Propos recueillis
en juillet 2003


DERNIÈRE SORTIE :
"Chimera"


SITE OFFICIEL :
www.delerium.com

AUTRE SITE :
www.mindphaser.com

LABEL :
www.nettweb.com
Par Christophe Labussière  
Photos D.R.  

Une ambiance excessivement sombre, sereine, des chœurs quasi religieux, des voix discrètes, inintelligibles et omniprésentes, une flûte de Pan, ce sont les premiers éléments qui définissent le son de Delerium lorsque Rhys Fulber et Bill Leeb sortent "FACES, FORMS & ILLUSIONS" en 1987. Front Line Assembly n'a alors sorti qu'un seul album ("The Initial Command") et Delerium sera leur premier side-project, sorte de contre-pied à la violence et à l'énergie qu'ils distillent continuellement dans les productions de leur projet principal. En 1989 avec "MORPHEUS", on alterne entre des morceaux où la ryhtmique est plus dure et où l'on sent rôder plus que jamais la puissance de Front Line Assembly, avec des plages plus ambiantes à la mélodie totalement décharnée. Des voix à la Front Line apparaissent sur un titre, l'ensemble de l'album est plus douloureux, plus lourd, des râlements de bête (!) dénotent d'une souffrance et d'une violence habilement retenue. En 1990 "SYROPHENIKAN" poursuit dans la même voie mais tend plutôt vers l'éclaircie. Le procédé est le même mais l'air est plus respirable que sur "Morpheus". Des voix féminines, des chants en latin, le spirituel est au rendez-vous. En 1991 "SPIRITUAL ARCHIVES" prend une orientation plus "simplement" ambiante. Des plages se succèdent sans trop de relief, à part sur les deux derniers morceaux qui seuls sortent du lot. "STONE TOWER" paraît la même année et continue dans la même voie.

C'est toujours en 1991 que sort le magnifique "Pearl of Great Price", premier album de Will, le tout nouveau projet de Rhys Fulber, Chris Peterson et John McRae. Toute la souffrance et la douleur contenues dans les premiers disques de Delerium se retrouvent transcendées dans ce nouveau projet.

C'est avec l'apparition de Will et la sortie des deux derniers albums de Delerium sur le label Dossier en 1994, "SPHERES" et "SPHERES II", que disparaissent les ambiances occultes qui, malgré l'évolution constante du son de Delerium, étaient omni-présentes sur les cinq premiers albums. Les ambitions sont maintenant plus... spaciales. Les sonorités deviennent plus électroniques et l'on découvre un univers différent de ce à quoi le duo nous avait habitué jusque-là.

On est toujours en 1994 et "SEMANTIC SPACES" sort sur le label Nettwerk. Pour la première fois l'orientation est clairement "commerciale". La construction des morceaux est dorénavant formatée couplet/refrain, une rythmique trip-hop cotonneuse fait son apparition, et alors que Kirsty Thirsk (Rose Chronicles) chante d'une voix sensuelle et lumineuse, presque angélique, sur deux morceaux (Flowers Become Screens et Incantation), le reste de l'album est hanté d'une combinaison de chants grégoriens ou éthniques à la Enigma... L'efficacité est incontestable (Resurrection est splendide) mais on a tout de même pour la première fois perdu les repères qui, d'une manière ou d'une autre, nous ramenaient toujours à Front Line Assembly. En 1997, "KARMA" reprend le flambeau et offre un premier gros hit (aux USA) au duo avec Silence. Delerium va devenir une vraie machine à tubes (et à singles) et commence à collectionner les chanteuses aux voix charismatiques. Kirsty Thirsk, Camille Henderson, Jacqui Hunt, Sarah McLachlan autant de rencontres magiques desquelles jaillissent quelques petits bijoux. Le son est plus personnel que celui inauguré par "Semantic Spaces", on a quitté l'espace pour revenir sur terre, et les comparaisons passées à Enigma ne sont déjà (presque) plus qu'un vieux souvenir. C'est en 2000 que sort "POEM", pour la première fois sans Rhys Fulber, sur lequel se côtoient entre autres Aude et les Mediaeval Baebes. Plus que jamais les voix sont l'élément essentiel des compositions mais l'ensemble est cette fois-ci un peu trop sirupeux, presque ennuyeux. "CHIMERA" sorti il y a quelques semaines a fort heureusement plus de relief et redonne un coup de jeune à un mode opératoire qui commençait clairement à s'essoufler.
La discographie de Delerium aura donc pris deux virages majeurs, et on est maintenant à des années lumières de "Faces, Forms & Illusions". Les sonorités électroniques n'ont plus leur place et l'on est en droit de se demander quel intérêt nous aurions porté à cet album si les deux génies n'étaient pas aux manettes. Mais au final on les remerciera de nous y avoir intéressé car c'est un vrai délice.