Propos recueillis
en avril 2003

DERNIÈRE SORTIE :
"Beyond the Valley of the Proles"


SITE OFFICIEL :
www.worldwentdown.com/imcc

LABEL :
www.klangstabil.com/hymen
Par Christophe Labussière  
Photos D.R.  

David Thrussel est l’un des derniers génies de la scène électronique. Artiste militant, ce citoyen Australien a, de par ses origines géographiques et son éternel engagement contestataire, une vision du monde sur laquelle il était opportun de s'interroger en ces temps difficiles.

Dans quel état psychologique te met la situation actuelle entre les USA et l'Irak ?

Je suis écœuré mais, hélas, pas étonné. L’empire américain s'est engagé sur le sentier de la guerre, et son désintérêt pour l’opinion de ses "alliés" et du reste du monde est désormais flagrant aux yeux de tous. Bien que le peuple iraquien vive actuellement un véritable enfer, il y a quelques petits points positifs... on commence à constater une certaine forme d’opposition au grand Satan blanc.

D'après toi, que peut-on faire individuellement contre cette guerre ?
Désolidarisez-vous de la machine à conneries américano-anglo-australienne. Ne leur donnez ni votre soutien, ni votre argent, et ne croyez pas un mot de ce qu’ils vous disent. Si vous en avez la possibilité, investissez-vous dans la désobéissance et la protestation civiles qui, elles, portent leurs fruits.
Voici quelques sites intéressants pour se tenir informé sur la guerre :
www.aeronautics.ru
www.indymedia.org
www.copvcia.com

Quelle est la position des Australiens et du gouvernement australien ?
Le gouvernement australien a les joues marron à force de lécher le cul des Américains. Les Australiens sont en grande partie opposés à la guerre, mais le gouvernement s’en fout royalement et préfère traiter directement avec Washington. À part ça, certains zombies osent encore dire que nous vivons en démocratie... ho ho ho !

Te souviens-tu exactement de ce que tu faisais le 11 septembre ?
Nous rentrions tout juste de New York ! On venait de finir une série de concerts de Snog là-bas. Je me remettais du décalage horaire chez un ami lorsque le téléphone s'est mis à sonner comme un dingue...

Qu'est-ce qui t'est passé dans la tête à ce moment-là ?
Je me suis demandé jusqu’où tout cela allait nous mener. Souviens-toi, à ce moment-là, on répétait sans arrêt que huit avions avaient été détournés... où sont-ils allés ? Je me suis demandé si c’était le début d’une guerre. Les jours suivants, je suis devenu très soupçonneux. Où étaient les preuves ? Où étaient les forces aériennes ? Pour l’instant, aucune réponse pertinente n’a été apportée.

Tes deux derniers albums ont été censurés en Australie. À cause des pochettes ?
Oui, ils sont censurés en Australie à cause de pressions commerciales. MacDonald’s a essayé d’attaquer le groupe, le label, les distributeurs, les magasins de disques, le responsable de la tournée, les stations de radio, la presse musicale, et j’en passe ! Ils nous ont également fait surveiller par des détectives privés... L’Australie n’ayant aucune forme de législation pour protéger la liberté d’expression artistique, c’était d’autant plus facile de nous attaquer là-bas. L’Autralie est le laboratoire de l’élite du nouvel ordre mondial nazi !

Tu es sûr que c'est le système qu'il faut dénoncer, pas les gens qui font fonctionner ce système ?
Les deux... Mais la dénonciation systématique me laisse perplexe. Parfois, nous nous contentons de faire un catalogue des horreurs du monde et de composer de jolies petites chansons qui parlent de la vie de tous les jours. Parfois, nos jolies petites chansons parlent aussi de nos propres luttes personnelles. Nous peignons des tableaux sombres et abstraits ancrés dans le quotidien mais qui luttent en direction des étoiles... pour vaillamment nous faire entendre là où peu ont osé le faire avant nous.

Comment as-tu découvert Chris Woods ?
Nous l’avons contacté après avoir découvert ses œuvres dans l’excellent magazine "Adbusters". C’est un bon p’tit gars !

Ses peintures sont des créations qu'il réalise exprès pour toi ou est-ce toi qui puise dans ses oeuvres ?
Chris a beaucoup d'œuvres connues, mais aussi un grand nombre de créations inconnues. C'est parmi celles-ci que nous avons choisi. Je suis très heureux des visuels de "Beyond the Valley of the Proles" qui collent parfaitement à la musique et à sa "vibration".

Chris Woods et toi, c'est une sorte de couple idéal. Tu penses que votre collaboration va durer ?
Oui... c’est très possible !

Pour ton dernier album, j'ai osé les comparaisons avec Death In June et Wall Of Voodoo. Qu'en penses-tu ?
Ces comparaisons me vont tout à fait. Je m'intéresse au travail de chacun de ces groupes, pour des raisons différentes. Ce qui m'importe le plus, c'est la chanson et la communication. Quand tu arrêtes le disque, je veux qu'il en reste quelque chose en toi, une trace, une nouvelle idée, ou encore l'image d'un nouvel ami qui te veut du bien...

Musicalement tu te positionnes où, plus près de Lee Hazlewood ou de Converter ?
Tu as tout compris !!!! En fait, je suis Lee Hazlewood enfermé à l'intérieur du circuit imprimé d'un sampler ! Au secours ! Aidez-moi ! Je dois m'échapper !!!!!!!!!!!!!!!!

"Third Mall from the Sun" était le plus électronique de tous les albums de Snog, et avec le dernier tu proposes les plus belles ballades que tu n'as jamais écrites. Comment expliques-tu ces écarts ?
L'âme est avide de liberté. L'esprit évolue, il mute. Tels de preux chevaliers, nous partons à la recherche de la plus pure expression de notre muse, errant à travers les terres en quête de la mélodie la plus délicate, du beat électronique le plus tordu et des textes les plus éloquents. Peut-être trouverons-nous enfin notre Graal, le parfait hybride électro-folk...

Tu es membre de Macos, une organisation contre le copyright des samples. Tu peux m'en dire plus ?
Les sons et l'art naissent libres. Seuls les imbéciles ou les petits employés trop crédules cherchent à séquestrer les idées. Leurs jours sont comptés... viva el m.a.c.o.s !!!!!!!!!!

Tu as des enfants ?
Seulement ceux engendrés par les graines de notre amour musical. Nos enfants sont partout, tous de formes et de types différents. Notre amour pour eux est aussi profond qu'il est fugace.

Quels sont tes vœux pour les générations à venir ?
Une colonie nudiste synthétique de spiritualistes païens mangeurs de mangues bio et vivant de la cueillette... des gang-bang de jeunes groove et branchés dans des baignoires de grappes de raisins... des freaks révolutionnaires le lundi à la plage...