|  Propos recueillis en avril 2003
DATE DE SORTIE : 7 mai 2003 |
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|  |   |  |        | | Par Christophe Labussière | | Photos D.R. |
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|  | Quatre détenus incarcérés ensemble découvrent derrière une pierre du mur de leur cellule le journal d’un détenu, Danvers, qui occupait ce lieu au début du siècle. Ce journal renferme des formules aux pouvoirs magiques qui permettraient de s’évader… Dès la découverte du livre, des phénomènes étranges et inquiétants se multiplient dans la cellule. Avec ce huis clos carcéral, Eric Valette propose un film de genre subtilement teinté de fantastique.
Peux-tu te présenter ? J'ai 35 ans. Après des études de cinéma à Toulouse, j'ai fait de la réalisation dans le milieu du film institutionnel, puis de la pub, tout en réalisant en parallèle des courts-métrages. Au bout d'un moment, certains de ces courts ont fait parler d'eux en festival et c'est grâce à cela que j'ai eu l'occasion d'être contacté par des producteurs de long.
Quelles sont tes références en matière de cinéma ? Elles sont vastes ! J'ai été bercé par le film de genre, toutes nationalités confondues, du western au film de kung-fu, du polar à l'horreur... J'ai découvert d'autres choses plus tard, mais ma base, ça reste le genre. C'est l'essence du cinéma que je préfère.
Et musicalement qu'est-ce que tu écoutes ? J'ai passé mon adolescence en écoutant de la pop anglaise, beaucoup de choses issues du post-punk, des Buzzcocks à Morrissey, en passant par Wire ou Howard Devoto, qui est à mon sens un des génies les plus sous-évalués du rock. C'est un goût qui ne m'a jamais quitté. Mais j'écoute aussi des trucs électroniques, de la musique sixties, des choses bizarres, diverses et variées.
Quels sont les films qui t'ont donné envie de te lancer dans cette voie ? Essentiellement les films que j'allais voir le mercredi après-midi avec mon père quand j'étais enfant. À l'époque, il y avait beaucoup de westerns en reprise : les Leone bien sûr, mais aussi "Les Sept Mercenaires"... Le cinéma reprenait aussi les vieux Bond avec Sean Connery, les Bruce Lee... Le fantastique est arrivé un peu plus tard, avec "Alien" que j'ai vu quand j'avais 11 ans. C'était le début de l'engrenage : Carpenter, Argento, Raimi, Romero...
Peux-tu nous parler de tes courts-métrages ? Mes courts s'inscrivaient tous soit dans le domaine du polar, soit dans le fantastique. Certains ont vraiment bien marché en festival en raflant des prix en France et à l'étranger. Du coup, les producteurs qui sont souvent aux aguets dans les festivals te repèrent et t'appellent. J'ai toujours bossé sur des films plus alimentaires par ailleurs (pub, clip, TV) parce qu'il n'y a rien de pire que de ne pas tourner et de se cantonner à faire l'artiste maudit à domicile. C'est en tournant qu'on apprend. Comme un musicien qui fait ses gammes.
Je ne considère pas "Maléfique" comme un véritable film fantastique. De ton côté, comment le définis-tu ? Pour moi, c'est un récit fantastique dans un contexte carcéral. On est donc à la frontière de plusieurs genres. Mais je pense que c'est le fantastique qui est le carburant du récit.
Mais il n'y a rien qui "fait peur"... Je ne sais pas s'il y a des choses qui "font peur" dans "Maléfique". Je suis le plus mal placé pour en parler. La peur reste subjective. Des films comme "Ring" ou "Dark Water" me font très peur alors que d'autres personnes y sont totalement insensibles. L'essentiel c'est de raconter un récit intéressant avec des personnages consistants. Après, on essaie de créer l'atmosphère la plus oppressante et troublante possible. Et chacun la perçoit à la lumière de ses propres angoisses et peurs.
Quelle était ton intention quand tu as commencé à travailler sur "Maléfique" ? Mon intention était de faire une bonne petite série B, bizarre et tordue, premier degré. Pas plus. Mais le simple fait de faire une série B fantastique dans le contexte du cinéma français était déjà inhabituel. C'est le petit budget qui a préservé notre liberté.
