Propos recueillis
en décembre 2002

PROCHAINE SORTIE :
"Navigating By The Stars"
17 février 2003


SITE OFFICIEL :
www.newmodelarmy.org

LABEL :
www.xiiibis.com
Par Stéphane Leguay  
Photos Markus Nass  

Seul maître à bord de l’héroïque rafiot New Model Army, Justin Sullivan incarne depuis plus de vingt ans la liberté et la conscience politique d’un rock étendard tour à tour rageur et lyrique. Éternel baroudeur assoiffé de scène et d’écriture, il nous revient en ce début d’année avec "Navigating by the Stars", un premier effort solo qui voit enfin le jour après de nombreuses années d’attente. Bavard, affable et d’une grande sagesse, Justin nous parle de cet album, de New Model Army, de concerts et de bien d’autres choses encore…

"Navigating by the Stars" était-il pour toi une opportunité d’écrire et de composer des choses que tu n’aurais pu placer dans un album de New Model Army ?

Dans un sens, oui. Mais je ne crois pas que l’écriture de cet album soit si éloignée de New Model Army car ce groupe, c’est aussi moi. En fait, New Model Army est une formation de rock basique composée de cinq musiciens et je voulais pour ce travail solo être libre de ne pas utiliser autant de personnes. Ce n’est pas que je souhaitais particulièrement jouer avec d’autres gens, mais je voulais être libre de ne pas avoir de section rythmique : il n’y a pas de batterie sur "Navigating by the Stars", juste quelques percussions, un coup de caisse claire ça et là, mais pas de batterie à proprement parler. C’était donc une bonne opportunité pour faire les choses avec un son différent, la base étant plutôt acoustique. Mais beaucoup de gens pensent que cet album se résume à moi et ma guitare, ce qui n’est pas vraiment le cas : une chanson comme Ocean Rising par exemple est assez intense et même si la majeure partie du disque reste plutôt calme, celle-ci exhale vraiment une impression de grandeur et d’étendue. Tu sais, j’aime la musique quand elle est "grande" et "vaste", comme l’océan. À l’opposé, je déteste les forêts auxquelles je préfère les déserts, les sommets montagneux, le grand large ou les bords de mer. D’ailleurs, et bien que "Navigating by the Stars" ne soit pas un concept album, plus de la moitié des chansons évoque la mer, l’océan… C’est un disque plutôt romantique…

Peut-on considérer cet album solo comme un complément à New Model Army ?
Je crois qu’entre les thèmes politiques et l’aspect rock propre à New Model Army, il y a beaucoup de romantisme et de spiritualité. Sur "Navigating by the Stars", j’ai gardé ce romantisme et cette spiritualité, sans la politique. Alors évidemment, mon album sonne différemment, mais en réalité il n’y a pas de véritable frontière entre les deux : j’écris des chansons, voilà tout. Ce sont seulement les approches et les arrangements qui varient. Tout cela fait partie d’un même tout qui est mon travail.

Quand tu ne tournes pas avec New Model Army, tu prends ta guitare et tu pars tourner de ton côté. Est-ce si essentiel pour toi de jouer live ?
Absolument. J’aime composer et jouer live. Je n’ai jamais réellement aimé enregistrer en studio car c’est pour moi une science quelque peu inexacte. Extraire la musique qu’il y a dans ma tête pour la coucher sur bande est vraiment quelque chose de très difficile et douloureux…

Cela n’est jamais comme tu l’imagines ?
Si, parfois… Sur "Navigating by the Stars", la moitié de l’album ressemble exactement à ce que j’avais en tête, ce qui est une proportion plutôt élevée par rapport à d’habitude. Mais jouer live représente TOUT pour moi car il y a une communication directe avec les gens. La musique de New Model Army est faite pour s’exprimer en concert. Il n’y a pas un seul groupe de rock au monde qui soit meilleur sur disque que sur scène : le rock est véritablement profilé pour le live. Et après avoir fait pas mal de shows acoustiques cette année, je peux te dire que suis très heureux d’être de retour avec le groupe pour faire un peu de bruit !

Tu as des centaines de concerts à ton actif : as-tu encore parfois le trac avant de monter sur scène ?
Il m’arrive parfois d’être nerveux, mais c’est aléatoire. Des fois, on ignore pourquoi, il y a quelque chose de spécial dans l’air… Sur les longues tournées, cette nervosité tend à se raréfier lorsque la routine s’installe, en particulier à la fin des 80’s, début des 90’s, lorsque nous faisions à peu près 150 concerts par an. Aujourd’hui, nous faisons beaucoup moins de dates (entre quarante et cinquante) ce qui fait qu’il est beaucoup plus facile de conserver le feeling d’un bout à l’autre de la tournée.

La routine est donc l’ennemi n°1 pour un groupe de scène ?
Oui, absolument. Mon groupe favori en live est Queens of the Stone Age. Je les ai vus au début, au milieu et à la fin de leur dernière tournée qui a duré plus d’un an, et je peux te dire qu’à la fin ils n’étaient plus aussi bons. Quelque chose manquait. Et ils sont pourtant extraordinaires…

Pourrait-on tracer un parallèle avec une relation de couple ?
Quand un groupe tourne, il joue presque toujours les mêmes chansons, et au bout d’un moment cela devient ennuyeux. Et puis lorsque sort un nouvel album, tout le monde est très excité à l’idée de jouer les nouveaux titres en concerts. C’est la même chose dans une relation amoureuse : si les jours se suivent et se ressemblent, tu finis par t’emmerder. Mais les gens changent, grandissent, se nourrissent de nouvelles expériences, ont de nouveaux trucs à partager… Le secret d’une longue relation, et tu peux me faire confiance, est de ne jamais se retrouver à cours de choses à raconter car c’est cela qui fait avancer.

À propos d’évolution, il est étonnant de constater à quel point New Model Army a su conserver un son propre tout en continuant d’aller de l’avant durant ses 21 années d’existence. Est-ce le véritable challenge pour un groupe que d’avancer sans se perdre ?
Comme je te le disais à l’instant, les gens changent. La chose la plus triste, c’est de voir ces gens de quarante ans essayer d’en avoir encore dix-huit. Moi, j’ai quarante-six ans et je me sens comme quelqu’un de quarante-six ans dans ma tête. Embrasser les changements est quelque chose de très important dans la vie de chacun, que tu sois musicien ou banquier. Au fil des ans les gens ont un boulot, des gamins, une famille, une maison… et tous ces changements sont bénéfiques. Rester scotché n’est pas bon, en musique comme ailleurs.
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