|  Propos recueillis en octobre 2002
DERNIÈRE SORTIE : "Defiance" 25 octobre 2002 |
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|  |   |  |        | | Par Stéphane Colombet | | Photos Jenny Sturgis |
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|  | Que de chemin parcouru en un peu plus de trois ans par ce groupe américain, aujourd'hui fer de lance d'une musique électronique sombre et rebelle. Tom Shear, membre unique de ce projet en pleine ascension, est d'ores et déjà reconnu comme l'un des meilleurs représentants actuels de la scène électro synth pop. Après "Contempt", un premier album prometteur et "Failure", un deuxième en guise de magistrale confirmation, Assemblage 23 revient avec "Defiance", une œuvre plus positive et épurée, chargée de mélodies sublimes et de sonorités d'une nouvelle ère. Nous nous sommes entretenus avec Tom Shear de l'étendue de son talent, de ses sources d'inspiration et de ses objectifs, avec honnêteté et réalisme.
"Defiance" est le troisième album d'Assemblage 23. Représente-t-il une révolution dans ton travail ou seulement l'évolution logique de test précédentes œuvres ? Selon moi, cela semble être une évolution naturelle... Chaque album a été un peu différent du précédent, et je pense que c'est aussi de celui-ci. J'étais très conscient de ne pas vouloir simplement me répéter et faire un album qui sonne exactement comme les autres, mais bien sûr je ne voulais pas non plus faire quelque chose de si radicalement différent que le public serait tombé dans la confusion. Il doit, selon moi, y avoir un certain degré d'uniformité, de cohérence.
Cet album est, une fois de plus, chargé de tubes électro mais aussi de magnifiques chansons pop, aux mélodies presque "universelles", comme Horizon ou Lullaby. Votre sensibilité semble prendre de l'ampleur avec les années, est-ce la réalité ? Je pense que c'est ce que chacun fait. Je suppose qu'il y a des exceptions à cela mais je crois que la plupart des gens, grâce simplement aux différentes choses dont ils peuvent faire l'expérience dans leur vie, évoluent en étant plus prêts et plus réceptifs à certains aspects d'eux-mêmes et des autres. Je pense que, pour les plus nombreux, plus on a d'expériences dans la vie, plus on les apprécie et réalisons quelle chance nous avons de les avoir.
Tu as perdu ton père il y a un peu plus de deux ans et cela a été pour toi une peine immense. Est-ce que cet événement terrible a affecté ou influencé votre travail (après le morceau Disappoint qui a raisonné comme un magnifique hommage...) ? Dans mon subconscient, je sais que la mort de mon père aura toujours un impact sur tout ce que je fais. Cela ne veut pas dire que je suis complètement obsédé et contrôlé par ce souvenir, mais quand il t'arrive soudainement quelque chose de si radical, cela peut tout remettre en cause en ce qui te concerne. Tu ne vois plus les choses de la même façon ; des choses que tu avez cru "vraies" auparavant sont maintenant moins certaines. C'est ce pour quoi j'ai écrit l'album "Failure". Cela m'a permis de traverser cette période très difficile de ma vie et d'être capable d'être en paix avec cette disparition. Mon père sera toujours dans mon cœur et dans mes pensées, mais je crois que dans ma musique et dans mes textes, il est maintenant temps d'aller de l'avant.
Plusieurs nouveaux morceaux contiennent des sonorités typiques des années 80 qui nous rappellent certains morceaux de Depeche Mode, à l'époque de l'album "Black Celebration". Est-ce totalement voulu ? En fait non, dans le sens où je ne me suis pas assis et dit "Tiens, je vais tenter d'imiter Depeche Mode". Ils ont, bien sûr, une grosse influence sur mon travail et je pense que "Black Celebration" a été une de leurs meilleures périodes. Alors, peut-être qu'en un sens, je me suis efforcé de parvenir comme eux à produire des sons merveilleusement complexes et mystérieux que l'on peut entendre tout au long de l'album.
Sur le morceau Horizon, tu as utilisé un terrible et assez original effet vocal, très sensible, entre le robot et l'humain, la voix d'un mutant en quelque sorte. Comment pourrais-tu le décrire ? C'est en fait extrêmement simple, cela a d'ailleurs tout simplement beaucoup mieux fonctionné que ce à quoi je m'attendais. J'ai juste procédé à un effet de dégradé de ma voix, une variation du son à travers le vocoder. Quand j'ai réussi à bien caler les niveaux, le son produit a effectivement eu cet effet étrange, hybride de la voix humaine et de la voix mécanique.
Que penses-tu de la scène électronique américaine actuelle ? Pour de nombreux jeunes groupes, Assemblage 23 est décrit comme une sorte de référence, un modèle. Comment ressens-tu cette célébrité croissante et comment peux-tu l'expliquer ? Il y a beaucoup de groupes américains très talentueux. La difficulté réside plus dans les labels eux-mêmes qui sont pour la plupart très mauvais. Il y a un très grand nombre de très petits labels qui ne se portent pas très bien, ou qui manquent d'une distribution décente. Et il y a Metropolis, énorme label axé sur la distribution. Il n'y a presque rien entre les deux ; c'est donc très difficile pour des petits groupes de gravir les échelons petit à petit. C'est très rare qu'un groupe qui vient d'un tout petit label rejoigne directement Metropolis. En ce qui me concerne, j'ai juste été très chanceux. Quant à la notion de "célébrité", la scène electro-indus est si petite que je ne pense pas qu'il y ait une place pour la célébrité, même si, malheureusement, certains ne peuvent pas s'empêcher de se prendre pour des rock stars.
