|  Propos recueillis en septembre 2002
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|  |   |  |    | | Par Christophe Labussière | | Photo D.R. |
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|  | Si l’on connaît tous Simon Huw Jones comme chanteur d’And Also The Trees, groupe anglais incontournable qui depuis plus de vingt ans reste une référence incontestable et attachante, on connaît moins le photographe. Installé en Suisse depuis plusieurs années, père de deux bébés dont il ne cesse de parler tant s’en occuper est une tâche importante pour lui, Simon nous présente aujourd’hui une facette inattendue de sa personnalité.
Aujourd’hui tu te considères comme un musicien ou comme un photographe ? Comme un musicien... J’ai reçu une formation pour être photographe et j’ai travaillé comme photographe professionnel, mais au lieu de me consacrer à la photographie, j’ai choisi de quitter mon travail et de me consacrer totalement pendant plus de vingt ans à And Also The Trees.
Tu as fait des études de photographe ? J’ai fait l’école des beaux-arts, mais j’ai rapidement perdu toute confiance en moi lorsque j’ai vu à quel point les autres étudiants étaient brillants en dessin. Ça m’a d’ailleurs découragé dans ma vie en général. Ce sont les cours de photographie qui m’ont d’une certaine manière sauvé, mes photos semblaient parvenir à toujours capturer l’humeur et l’atmosphère, ça me venait comme une seconde nature. Mais je me suis fait renvoyer, j’étais un adolescent infernal et je l’ai mérité. J’ai alors commencé à travailler comme assistant-photographe et j’ai ensuite repris les cours dans une école de photo.
Tu as travaillé quelques années comme photographe dans les studios de Cadbury/Schweppes ? J’y ai travaillé pendant quatre ans. Ça a été une grande expérience, j’y ai appris comment faire des photos d’une façon professionnelle, donner aux produits une meilleure apparence que celle qu’ils ont en réalité, faire que sur les photos les usines soient plus propres, plus sûres et mieux organisées, rendre les gens plus attirants qu’ils ne l’étaient vraiment. Je suis devenu un photographe commercial comme tous les autres photographes commerciaux, ce qui est exactement ce que la majorité des clients cherchent. Ça ne m’a pas vraiment fait avancer côté créativité, mais ça a été une expérience très utile qui m’a donné une base solide de laquelle j’ai pu ensuite dévier. Après cette expérience il m’a fallu un bout de temps avant que je puisse de nouveau prendre des photos. J’étais arrivé à un point où je voyais chaque chose comme un sujet potentiel pour une photo et ça me devenait insupportable. J’avais besoin de redécouvrir les choses pour ce qu’elles étaient plutôt que de voir en elles les photos que je pouvais en faire. À cette époque, en 1982, And Also The Trees n’avait pas encore de label, mais nous jouions en live et avions tourné avec The Cure qui était considéré par à peu près tout le monde comme le groupe le plus cool qui existait. Nous voulions être un "groupe de rock underground", sortir des disques et partir en tournée, on a donc tous décidé de quitter nos jobs, d’arrêter l’école et de passer nos journées à jouer au football dans la cour à côté de l’endroit où, occasionnellement, on jouait et écrivait de la musique. Nous étions très jeunes et très naïfs. La plupart du temps, nous vivions plus pour notre musique que grâce à elle et on a du faire un paquet de petits jobs pour nous permettre de continuer. J’ai travaillé plusieurs fois dans des fermes, dans une ferme où il n’y avait que des porcs, dans une entreprise fruitière.... J’ai aussi travaillé régulièrement comme excavateur archéologique, comme terrassier, j’ai planté, récolté et vendu des légumes... J’aimais assez tout ça, mais ça ne me permettait pas de gagner beaucoup d’argent. J’ai alors commencé à travailler comme photographe indépendant, mais le cœur n’y était pas vraiment.
Tu n’as pas fait d’exposition avant 1996 et ta visite en Inde ? Non, j’avais besoin d’une raison pour m’y remettre. Et elle s’est présentée avec ce voyage en Inde.
