|  Propos recueillis en décembre 2002
DERNIÈRE SORTIE : Chris De Luca And Peabird "Deadly Wiz Da Disko" Compilation "MAS Confusion" |
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|  |   |  |        | | Par Anthony Augendre | | Photos D.R. |
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|  | Les cerveaux d'une electronica en mouvement continu sont actuellement enfermés dans leur studio. Cachés quelque part au fin fond de la Bavière, ils conçoivent leur nouvel album, un événement aussi attendu que la sortie d'un nouvel Autechre ou d'une réédition de Boards Of Canada. Nous avons donc enquêté auprès des intéressés, mais rien ne transparaît sur la teneur du Funkstörung nouveau (un goût de framboise, cette année, paraît-il), Michael Fakesch et Chris De Luca conservant jalousement leur secret de fabrication. C'est malgré tout l'occasion de faire le point sur la nébuleuse électronique du duo funky qui ne cesse de lancer des projets.
Le parcours de Chris de Luca et Michael Fakesch est étonnant à plus d'un titre. Encore méconnus, il y a quelques années, du public consommateur de CD, ils produisent une série de vinyls anonymes sur les labels Bunker, Interr-Fered, Acid Planet. La signature est timide, à peine estampillée sur une face par un macaron au nom de "Funk", et plus loin "Storüng". Le duo n'a pas encore trouvé sa voie et sa production un peu brouillonne (une cinquantaine de morceaux) ne les démarque pas de la techno industrielle aride que pratiquent des formations issues de la scène hollandaise de La Haye comme Unit Moebius. Nous ne saurons jamais par quel mystère, Michael et Chris se retrouvent alors sollicités par une pléiade d'artistes aussi divers que Fini Tribe, Wu Tang Clan et surtout madame Björk, une petite fille capricieuse qui sait toujours ce qu'elle veut, comme peuvent en témoigner ses récentes escapades avec Matmos et Thomas Knak sur "Vespertine". Le remix du superbe All Is Full Of Love agit comme une sorte de catalyseur pour Funkstörung qui s'affirme ainsi en chirurgien sonore. Vedettes vieillissantes ou musiciens en quête de beauté fantasque, tous subissent un traitement acéré. Vrilles de breakbeats, jungle nucléaire, saucissonnages de voix (qui font école depuis chez Prefuse 73 et Machine Drum), filtres et effets du GRM, déconstruction et reconstruction de structures rythmiques assez chevronnées forment l'attirail esthétique auquel Funkstörung a recourt pour lifter ses clients, comme le souligne Michael : "Nous parlons de déconstruction quand nous produisons des remixes. Quand il s'agit de nos propres compositions nous sommes d'avantage dans un processus de construction complexe."
Le premier long format de Funkstörung "Additional Productions" est constitué principalement de remixes. Il apparaît comme le récépissé d'un bon de commande ou une collection d'œuvres personnelles conçues pour les autres… par procuration. Le duo reconduit l'expérience avec la réalisation de "Viceversa" et ses mixes pour Plaid, A Guy Called Gerald, Speedy J, Nils Petter Molvaer ou Jean-Michel Jarre, entre autres. "Nous ne sollicitons jamais qui que ce soit pour réaliser un remix" nous affirme Michael Fakesch, entretenant ainsi le mystère autour de leurs nombreuses collaborations.
Le design impressionnant des pochettes -réalisées par Matt Pyke, (frère de Simon de Freeform) un membre de Designers Republic- impose d'autant plus l'image du groupe qu'elle prend le contre-pied des chartes graphiques du milieu industriel : détournement du logo de la Deutsche Telekom, représentation de diagrammes, courbes de croissance et autres outils de gestion. Funkstörung fait pour ainsi dire groover le monde de l'entreprise avec un humour très Kratwerkien.
Sous la houlette de Funkstörung, le hip hop se désincarne de ses stéréotypes et la pop se pare d'une chrysalide étrange où mélancolie et bruitisme cohabitent parfaitement. Michael et Chris trouvent un équilibre délicat entre la richesse des rythmes et une exigence constante portée sur les climats harmoniques. Une démarche qui les distingue de leurs cousins de Manchester, les fameux Autechre qui ont décidé de distancer tout le monde dans le jeu du "Qui sera le plus casse-pieds des nerds". "Nous nous considérons comme étant des musiciens et non pas des programmeurs. L'équilibre entre les mélodies et les rythmes est une démarche naturelle selon nous. Nous voulons produire de la musique et non des mathématiques", nous fait remarquer Michael à propos de leur architecture sonore. Michael et Chris sont par ailleurs de grands amateurs de hip hop à l'instar des artistes américains tels que Phoenicia, While, Lexaunculpt, élevés à part égale avec le sampling mordant de Public Enemy, l'émergence de la Miami bass, l'expérimentation mystique de Coil et les parrains de la musique industrielle des années 70. "Chris est tombé amoureux du hip hop quand il avait huit ans. Moi à l'âge de 12 ans, j'adorais Grandmaster Flash, Public Enemy, EPMD et plein de trucs "old school". Le premier Grandmaster Flash était le disque préféré de Chris quand il était petit. Quand j'avais 10 ans je vénérais "Highway to Hell" d'AC/DC", confie Michael qui manifeste également un goût prononcé pour la mélodie et s'intéresse vivement aux schémas d'écriture de chansons pop. La collaboration avec le suédois romantique Jay-Jay Johanson est marquante. Funkstörung coréalise la moitié des titres du nouvel album techno-pop de Jay-Jay. "Jay-Jay est un charmant garçon. Nous avons pas mal appris à ses côtés sur la façon de concevoir une chanson."
Certains entreprennent des voyages au bout du monde en quête d'enrichissements exotiques, d'autres s'entichent de spiritualité. Funkstörung construit son paysage artistique à deux pas de Munich, dans un endroit surtout connu comme étant le berceau de la bière et du conservatisme européen. Qu'est ce qui distingue le duo de ses collègues Hollandais de Funckarma, de l'anglais Dave Tipper ou des américains de Phoenicia ? Selon Michael : "Nous produisons tous la même daube en quelque sorte. Tous ces gens sont vraiment agréables même si nous nous voyons peu. La différence entre eux et nous c'est qu'ils vivent dans des grandes villes, pas comme nous dans notre petit village bavarois."
N'en déplaise aux intellectuels de l'electronica, Funkstörung ne s'abrite derrière aucun concept particulier et lorsqu'on leur demande quelle est la philosophie qui motive la création des labels (Musik Aus Trom et Sellwell) que le duo dirige en plus de son activité musicale, Michael se contente de nous répondre : "Notre philosophie tient en un mot, le "fun" et la fondation d'une plate-forme de promotion pour nos amis." De même pour l'engagement politique, si Funkstörung entretient des liens d'amitiés avec le collectif Beta Bodega (un regroupement international d'artistes qui contribuent à la réalisation d'albums concept dénonçant l'oppression capitaliste sur les pays du tiers-monde, et surtout l'activité des Etats-Unis en Amérique Latine), il préfère prendre ses distances avec toutes formes de discours : "Nous ne pensons pas que la musique électronique instrumentale ait besoin d'une ligne de conduite politique. Nous sommes des musiciens, pas des politiciens." |  |  |  | | |  | |
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