Propos recueillis
en janvier 2003

DERNIÈRE SORTIE :
"Still & Raw" (EP)


SITE OFFICIEL :
www.front242.com

LABEL :
www.xiiibis.com
Par Christophe Labussière  
Photos David Dobson  

Parmi les groupes que l'on désespérait de voir enfin sortir un nouvel album, Front 242 était jusqu'à aujourd'hui dans le peloton de tête. Une position pas forcément idéale pour travailler en toute quiétude. Avant même que le nouvel EP ne soit disponible, les forums et mailing lists consacrés à l'un des groupes majeurs de toutes les scènes électroniques grouillaient déjà de réactions. Et la critique y est souvent aussi sévère que l'attente a été longue.

Bien que "Still & Raw" ne soit pas encore sorti, êtes-vous déjà à l'affût des premières réactions de vos fans ?
Jean-Luc De Meyer :
Franchement, non. On n'a pas le temps, d'ailleurs.

Peux-tu me dire comment s'appellera l'album ?
Le titre définitif ne sera choisi qu'au moment où tous les morceaux seront terminés. Et ce n'est pas encore le cas ! (L'interview a été réalisée le 23 janvier -ndlr)

Entre le moment où vous vous êtes décidés à enregistrer ce nouvel album et aujourd'hui, combien de temps s'est-il écoulé ?
C'est difficile à dire, car avant de commencer à véritablement mettre les morceaux en place, il y a toujours dans Front une période de recherche et d'expérimentation tous azimuts. Si on inclut cette préparation, cela fait bien plus d'un an.

Prendre la décision de sortir un nouvel album a-t-il été facile ou avez-vous hésité ?
Non, il n'y a pas eu de problème, l'intention était claire depuis longtemps.

Vous n'avez pas eu certains moments de doute, l'envie de tout laisser tomber ?
Si, mais chacun individuellement, et à des moments différents. La cohésion et la détermination globales n'ont jamais été en péril.

Avez-vous eu du mal à terminer l'album ?
Personnellement, je trouve qu'il a été plus difficile à démarrer qu'à terminer.

Est-il dans la même veine que "Still & Raw" ?
Oui et non. Il y aura sur l'album plusieurs morceaux plus rapides et de texture plus épaisse.

Combien de morceaux du EP figureront sur l'album ?
Un ou deux, et dans des versions différentes.

Comment avez-vous choisi les morceaux pour cet EP ?
Disons que nous avons décidé de finaliser, parmi une vingtaine de morceaux qui étaient suffisamment avancés, ceux qui nous semblaient les plus éloignés de ce que nous avions fait dans le passé.

Depuis le temps que vous existez, n'est-ce pas la première fois qu'un album de Front 242 est autant "attendu" ?
Peut-être. Mais finalement, nous l'avons assez peu ressenti.

Je ne peux pas croire que vous n'ayez pas eu conscience de cette pression pendant l'enregistrement et l'écriture. Ça ne vous a pas nui ?
Je ne pense pas. Nous n'avons pas fonctionné en termes d'adéquation à un statut, à une attente extérieure ou à un précédent degré d'efficacité, mais plutôt en essayant de nous positionner assez radicalement ailleurs et en travaillant différemment de tout ce que nous avions fait jusqu'à présent.

Vous avez seulement travaillé tous les quatre sur cet album ou y a-t-il eu des participations extérieures ?
Amy Chandler (la femme de Patrick Codenys -ndlr) nous a aidés pour la finalisation de certains textes. C'est tout.

Quand tu as écouté ce que Daniel et Patrick avaient fait avec MorF, n'as-tu pas regretté de ne pas y participer ?
Sur certains morceaux, franchement, si.

Le Front 242 nouveau est-il la suite logique de ce qu'a pu faire Front 242 dans le passé ou plutôt celle de vos side-projects respectifs ?
Impossible de faire la part des choses entre suite logique et revirement, et entre Front 242 et hors Front 242. Je vois clairement dans le nouvel album une continuité, et à peu près aussi clairement une rupture nette, à la fois dans la manière de travailler que dans le résultat final.

Vous allez mener de front Front 242, MorF et vos différents side-projects. Cette schizophrénie est-elle positive ou au contraire ne risque-t-elle pas de vous empêcher de vous investir vraiment à fond dans l'un ou l'autre de ces projets ?
La vie d'un groupe est faite de bien plus de moments creux que de périodes actives, il y a vraiment de la place pour plusieurs projets parallèles gérés activement.

Peux-tu m'en dire plus sur le prochain album de C-Tec ? As-tu déjà commencé à travailler avec Marc Heal sur de nouveaux morceaux ?
Oui. Il y en a dix qui sont en cours, à des degrés divers d'achèvement. Maintenant nous ne travaillons plus qu'à deux. Ce sera purement électronique et très différent de "Cut", moins uniforme, beaucoup plus nuancé et personnel.

Vous êtes chez XIII Bis pour l'Europe. Qu'en est-il pour les USA ?
Nous avons un contrat avec Metropolis. Dans les deux cas on a cherché la meilleure solution possible.

Vous avez toujours prôné votre volonté de lutter contre l'hégémonie du rock anglo-saxon, ce combat n'est-il pas dépassé aujourd'hui, ou tout au moins est-ce que vous êtes sûr que la musique électronique est toujours la meilleure des "armes" ?
Le broyeur anglo-saxon assimile et récupère tout ce qui peut lui permettre de continuer à fonctionner à grande échelle, mais toujours partiellement, et avec du retard. En termes d'image, d'attitudes, de manières de penser, de créer et de fonctionner, entre autres, nous en serons toujours très éloignés.

Aujourd'hui, quelles sont les musiques qui vous font frissonner ?
Personnellement je deviens de plus en plus sensible aux sons ambiants, et particulièrement aux voix vibrantes. Ma dernière expérience de frisson remonte à cet après-midi dans le métro. Dans la rame quasiment vide, quelqu'un fredonnait un air inconnu. Je l'ai trouvé particulièrement beau. Un instant de bonheur parfait.

Vous allez entamer une tournée en septembre?
La tournée sera largement tributaire des réactions à l'album et ne sera mise en place qu'à la fin du printemps. Mais il est clair que nous irons aux USA.

Et quels vont être les changements sur scène ?
Là aussi il est beaucoup trop tôt pour le dire précisément ; car même s'il y a déjà des idées assez nettes, elles peuvent se matérialiser de manières très différentes. Mais l'ambiance générale sera un contraste accentué entre, d'une part, les moments de saturation visuelle et sonore, et d'autre part, des passages plus intimistes, mais tout aussi intenses. Et d'autres choses surprenantes.

Depuis début janvier on trouve certains des morceaux de votre EP en MP3 sur Internet. Cela vous énerve-t-il ou au contraire voyez-vous cela comme un moyen de diffuser au plus grand nombre votre musique ?
Nous ne nous gênons pas non plus pour aller nous servir sur le Net en fonction de nos goûts personnels, alors...