Comment s’est passé cette "rencontre" avec l’Inde ? C’est en réalité une idée de ma petite amie, Aline, qui est maintenant ma femme. Nous avions voyagé ensemble plusieurs fois en Asie et elle voulait y retourner pour faire du travail social. Nos précédentes visites nous avaient tant apporté qu’elle voulait y retourner pour donner quelque chose à son tour. J’ai décidé d’y aller avec elle et de l’aider de toutes les façons que je pouvais. Je ne savais pas vraiment quoi faire, alors j’ai suggéré de prendre des photos que je pourrais ultérieurement exposer pour promouvoir des œuvres de charité, auxquelles j’aurai donné l’argent que m’aurait rapporté la vente de ces photos. Nous nous sommes renseignés autour de nous à Lugano, la ville où nous vivions à l’époque, et nous sommes entrés en contact avec Claudio Romano, qui a monté une organisation appelée "Fondazione Umanitaria Arcobaleno". Nous l’avons rencontré une première fois et avons aimé son travail. La seconde fois que nous l’avons vu c’est à Hyderabad en Inde où il a monté un hôtel pour jeunes filles orphelines ou handicapées. En fait c’était très amusant, les enfants étaient charmants et malgré leurs handicaps ils avaient une incroyable soif de vie. Ce qui m’a vraiment frappé c’est leur passion pour l’école, et la fierté qu’ils avaient à montrer leur uniforme et leurs livres. Et ça donnait l’impression qu’ils étaient disciplinés et studieux... mais ils ne l’étaient pas vraiment, tout au moins pas plus que d’autres enfants, ils étaient simplement conscients qu’aller à l’école était un véritable privilège pour eux. Certains jours nous passions des heures avec Claudio dans différents villages dans les campagnes pour rendre visite à des familles qui avaient fait appel à "F.U.A" pour les aider. C’était une expérience extraordinaire, nous nous sommes rendus à des endroits où tu ne penserais jamais à aller en tant que touriste, nous avons vu un autre aspect du pays et de ces habitants. Nous avons rencontré la bonté et la générosité. Un soir, alors que nous rentrions d’une longue journée, Claudio m’a demandé le nom du groupe dont Aline lui avait parlé et dans lequel je chantais. C’est comme ça que nous avons découvert qu’il était un fan de And Also The Trees et qu’il avait tous nos disques. Une chose étonnante n'arrivant pas sans une autre, un camion nous a brutalement foncé dessus faisant des appels de phares et klaxonnant à tout va... on a parlé de And Also The Trees pendant des heures ce soir-là. Nous sommes retournés en Inde une seconde fois, par nous-mêmes, et nous nous sommes rendus aux écoles et hôtels "F.U.A" à Calcutta, dans une région près de la frontière du Bangladesh et à Kuarmunda un village de l’est. Les villages que nous avons visités étaient assez éloignés et souvent lorsque nous arrivions, tous les habitants nous attendaient avec des guirlandes, des fleurs et des grandes tables de nourriture. C’était une expérience qui m’a apporté beaucoup d’humilité, et qui était parfois même surréaliste. Si j’avais besoin d’une motivation pour me bouger le cul et exposer mes photos, elle était là.
Tu as choisis de construire ton exposition à partir de portraits ? Oui, ma dernière exposition "21 Boys" consistait en 21 portraits de garçons indiens, des visages sur fond blanc. Il y avait une grande diversité d’expressions et de spécificités pour chaque portrait ; mais je serais également intéressé pour faire 21 portraits de filles d’un même village d’Islande ou de 21 quinquagénaires d’une même usine en Pologne.
Tu vois les enfants d’une façon différentes depuis que tu en as eu deux ? Non, mais je comprends en effet mieux le comportement des autres enfants maintenant, mais ça n’a pas changé mes sentiments envers eux. Je ne suis pas quelqu’un dont tu dirais "il est gentil avec les enfants", mais je me suis toujours senti passionné par la façon dont ils sont traités.
Tu fais d'autres photos que ces portraits ? J’aime beaucoup les photos de paysages, en particulier quand tu prends le temps de mettre l’appareil photo sur un pied et d’observer la scène évoluer, les changements de lumière, le mouvement des gens, des animaux, des oiseaux. Ces changements peuvent parfois être subtils, discrets, mais il y en a toujours. J'aimerais prendre le temps de m'intéresser plus aux photos abstraites, et j'ai aussi toujours été intéressé par les photos couleur.
