|  Propos recueillis en novembre 2002
DERNIÈRE SORTIE : "Outpost Transmission" |
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|  |   |  |      | | Par Christophe Labussière | | Photos D.R. |
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|  | Rescapé de l'ère Factory, acteur essentiel de la scène mancunienne, 808 State a traversé les décades à coups de synthés et d'électronique. Réussissant la jonction la plus parfaite entre la pop et les pistes de danse, 808 State collectionne les collaborations émérites avec, entre autres, Bernard Sumner (New Order), Björk ou James Dean Bradfield (Manic Street Preachers) pour quelques morceaux d'anthologie. L'album "Outpost Transmission", depuis peu dans les bacs, les sort d'un sommeil que l'on commençait à trouver long et prouve clairement que Graham Massey et ses acolytes n'ont toujours rien à envier aux jeunes générations.
Vous avez commencé à travailler avec des chanteurs comme Björk et Bernard Sumner sur l'album "Ex:el". Vous n'avez jamais eu envie de chanter vous-même ? Si, Daren et moi avons essayé... En fait, ce ne sont pas vraiment les chanteurs qui nous manquent, ce sont surtout les textes qui nous posent problème. Nous faisons appel non seulement à des chanteurs, mais surtout à des auteurs. Il y a tellement de chansons que nous n'avons pas finalisées parce que l'ambiance que dégageaient les paroles ne correspondait pas à la musique !
Comment avez-vous choisi ceux qui participent à "Outpost Transmission" ? On a résisté à l'idée de faire appel à des chanteurs jusqu'à ce que l'on termine l'album. Les gens autour de nous n'arrêtaient pas de nous faire des suggestions, et étrangement ça s'orientait toujours vers des "figures" des années 80. Mais au final, nous avons choisi des gens proches de nous. Simian était notre batteur sur scène, j'ai aussi joué dans d'autres groupes avec lui, et je sentais que nous avions une vue similaire sur la façon de faire de la musique. Nous connaissions Guy Garvey de Elbow pour l'avoir souvent rencontré au Night And Day Cafe à Manchester, le carrefour de la nouvelle scène mancunienne depuis un bout de temps. Il est toujours très enthousiaste et aime s'investir dans des choses nouvelles, il nous a rejoints pour l'enregistrement et a chanté facilement avec nous. En ce qui concerne Alabama 3, ce sont des personnes que Darren et Andy avaient rencontrées au cours de sets DJ au Dog Star, à Brixton à Londres. Ils avaient la réputation d'être plutôt "rock'n'roll". Quand ils sont venus à Manchester on a d'ailleurs mis trois jours avant de réussir à les retrouver, et on a du déprogrammer plusieurs sessions... au final, ils ont enregistré dans leur propre studio, ce qui finalement n'est pas une mauvaise solution quand on utilise des logiciels comme Pro Tools !
Y a-t-il quelqu'un avec qui vous aimeriez travailler ? Ça fait des années que l'on discute avec Ian Brown (Stone Roses -ndlr) pour faire quelque chose avec lui. Ça a failli se faire à plusieurs reprises, mais on n'y est jamais arrivé.
Quelles sont tes collaborations préférées ? Tout ce que j'ai pu faire avec Björk... Bond avec Doughty de Soul Coughing, ou encore le morceau qu'on a fait avec James Dean Bradfield de Manic Street Preachers, Lopez. J'étais sceptique sur cette collaboration et ça a été vraiment quelque chose de particulier : ce n'était pas vraiment nous, pas vraiment lui, c'est en fait ce qu'on peut appeler une vraie collaboration.
Nous avons interviewé Crispy Ambulance il y a quelques mois. Alan Hempsall nous a dit que tu faisais partie du groupe au début, et tu as produit leur nouvel album... Tu peux nous en dire plus sur tes liens avec Alan ? J'ai joué du violon électrique pour les Crispys quand ils ont débuté, c'est d'ailleurs moi qui ai trouvé le nom du groupe, et j'ai fait la pochette de leur premier disque. Avant ça j'étais dans un autre groupe avec Alan. J'ai joué dans Blind Elaine, qui ressemblait assez à Throbbing Gristle. Alan et moi on se prenait aussi pour Fripp et Eno, on jouait en duo dans des restaurants et dans des centres commerciaux. On a aussi eu un groupe punk qui s'appelait Danny And The Dressmakers. Nous sommes restés tous les deux au chômage pendant huit ans, on traînait ensemble la majeure partie du temps. On est très proche l'un de l'autre, et c'était logique qu'il me demande de produire le nouvel album, je savais comment ça devait sonner. À l'époque de Crispy Ambulance, j'avais un groupe qui s'appelait Biting Tongues, on répétait dans la même maison qu'eux, sur le même matos, et nous avons aussi été chez Factory pendant un bout de temps. Ce qu'on faisait était proche de Can, c'était de l'impro/jazz ; on a fait quelques concerts avec 23 Skiddo, Rip Rig & Panic. Ça a duré de 1978 à 1988, on a sorti notre dernier album alors que je commençais déjà à travailler sur 808 State.
808 State fait partie de l'histoire de Manchester, et pourtant vous n'apparaissez pas dans le film "24 Hour Party People". On apparaissait dans le script original, mais nous avons été coupés. Comme pas mal d'autres choses d'ailleurs. Mais en fait on ne peut pas dire que ce film soit un documentaire, ça reste une comédie. J'étais d'ailleurs plutôt déçu que l'on n'entende pas le titre Pacific dans le film, ça a quand même été le morceau avec lequel toutes les soirées de l'Hacienda se sont terminées pendant des années, c'était une sorte d'hymne. J'étais à l'Hacienda trois à quatre nuits par semaine parce que je travaillais comme ingénieur du son à deux pas de là, au Boardwalk Club, et j'avais une carte d'entrée gratuite parce que Biting Tongues était chez Factory.
Quel est ton groupe préféré de l'époque Factory/Manchester ? Happy Mondays était fantastique en live, Joy Division sur scène te faisait frissonner. Il y a eu une période où j'adorais A Certain Ratio, Crispy Ambulance a fait quelques concerts mémorables, Section 25 aussi.... The Fall pouvait parfois être étonnant.
Comment êtes-vous passé à la musique électronique ? L'électronique est quelque chose que l'on avait envie d'essayer, mais on savait qu'on n'en était pas vraiment capables. Les Crispys avaient acheté un synthé "ARP Oddysea" qui leur avait coûté une fortune mais qui était vraiment génial, ils avaient aussi une boîte à rythmes "Roland CR78" et je me souviens qu'Alan a acheté un séquenceur à Bernard Sumner que personne ne savait faire marcher ! En fait, lorsque le matériel midi est apparu et que les prix ont baissé, on a commencé à vraiment s'y intéresser. Ça a vraiment été une révolution. Avant 1988, il y a avait beaucoup de musique électronique orientée dance, ça n'était donc pas vraiment nouveau pour nous quand nous avons commencé à en faire nous-mêmes. Nous sommes issus d'une scène de tradition électronique, avec des groupes comme New Order ou Depeche Mode. La plupart de la dance music que nous écoutions à la fin des années 80 était "chantée", c'était donc amusant de faire pour la première fois des morceaux instrumentaux. J'aime les groupes qui ont une identité sonore, leur propre personnalité. Et si ils peuvent y parvenir avec un Kazoo ou avec une seule corde c'est parfait. Par contre, ça devient difficile quand tout le monde utilise le même équipement, tu dois réussir à dépasser tes instruments. |  |  |  |  | 1/2 |  | | |  | |
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