Propos recueillis
en octobre 2002

DERNIÈRE SORTIE :
"Inferno"
30 septembre 2002


SITE OFFICIEL :
www.pitchfork.de

LABEL :
www.warner.de
Par Stéphane Leguay  
Photos D.R.  

Project Pitchfork est un groupe décidément très productif : neuf albums studios, une foultitude de maxis, de singles et de EP en tout genre constituent aujourd’hui l’imposante discographie du groupe allemand qui, fidèle à sa tradition généreuse sort ces jours-ci un nouvel album "Inferno" suivi de deux MCD. Baptisé "Nun-Die Trilogie", ce triptyque sonore est en vérité une œuvre conceptuelle sur laquelle Jürgen Jansen, homme-orchestre de la formation nous apporte ici quelques précieuses lumières.

Vous présentez cet album comme la première partie d’une trilogie, peux-tu nous en dire plus sur cette "Nun-Die Trilogie " ?

" Inferno " sera suivie par " View From A Throne " et " Trialog ". "Inferno" et ces deux MCD ont pour but d’emmener l’auditeur dans un voyage au cœur de ses propres sentiments et de ses propres croyances. Un voyage qui commence dès l’intro Momentum, une chanson qui est à considérer comme la clé à toutes les autres. Et ce voyage continue tout au long de la trilogie pour s’achever à son sommet, "Trialog".

Votre dernier album était baptisé "Daimonion", celui-ci s’appelle "Inferno", il semblerait que vous trouviez dans le vocabulaire démoniaque un certain pouvoir métaphorique et évocateur…
Mais peut-être est-ce de l’ironie… ! Nous sommes probablement le groupe le moins diabolique de l’univers goth, car je te rappelle que notre principal credo est l’Amour. "Inferno" se nomme ainsi car il décrit un voyage similaire à celui de Dante. "Daimonion" quant à lui, n’était pas censé avoir une connotation diabolique dans la mesure où il était basé sur la signification première du terme "Daimonion", qui signifie ange-gardien en grec, c’était donc dans un sens plutôt positif. Tu sais, il est toujours très difficile de nommer son enfant avant qu’il ne vienne au monde et c’est pareil dans l’industrie du disque où tu dois à l’avance donner un nom à ton travail en espérant que tout collera bien à l’arrivée. Cela a été le cas cette fois-ci.

Vous présentez "Inferno" comme un album-miroir dans lequel vous n’auriez d’autre rôle que de nous le tendre à nous, auditeurs. Cette démarche diffère-t-elle tant de vos anciens albums tels "Io" ou "!Chakra :Red!" ?
Je crois que le message était plus clair sur nos précédents albums où c’était plutôt du style "Fais ci", "Ne fais pas ça", etc. Celui-ci laisse plus de place aux interprétations personnelles. C’est un miroir porté par quelqu’un, mais pas nécessairement par nous en tant que groupe ou en tant qu’individu. Cela pourrait être n’importe qui, même toi.

Il est clair qu’à la lumière de vos textes, "Inferno " est un appel à l’ouverture des yeux, du cœur et de l’âme. Peut-on considérer ces chansons comme une invocation au réveil des consciences ?
Oui, bien sûr. Mais cela ne dépend pas que de nous, cela dépend aussi de toi.

C’est du même coup une invocation au réveil de la conscience écologique, l’un de vos principaux chevaux de bataille depuis vos débuts...
Oui, mais cela n’en est juste qu’un parmi d’autres. Peut-être était-ce auparavant exposé comme un appel à sauver les animaux et les plantes, mais ce qu’on dit aujourd’hui c’est que nous devrions également faire attention à l’humanité, elle qui cause tous ces problèmes. Et c’est quelque chose qui ne peut-être changé que si tu penses par toi-même.

L’Individu est l’idée centrale d’ "Inferno", ne penses-tu pas que l’être humain a aujourd’hui perdu ses fonctions primitives d’individu en faveur d’une société dans laquelle il est juste devenu un simple élément, un micro-rouage à la tâche bien spécifique, à la manière des sociétés de fourmis ?
Je pense que chaque petite chose aide à améliorer une société. En fait, les sociétés de fourmis fonctionnent bien mieux que la nôtre. Chez elles, tout est plus simple et plus efficace. Par exemple, si l’une d’entre elle détecte un feu, elle va immédiatement avertir les autres du danger par un message très clair "N’allez pas par là : danger ". Pour moi, cet exemple prouve qu’une pensée primitive peut s’avérer parfois meilleure…

