|  Propos recueillis en mars 2003 |
|  |   |  |
|  |   |  |        | | Par Christophe Labussière | | Photos D.R. |
|  |  |  |  |
|  |
|  | Considérer les 3 heures 35 de cette compilation comme homogènes est tout bonnement impossible. Les groupes qui y ont participé n'ont en effet pas travaillé pour un projet à la direction artistique clairement définie, ils ont simplement été réunis par le label Parametric dans le but d'offrir un aperçu de l'état actuel de la scène électronique française. Six mois de travail entrepris par Rémy Pelleschi (Mlada Fronta/Parametric) pour réunir 45 artistes francophones sous les bannières "electronica, industriel, expérimental". Trois ambiances pour trois CD où chacun des intervenants est à un stade de maturation différent, l'avenir de certains d'entre eux n'est d'ailleurs pas vraiment assuré. Mais si "QFG" semble de fait être par moment sans cohésion, c'est pour offrir au final un résultat particulièrement varié et finalement assez digeste. Tentons la dissection de ce projet ambitieux avant de discuter de sa genèse avec son initiateur.
Premier CD : Q
Le premier invité qui se paye le luxe d'ouvrir la compilation est Flint Glass. Le fondateur du label parisien Brume propose comme à l'accoutumée une électro dark, habillée ici de sonorités "à la" WipEout. Une pole position qui est une preuve pour qui ne le saurait pas encore de la qualité et de l'intérêt de ce projet. AB OVO prend la suite avec tout autant de réussite, dans une continuité parfaite. Le son est tout aussi impressionnant, la rythmique engagée. Gom achève brillamment l'ouverture avec un morceau dans la même lignée, une grosse artillerie, mais utilisée avec beaucoup de finesse. Ce nouveau projet de l'ancien guitariste de Corpus Delicti fait néanmoins prendre un léger virage au CD, vers une electronica plus précise, plus proche de la recherche sonore que construit comme un véritable morceau. Suit Pilonaa, moins original, qui se rapproche beaucoup plus de sonorités Warpiennes assez cliché mais qui permettent de glisser vers quelque chose de plus lumineux et de moins rentre-dedans. La suite est logique, toujours des sonorités Warpiennes, avec Morthem Vlade Art qui offre avec Sleuth un titre tout en finesse, instrumental (ce qui n'est pas dans l'habitude du groupe), mais qui, débarrassé de la pourtant superbe voix de Gregg, se laisse encore plus profondément découvrir. L'exercice est parfait. Oil 10 ne nous est pas non plus inconnu, et avec To the South il oriente "Q" vers une électronique plus ludique dans sa construction. Alors que ses prédécesseurs déclinaient à leur manière les standards électroniques, ici on semble s'amuser beaucoup plus. Le son et son environnement sont clairement maîtrisés. La première mauvaise surprise arrive ensuite avec NKL. Le morceau, et sa rythmique basique et grossière, ne s'intègre absolument pas avec ce qui lui a précédé. Une boîte à rythmes aux sonorités antédiluviennes est agrémentée de quelques sonorités bien pauvres et habillée hâtivement de samples de voix, pour un résultat complètement décalé par rapport au reste de la compilation. On fait d'un coup un bond de quinze ans en arrière. Après cet écart, Von Magnet et son métissage électro flamenco continue à casser le rythme de la compilation. Si l'éternel ovni s'apprécie totalement sur scène, à la limite sur album, c'est difficilement qu'il peut réussir à convaincre, ainsi isolé parmi d'autres invités. Avec Nimp (diminutif de N'importe quoi) et L'Homme qui n'existait pas, il faut admettre que l'orientation de "Q" se modifie vraiment. Ralenties, sombres, les sonorités qui constituent ce titre donnent néanmoins une grande envie de s'y intéresser plus avant. Plus ambient que tout ce qui a précédé, le superbe morceau s'autorise une avancée sans repère dans des eaux plus troubles. Avec Mimetic, c'est une nouvelle rupture. Comme à l'accoutumée, le morceau est splendide, dans son ensemble tout comme dans le détail, mais la façon dont il est constitué, totalement basé sur la rythmique, n'en fait pas le titre le plus représentatif de son univers. Haïku, qui est une des dernières signatures du label Parametric, offre une excellente combinaison. Les sons s'installent successivement, se superposent, et créent quelque chose d'assez étonnant, une sorte d'IDM, mais vraiment axée sur la mélodie. Une très bonne surprise. C'est ensuite l'hôte des lieux, Mlada Fronta, qui nous accueille. Un morceau plutôt calme qui se construit "à la" Mlada Fronta, installant les éléments les uns après les autres, consciencieusement, sans jamais se répéter, jusqu'au terme du morceau, offrant un titre qui semble ne jamais vouloir s'arrêter. Extrêmement soigné, Contrast rappelle que l'ensemble de cette compilation se doit d'être écouté au casque ou dans des conditions optimales, afin d'en saisir toutes les subtilités. Vraiment splendide. Rabbits/Sorrow est le morceau le plus ambient du CD, plus proche du GRM que de quoi que ce soit de véritablement identifiable. Shizuka continue tranquillement sur cette vague calme et cotonneuse qui s'est installée sur cette deuxième partie du CD et offre une très plaisante electronica japanophile tout en finesse. DJ Enthrall achève très moyennement ce premier volet avec un morceau quasi trip hop qui, s'il démarre bien, se retrouve habillé d'une voix traficotée à l'effet assez cheap et d'un synthé assez scolaire.
Le bilan reste donc mitigé malgré un excellent départ. Si l'absence d'homogénéité est "normale", l'écart est parfois trop grand entre l'amateurisme et les vraies bonnes surprises. Nimp, Haïku, AB OVO, Shizuka ou Gom sont les découvertes les plus intéressantes de ce CD, quant à Morthem Vlade Art, Oil 10 et Flint Glass ils confirment tout simplement leur statut de petits génies. |  |  |  |  | 1/3 |  | | |  | |
|  |  | |  |