Es-tu intervenu sur le scénario, et as-tu pu t'en éloigner ? J'ai "encadré" le script tout au long de sa gestation, avec les deux auteurs Alexandre Charlot et Franck Magnier. Nous nous sommes réunis régulièrement pour le travailler, même après qu'il ait été validé par la production. Puis il y a toujours une phase de dégraissage qu'on fait avec les comédiens avant de tourner, particulièrement sur les dialogues. J'étais donc partie prenante du script et je n'avais pas le besoin de m'en éloigner.
"Maléfique" est un film "de commande" sur un scénario "de commande". Peux-tu nous expliquer comment se déroule ce genre de processus ? En fait, Fidélité Productions m'a contacté au moment où ils lançaient leur collection de films de genre à petit budget. Les sujets que je pouvais amener n'entraient pas dans leur enveloppe budgétaire, plus que limitée. Par contre, ils avaient une série de pitchs émanant d'auteurs divers. Beaucoup étaient infaisables, d'autres ne me branchaient pas, mais la petite histoire écrite par François Cognard et qui est devenue par la suite "Maléfique" me semblait réalisable et l'univers me séduisait. Canal Plus Écriture et Fidélité ont donc embauché deux scénaristes pour travailler sur le sujet.
Chaque personnage est clairement défini et apporte beaucoup au huis clos, mais pourquoi ce transsexuel "viril" ? Je ne suis pas un spécialiste, mais ça ne me semble pas très réaliste... Je ne suis pas un spécialiste non plus, mais si on regarde Divine par exemple, c'était un transsexuel "non abouti" et assez "viril" pour reprendre ton expression. Je pense donc que chaque cas est unique. Dans notre idée, on voulait s'éloigner du cliché de la drag-queen. Marcus est plus une mama italienne qu'une vamp. C'était comme ça au niveau de l'écriture et avec Clovis Cornillac (qui joue le rôle de Marcus -ndlr), nous avons poussé autant que possible ce côté, pour rendre le personnage fragile, humain...
Il y a très peu de musique dans ce film, tout au moins elle n'est jamais mise en avant, ce n'est pas quelque chose qui t'intéresse ? Il y a plus de 40 minutes de musique, soit presque la moitié du film, mais ce n'est pas une musique qui prend le relais narratif, qui assomme les images, elle agit de façon plus souterraine, plus lancinante. On l'a beaucoup travaillée avec le compositeur Éric Sampieri pour qu'elle se fonde avec les ambiances et les effets sonores, pour qu'elle ne se la joue pas "perso" en quelque sorte. Il y a quelques moments avec le petit gimmick de piano où elle est franchement en avant, mais c'est tout.
Maintenant que le film est terminé, si tu avais une chose à changer, ce serait quoi ? Tout et rien. Quand je vois un film que j'ai fait, je me dis que c'est la meilleure chose que je pouvais faire avec ce matériau-là à ce moment-là, avec ces conditions de production-là. Mais il y a des frustrations qu'on ressent à chaque vision, des trucs mal fichus techniquement, des longueurs de script... J'ai ressenti ça pour tout ce que j'ai fait. Un film est toujours une sorte d'instantané. il faut accepter ce statut, sinon on passe son temps à remonter, remixer et pourquoi pas retourner le même film. Il vaut mieux passer au suivant. C'est dans le mouvement.
Le genre fantastique/horreur n'a jamais vraiment réussi à s'imposer en France, tu n'as pas peur que "Maléfique" subisse le même sort que "Bloody Mallory" de Julien Magnat ? C'est possible. Mais les deux films sont très différents. C'est juste le fait qu'ils soient français et à petit budget qui les relie. "Bloody Mallory" visait les teenagers, "Maléfique" est plutôt adulte. On a pas voulu ratisser large ni tromper sur la marchandise. Donc advienne que pourra, mais les gens iront ou n'iront pas en connaissance de cause.
Envisages-tu de faire des films plus "classiques" à l’avenir, ou as-tu encore des envies, des idées, dans ce domaine ? "Maléfique" était par essence un projet déviant, une petite créature bizarre. J'en ferai d'autres avec joie s'il y a des opportunités. Mais j'ai plusieurs projets en cours en ce moment. Certains relèvent du genre pur, d'autres sont plus classiques, comme le thriller financier sur lequel nous bossons en ce moment avec les scénaristes de "Maléfique". C'est un retour au thriller "à thèse" des années 70. Un genre délaissé par le cinéma français, il est temps que quelqu'un s'y mette. |  |  |  | | |  | |
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