Le titre Your Cut Feather est une dénonciation du traitement de la femme dans notre société dominée par les mâles...
Les femmes devraient être traitées d’égal à égal avec les hommes. Je crois même que si le monde acceptait d’être dirigé par elles, nous serions aujourd’hui bien plus avancés. Elles sont tellement plus calmes que nous ne le serons jamais…

Il y a quatorze titres sur "Inferno" et plus d’une dizaine de nouvelles chansons réparties sur les deux MCD. Êtes-vous toujours aussi productifs durant le processus de composition ?
Cela dépend du temps passé à la production. Nous avons commencé l’écriture de "Inferno" l’année dernière, bien en avance. Nous avions assez de chansons pour l’album, ainsi que pour le premier MCD au moment de l’enregistrement. Et nous avons passé tellement de journées en studio lors de la production, que nous avons eu le temps d’en composer encore quelques-unes, destinées celles-ci au second MCD.

Même si tu n’es officiellement arrivé dans le groupe qu’en 1997, cela fait maintenant plusieurs années que vous composez tous ensemble, de quelle manière votre écriture a-t-elle évolué depuis le temps ?
Je crois que l’expérience est un grand facteur, tant au niveau du fond que de la forme. C’est une expérience technique en ce qui concerne la production et une expérience de vie qui elle, influence les paroles. C’est quelque chose qui, bien entendu, facilite le travail sur la musique mais qui rend en même temps difficile l’écriture des textes, dans la mesure où l’on ne veut pas se répéter. J’ajouterais également que l’expérience du travail d’équipe rend les choses beaucoup plus aisées.

Depuis 1998, le succès aidant, les fans et la presse vous attendent régulièrement au tournant, ne ressentez-vous pas une certaine pression à chaque nouvel album ?
Cela n’est pas vraiment de la pression. Evidemment chaque nouvelle sortie peut être comparée avec un album plus ancien mais à vrai dire, nous ne pensons pas à tout ça lorsque nous composons. Ce qui est certain, c’est que nous ne répondons à aucune demande de notre label, nous sommes totalement libres de faire ce que bon nous semble. En ce qui concerne les fans et la presse, c’est vrai qu’il y a toujours une grosse attente en ce qui concerne Project Pitchfork mais, encore une fois, rien qui ne puisse nous influencer lors de l’écriture.

Project Pitchfork se positionne nettement au-dessus du reste de l’underground gothique/dark wave, êtes vous satisfait de ce statut beaucoup plus "mainstream" ?
Je ne crois pas que "mainstream" soit le bon terme. Si nous attirons autant de personnes "non-goth" cela résulte pour beaucoup du fait que nous sommes programmés de temps en temps sur les chaînes musicales. Mais il est évident que nous sommes totalement satisfaits que notre message puisse être entendu par toutes sortes de gens.

Dirk Scheuber a été pendant dix ans l’alter ego de Peter Spilles, mais depuis plusieurs albums tu as pris une place prédominante dans le groupe, aujourd’hui, Dirk semble être très en retrait derrière Peter et toi. Est-ce son choix ?
Je ne dirais pas que je l’ai remplacé. Je produis les albums de Project Pitchfork depuis "Io" (1994 -ndlr). Lorsque je suis parti de Cassandra Complex, Peter m’a demandé de participer à certains morceaux de "!Chakra:Red!" (1996 -ndlr) et je suis devenu dès lors un membre à part entière du groupe. Dirk a rencontré quelques problèmes personnels lorsque nous écrivions "Daimonion" et n’a, de ce fait, pas du tout contribué à l’élaboration du disque. Pour "Inferno", nous lui avons demandé de composer quelques titres mais il ne l’a pas fait, trop occupé qu’il était avec son side-project. Il a de plus trouvé que le travail effectué en studio pour "Daimonion" fonctionnait plutôt bien et n’a donc pas voulu nous déranger pour celui-là. Donc oui, c’était son choix de se tenir en retrait du groupe. Ce qui ne signifie pas que Dirk ne réécrira plus jamais de chanson pour Project Pitchfork, il sera toujours le bienvenu. De toute façon, Project Pitchfork n’est plus un duo, mais un groupe. En fait, c’est pour le moment un duo qui compose mais c’est un véritable groupe qui joue lors des concerts. Et sur "Inferno" il y a un peu plus de cette vibration live, dans la mesure ou Achim Färber (batterie) et Carsten Klatte (guitare) se sont dès le début impliqués dans le processus de production, ce qui a laissé un certain espace pour leurs idées et leur interprétation des chansons.