Quels sont les photographes que tu apprécies ? Il y a beaucoup de photographes que j’admire, mais j’apprécie plus particulièrement les photographes au style documentaire comme Eugene Atget ou Don McCullin, pour n’en citer que deux.
Tu t’es toujours occupé de l’artwork et des photos des disques de And Also The Trees ? Oui, c’est dès le début devenu une partie intégrante du processus. Au moment où nous finissions l’écriture d’un album, nous connaissions la musique intimement et nous savions précisément à quoi allait ressembler la pochette. Ça aurait été génial d’être capable de demander à des artistes ou des photographes de travailler avec nous, mais il n’y en avait pas autour de nous. Et nous n’avions pas l’argent.
Tu m’as dit que tu n’avais pas de scanner, pas de site web... Tu n’es pas familier avec la photo numérique et les techniques actuelles ? J’ai un ordinateur, une imprimante, un appareil photo numérique, mais je n’ai pas encore trouvé le temps d’apprendre à les utiliser correctement. Je m’occupe de mes deux bébés et ils me prennent à peu près chaque instant de ma journée. J’ai découvert que s’occuper de ses enfants est plus fatigant que le plus dur des travaux agricoles. Et lorsqu’ils dorment enfin, je ne pense qu’à une chose, c’est dormir. Il y a une époque où j’étais paniqué par l’idée de pouvoir être dépassé par la "révolution" informatique, mais ça ne m’inquiète plus maintenant. Passer des heures devant un écran d’ordinateur n’est pas quelque chose que j’ai envie de faire. Mais si j’ai des choses à apprendre, je les apprendrai. Ce que j’ai pu voir pour l’instant de l’utilisation des appareils numériques et de l’informatique est stupéfiant. J’attends avec impatience le moment où j’aurai le temps de m’y mettre.
Tu m’as dit que tu travaillais avec le batteur des Young Gods. À quoi cela ressemble-t-il ? La musique est différente de ce que je fais avec And Also The Trees, mais c’est moi qui chante et je ne peux pas "cacher" ma voix, même si j’essayais. Bernard Trontin est batteur, mais il travaille aussi beaucoup avec des samples, des boucles et des claviers. En fait, jusqu’à maintenant il n’y a aucune percussion sur les morceaux sur lesquels nous avons travaillé. Ces dernières années Bernard a écrit des musiques de films et de téléfilms. Il a voulu développer certaines de ses idées en travaillant avec différents chanteurs et j’étais une des voix qu’il avait en tête. Il a alors découvert que nous habitions tous les deux dans la même ville, à Genève. On s’est alors rencontrés. Nous avons déjà quelques morceaux qui fonctionnent bien et il ne nous reste plus qu’à décider ce que nous allons en faire. Nous devons encore écrire et enregistrer un album. Et tu as des nouvelles à nous donner sur le prochain album de And Also The Trees ? Nous avons décidé il y a un an que nous voulions faire un nouvel album. Chacun habitant dans une partie différente de l’Angleterre et moi dans un autre pays, nous savions que ça n’allait pas être facile, mais nous avons estimé que And Also The Trees le valait. Nos situations ont changé, mais nous avons toujours les mêmes envies en ce qui concerne la musique. Les idées sont venues plus rapidement que jamais, et les premiers mois, malgré le fait que je travaillais de mon côté sans les autres, à partir de bandes, ont été très productifs et excitants. Toutes les idées préconçues que nous avions pu avoir à propos de la façon dont l’album devait sonner ont disparu et la musique a commencé à s’écrire elle-même. Pour moi, ça sonne comme une forme très pure de And Also The Trees, sans aucune influence extérieure. Et plutôt qu’une nouvelle étape dans notre évolution, c’est plus un retour vers notre source créatrice originelle. Les plus grosses difficultés sont venues des arrangements des chansons, et nous en sommes encore à cette étape. Nous nous rendons compte que pour ça nous avons besoin d’être tous ensembles, dans la même pièce, avec nos instruments. Lorsque nous nous rencontrons à Londres, les sessions sont très intenses... nous ne jouons plus au football. Nous continuons à annoncer bravement sur notre site web que l’album sortira dans quelques mois, mais il ne sera prêt que quand il sera prêt. L’automne et l’hiver sont traditionnellement des périodes particulièrement créatives pour nous. |  |  |  | | |  | |
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