiers groupes qui nous ont influencés ont fait de l’excellente musique. Je n’écoute pas Front 242 très souvent en ce moment mais je respecte leur travail de pionniers. Le son de Kraftwerk est sans âge et ils sont toujours pour moi le prototype parfait du groupe de musique électronique. Mais nous sommes des omnivores de la musique et lister tous les groupes ou artistes qui ont influencé notre travail au fil du temps serait un travail colossal. En ce moment, nous écoutons beaucoup de "synthcore/neo-future". C’est le style le plus nouveau en musique synthétique rétrofuturiste depuis des années. Il combine le charme désuet des nouveaux romantiques et le son urbain, cosmopolite de la dance music. Des groupes comme Adult., Fischerspooner, Miss Kittin & the Hacker, Ladytron, Ural 13 Diktators, résonnent souvent dans nos maisons. Mais j’ai aussi découvert récemment que Placebo est un très grand groupe. Tout comme The Flaming Lips, Muse, Grandaddy, Clinic, Scott 4, Spiritualized. C’est de la musique avec guitare, intelligente, tout simplement.

Covenant est l’un des leaders de la scène techno-pop. Quel est votre sentiment à l’égard de vos "concurrents" (VNV Nation, Apoptygma Berzerk, Assemblage 23, Neuroticfish...) et à l’égard du courant "future pop" ?
Je ne sais pas quoi dire à propos du terme future pop. Covenant est Covenant et l’on veut rester à l’écart de toutes ces tentatives de labelisation et d’enfermement de notre musique. Néanmoins, il est vrai que notre style fait des émules, tout comme celui des groupes que tu viens de citer. Il est sûr qu’aux intersections de nos musiques, il y a un fond commun. Si vous voulez appeler cela future pop ou électro ou EBM ou IDM ou darkwave ou industriel ou "Sissy crap music", tout cela est sans intérêt. Apoptygma Berzerk et VNV Nation sont proches de nous. Nous avons tous le même âge, nous ne venons pas d’Allemagne et nous avons été de très bons amis pendant très longtemps. Nous avons le même background musical et les mêmes centres d’intérêt. Il n’est donc pas étonnant que notre musique sonne parfois de la même façon. Cela ne signifie pas pour autant que nous fassions partie d’un mouvement musical. En particulier, "Harmonizer" (le dernier album d’Apoptygma Berzerk), "Futureperfect" (celui de VNV Nation) et "Northern Light" sont trois albums très différents. Nous sommes tous partis dans des directions différentes, même si on peut encore entendre quelques similitudes dans chacun de nos albums.

Qu’est-ce que représente Ka2 dans la galaxie "Sony" ? Pourquoi avez-vous quitté Dependent et signé chez une major ?
Ka2 est un petit sous label de Sony dédié aux musiques de style indépendant et situé en Allemagne, à Hambourg. Nous avons choisi de quitter Dependent parce que nous voulions essayer quelque chose de nouveau. Nous sommes encore amis avec Stefan Herwig et nous le respectons beaucoup comme ami et comme professionnel. Il a été essentiel pour notre carrière. Ka2 est un nouveau label, nous sommes son premier groupe et ils sont incroyablement dévoués. Les gens qui s’en occupent viennent des majors et ont une très grande expérience. Ils en ont simplement eu assez du cynisme entourant les gros contrats et ont décidé de retourner à leurs racines underground. Nous sommes extrêmement satisfaits de leur travail et des fantastiques possibilités qui s’offrent ainsi à nous soudainement.

Savez-vous déjà quelles seront vos orientations musicales futures ?
Pour être honnête, je n’en ai encore aucune idée. Toutes nos prévisions pour Covenant, dans le passé, ne se sont jamais réalisées à l’identique. Tout ce que je sais, c’est que vous serez surpris autant que nous.

Peut-on avoir l’espoir de vous voir en concert en France, peut-être à l’automne ?
Nous aimerions au moins venir à Paris. Nous allons réfléchir aux possibilités et essayer de trouver un week-end de libre pour venir nous divertir, manger des escargots et passer une bonne soirée avec vous.