|  Propos recueillis en mai 2003
DERNIÈRE SORTIE : "The Joke" |
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|  |   |  |        | | Par Frédéric Thébault | | Photos Luz |
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|  | Luz est dessinateur. Dessinateur, et passionné de rock. Vous le connaissez peut-être déjà pour ses collaborations au sein des Inrocks puis dans Magic et Charlie Hebdo, vous avez peut-être eu l’occasion de lire son propre fanzine, “Claudiquant sur le dance-floor”. Ce ne sont pas ces trois casquettes qui nous ont motivés pour lui poser quelques questions, mais sa dernière bande dessinée, consacrée à Mark E. Smith, chanteur et dictateur du groupe The Fall depuis déjà 25 ans. La BD en question, chroniquée ici récemment, est un must dans le genre, que l’on aime ou pas The Fall. Fou rire garanti, “The Joke” n’est pas si légère qu’elle en a l’air, car derrière cet humour de prime abord débile se cache l’hommage d’un vrai passionné au groupe qu’il aime, ainsi qu’une critique féroce du cirque rock’n’roll, avec ses attitudes et son discours. Bref, Luz est un sacré personnage, pas du genre à se compromettre ou à fermer sa gueule. Un type vrai comme il y en a trop peu.
Pourquoi avoir choisi The Fall, et pas Madonna ou Marilyn Manson ? Tu n’as pas peur que cela n’intéresse pas grand monde ? De toute façon, en règle générale, la musique que j'écoute n'intéresse pas grand monde : Throbbing Gristle, Robert Wyatt, Volt, Autechre, Love... À part les Strokes, au sujet desquels j'ai tout de même fait un fanzine. Comme quoi…
Qu’est-ce qui te plait tant, chez The Fall ? Musicalement, leur énergie minimale et leur continuité, l'impression qu'un bon album de The Fall est toujours en cours, voire un très bon. Bédéistiquement, la gueule de Mark E.Smith et son incroyable caractère, un excellent personnage de BD en somme.
As-tu rencontré Mark E. Smith à propos de ta BD ? Malheureusement non. Je ne sais toujours pas où lui envoyer le bouquin. Il change tellement de boîtes de production et de distribution. Si quelqu'un peut m'aider en lisant cette interview…
Qu’attends-tu de la publication de The Joke ? De l’argent, des femmes, de la reconnaissance... ? Argent, j'ai ce qu'il me faut. Femmes, idem. Reconnaissance, Charlie Hebdo fait le boulot pour moi. "The Joke", c'était avant tout quelques planches que je faisais pour faire marrer un copain (celui qui m'a fait découvrir The Fall, le Morlu du concert). Pas un véritable projet. Juste une envie de partir en vrille, et se faire plaisir. Plaisir que le dessinateur Winschluss a jugé suffisamment débile à publier aux Requins Marteaux.
BD et rock sont encore considérés par le grand public comme des moyens d’expression secondaires, réservés aux ados boutonneux. Luz, es-tu un ado attardé ? BD et musique sont les deux point noirs que je me refuse absolument de percer. Et que les ados attardés comme nous ont comme marque indélébile. Des arts secondaires uniquement pour ceux qui ne se sont jamais laissé imprégner. Les pauvres, ceux qui n'ont jamais lu une bonne BD en écoutant un bon disque.
Quels sont tes groupes favoris, d’hier et d’aujourd’hui, et pourquoi ? Le jour où j'ai rencontré l'un des rédac'chef du journal pop Magic, il m'a demandé quels étaient mes trois groupes favoris. J'ai dit, sans y mettre un ordre particulier, The Fall, Wyatt et Autechre. Depuis je fais une page tous les mois sur la musique dans Magic. On aurait pu rajouter évidemment mille choses : Metal Urbain, Le Tigre, Wire, Eleni Mandell, The Dead Kennedys... En ce moment j'écoute les Gories (du garage de... 1994). L'important c'est que les tympans s'étonnent et mangent à leur faim des mets différents.
Que penses-tu des nouveaux groupes comme Radio 4 ou Le Tigre, qui sont manifestement très influencés par le mouvement punk ? Que l'on récupère l'ancien à la façon contemporaine, ce n'est pas nouveau. Ce qui m'intéresse le plus ce sont les périodes musicales charnières, où les groupes n'ont plus d'autre chose à faire que se jeter dans le vide, puisque tout semble avoir déjà été fait. En ce moment, la musique électronique arrive à son zénith, pourtant certains groupes retournent en arrière : la collision est en cours. Réjouissons-nous, à l'heure du carambolage, nous danserons merveilleusement au bruit des ambulances.
Le rock est aujourd’hui assimilé et digéré, on voit les Deftones ou Linkin Park faire la une des charts dans le monde entier alors qu’il y a 20 ans ils auraient été inaudibles pour tout le monde. Le rock synonyme de rébellion existe t-il encore ? Que faudrait-il faire pour réveiller les gens ? Pour réveiller les gens, le rock, je crois, doit juste être en avance sur leurs préoccupations. Qu'il puisse s'inventer, donner des idées nouvelles par sa simple écoute, pas la peine que les paroles soient politiques. Je ne crois pas au didactisme du songwriting. Un type qui sort de l'écoute d'un disque avec une banane jusqu'aux oreilles trouvera tout seul les idées qui changeront ce putain de monde.
Tu as dit que le simple fait d’aimer le rock était un acte politique en soi. Cependant il n’y a plus de radios vraiment libres, il y a une prolifération énorme des groupes, des styles, des disques, on peut tout trouver, tout acheter... où se cachent alors les nouveaux rebelles ? Le prochains rebelles seront à mon avis ceux qui feront tomber le grotesque de cette société de communication. En BD il y a Ferraille, en musique il faudrait de nouveaux et populaires Residents. Ce que sont en train peut-être de devenir tous les enfants de Negativeland (le label de John Oswald, pilleur expérimental fabuleux de musiques populaires : ses réécritures de Michael Jackson ou U2 sont des génies de terrorisme musical).
Tu fais ton propre fanzine “Claudiquant sur le dance-floor”, peux-tu nous en parler un peu ? Qu’en espères-tu exactement ? Mes "Claudiquant" (également diffusés sur le site www.homme-moderne.org) sont issus de la même logique que mes "Cambouis" (édités en partie à l'Association) : balancer du jus, des impressions, être irresponsable, ne pas se préoccuper de construire un "projet" (comme "The Joke"). Musique, ma narine droite. Dessin, ma narine gauche. Avec ce fanzine, je peux enfin respirer pleinement. Et au-delà de ça, éveiller des curiosités, gratter au plus profond de notre sentiment musical à tous, chercher à comprendre pourquoi la musique nous tient debout malgré tout...
Je crois que tu trouves le milieu journalistique rock un peu trop blasé et content de lui, à quoi est-ce dû à ton avis ? Est-ce que passion et métier peuvent coïncider à ton avis, et que faire pour conserver intacte sa capacité à avoir des coups de cœur ? Que penses-tu offrir qu’on ne trouve pas ailleurs avec ton fanzine, hormis la nouveauté de la BD ? Le milieu du journalisme rock, c'est comme celui du journalisme tout court : persuadé d'être objectif. La mauvaise foi est, à mon avis, la meilleure des critiques. Parler de la musique comme la musique te parle, de l'intérieur. C'est pourquoi dans mes fanzines je n'hésite pas à me mettre en scène, à évoquer des histoires personnelles, voire intimes. Le meilleur critique rock reste Lester Bangs. Mort, malheureusement. On ne peut pas tout avoir... |  |  |  | | |  | |
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