On te demande souvent de remixer le travail des autres. Dans ce cas quel est ton principal objectif ? Cela dépend du morceau, mais généralement, je le reconstruis en effaçant certaines parties originales autour des voix, comme si j'étais juste en train de créer un titre d'Assemblage 23 avec un chanteur extérieur. Mon principal but est d'essayer d'offrir quelque chose de vraiment différent de la version d'origine. Par exemple, lorsque le morceau est sombre et agressif, je vais essayer de créer quelque chose de dansant et de mélodique... Mais si le morceau est à l'origine tourné vers les clubs, je vais faire un remix beaucoup plus dark. C'est parfois amusant de surprendre les gens et de leur offrir quelque chose auquel ils ne s'attendent pas du tout.
Accession Records est ton label depuis le début d'Assemblage 23. Quelle est la contrepartie de ta fidélité ? Ils ont travaillé très dur pour promouvoir Assemblage 23 et faire connaître mon travail au delà des frontières. Je suis extrêmement content de ce qu'ils font pour moi. Tant de labels ne font pas l'effort de s'impliquer et attendent juste un gros succès. Accession Records comprend qu'il faut beaucoup travailler pour arriver à cela, et qu'il ne faut surtout jamais baisser les bras.
Peux-tu nous parler des pochettes du single et de l'album, très différentes entre elles, et également différentes des pochettes précédentes ? La couverture de l'album a été réalisée par Stéphane Dumais, qui avait aussi créé les pochettes de "Failure" et "Addendum". L'idée était de représenter le concept de défi dans un sens abstrait. Nous avons décidé de représenter un homme, nu, vulnérable, debout et de dos, au premier plan, regardant au dessus de lui le haut des immeubles. Ces immeubles peuvent être interprétés comme des obstacles en un sens, des choses qu'il doit surpasser, des choses qu'il défie... La pochette du maxi a été créée par User, qui est l'artiste habituel de la plupart des pochettes des artistes d'Accession Records, et je pense qu'il s'est surpassé pour celle-ci. Je l'adore car elle est tellement aux antipodes des clichés EBM, et elle fait tellement bien le lien avec le thème du morceau, je n'y aurais jamais pensé. Pour cela, il est allé dans une librairie historique en Allemagne et a scanné de très vieux documents. Il les a ensuite traités avec Photoshop puis les a combinés et manipulés pour parvenir à la version finale.
Récemment, tu as totalement reconstruit un des meilleurs morceaux de Haujobb, Dream Aid, en en faisant un nouveau hit électro notamment grâce à une nouvelle interprétation des paroles. Ce travail est très différent d'un simple remix. En fait, ce n'est pas une création récente. Cette nouvelle version a été conçue presque deux ans avant sa sortie en single. À l'origine, il devait y avoir un album de remixes de Haujobb par d'autres artistes, sous forme de tribute. Daniel Myer m'avait contacté pour me demander si je voulais y participer. J'avais répondu positivement en indiquant que Dream Aid est un de leurs meilleurs morceaux selon moi. Le problème a été à l'époque que Daniel avait perdu les enregistrements originaux des voix. Alors, je lui ai suggéré que je pourrais ré-interpréter avec ma propre voix le morceau et il m'a donné son accord. C'est donc ce que j'ai fait et qui a abouti effectivement à une forme de cover. Parce que le morceau original était consciemment dépourvu de structure continue, je l'ai restructuré un peu pour le rapprocher de mes créations personnelles. Néanmoins, cet album n'est jamais sorti, mais Daniel a dû apprécier ma version puisqu'il l'a reproduite sur son dernier single "Penetration".
Quels sont tes nouveaux projets ? Ce serait fantastique de te voir en France, peut-être à Paris. Nous avons joué à Paris l'hiver dernier mais il y avait bien peu de monde. Je ne sais pas si les gens savaient que nous passions en concert ou si personne en France ne nous connaît, mais c'était un peu embarrassant. On a pris néanmoins du bon temps et j'ai adoré Paris, un ville merveilleuse. On sera vraisemblablement de retour en janvier lors de notre tournée avec Icon of Coil.
Après un "échec" ("Failure"), pourquoi un "défi" ("Defiance") ? Qu'est ce que cela signifie personnellement pour toi ? Je pense que le thème de se dresser face aux difficultés et de ne jamais abandonner est le thème de prédilection des morceaux d'Assemblage 23 ; c'est un sentiment naturel pour moi. Cela a toujours été difficile de trouver un titre d'album. Comment trouver un nom ou une phrase qui englobe le large spectre de thèmes et d'émotions contenus dans un album. C'est assez difficile. Je souhaite seulement que cela ait un sens pour les gens lorsqu'ils écouteront l'album. |  |  |  | | |  | |
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