|  Propos recueillis en août 2003
PROCHAINE SORTIE : "WAT" (8 septembre) |
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|  |   |  |        | | Par Anthony Augendre | | Photos D.R. |
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| |  Laibach, la facette musicale d'une troupe qui comprend des peintres, des écrivains, des danseurs et des acteurs, débute son activité en 1980 à Trbvlje en Solvènie, une république de l'ancienne Yougoslavie. En 1983 la troupe projette de publier un disque mais se retrouve frappée par la censure du gouvernement "titiste". Celui-ci empêche les artistes de se produire sur scène et retarde considérablement la sortie de leur album. Il faudra attendre 1985 à l'initiative du label hambourgeois Walter Ulbricht pour enfin écouter sur vinyle les expérimentations de Laibach. Ainsi un premier album intitulé "LAIBACH" sort de l'ombre, vite suivi de "Rekapitulacija 1980-84" et de "Neue Konservativ". Ces productions font l'effet d'un croisement incongru de musique industrielle telle que la pratiquaient les pionniers Throbbing Gristle ou Cabaret Voltaire et de collages d'enregistrements rétro. L'esprit de Test Department, des Residents, du rock allemand et des ouvertures de Wagner planent sur ces balbutiements. Grey Area, la division d'archives de Mute, s'y est mise également avec la publication en 1997 d'un live datant de 1984, "M.B December 21, 1984", une sorte d'hommage au décès en 1982 de leur premier chanteur Thomaz Hostnik. En 1986 "NOVA AKROPOLA", sorti sur le label anglais Cherry Red marque un tournant décisif pour le groupe. Il grave dans le marbre le style immuable de Laibach, entendez par là des chœurs allemands exagérément gutturaux, des "r" roulés à l'autrichienne sous inspiration quasi liturgique. Quant à la musique, la diatribe prend la forme d'énormes percussions militaires qui côtoient des cordes samplés sur l'œuvre de Bernard Hermann le compositeur attitré des films d'Hitchcock. On retrouve à peu près les mêmes titres sur le live "The Occupied 1985 Europe Tour" qui, pour l'anecdote, a été en parti enregistré par Graeme Revell de SPK, grande figure de la musique bruitiste australienne (actuellement compositeur pour des bouses hollywoodiennes). Le succès international de Laibach démarre en 1987 avec la signature sur le label Mute de "OPUS DEI". Le concept de détournement des grandes formes de totalitarismes se manifeste avec les reprises martiales de tubes beaufs. Ainsi le Life Is Life du groupe Opus, candidat autrichien de l'Eurovision, prend un sacré coup de fouet infligé par les sévères Slovènes. Ils s'entichent à l'époque d'un compositeur héritier de la grande variété tyrolienne. Le phénomène s'amplifie avec le recours à une esthétique graphique brutale. Par exemple, le macaron central du vinyle d'"Opus Dei" reprend un dessin de John Heartfield, un illustrateur allemand qui avait risqué sa peau en s'attaquant ouvertement au régime nazi. Le titre One Vision de Queen, et le Sympathy for the Devil de Rolling Stones vont subir ce même traitement musical loufoque qui fait le délice du boss de Mute, Daniel Miller, grand fan de l'humour de Laibach. Une part du mystère se dévoile lorsque l'on apprend que l'album suivant "LET IT BE" sorti en 1988, un pastiche complet des Beatles, est l'œuvre d'un musicien français, un certain Bertrand Burgalat. Cet arrangeur de génie, plus tard créateur du label Tricatel, travaille à l'époque dans l'ombre des Slovènes et participe également à l'album "KAPITAL" en 1992, un superbe détournement de rythmiques hip hop dans le plus pur genre guerrier qui caractérise le quatuor. Laibach y annonce la mort du capitalisme, échantillonne les bandes originales de "Rosemary's Baby" de Polanski, d'"Alphaville" de Godard et ne cache pas sa fascination pour le cinéma de Fritz Lang. Entre temps sortent des compositions conçues pour des pièces de théâtre ("Macbeth" sur Mute en 1989 faisant suite au "Krst Pod Triglavom Baptism" sorti en 1987 sur Sub Rosa). Mais en 1994 les choses se gâtent dans la kitscherie avec "NATO", un succès commercial, certes, mais une approche plus populaire de l'électronique. Très marqué par le conflit en Bosnie et la situation en Europe après la chute du mur de Berlin, cet album, essentiellement constitué de grands tubes pacifistes et anti-militaristes (oui, Alle Gegen Alle de DAF est aussi un tube anti-militariste) fut remis entre les mains du secrétaire général de l'O.T.A.N. Willy Claes par Zoran Thaler, le ministre des affaires étrangères de Slovénie. Des thèmes de liberté, de pacifisme et d'État sans territoire, que le groupe ira interpréter à Sarajevo, le 20 novembre 1994, le dernier jour officiel de la guerre comme en témoigne le live/vidéo de 1996 'Occupied Nato Tour". Le riche parcours musical de Laibach va culminer avec "JESUS CHRIST SUPERSTARS" en 1996. Laibach invente alors un son métal visionnaire, une masse pâteuse où s'agrègent du contrepoint à la Bach (normal dans Laibach il y a Bach), des grandes orgues d'église et toujours cette voix, inimitable, pourrait-on dire jusqu'à l'avènement du faussaire Rammstein. "WAT" le tout dernier album, renoue avec l'esprit politique morbide d'antan. La critique de la religion et de la pop music a semble-t-il laissé place à un constat plus pessimiste sur le monde. "Ganz Kaput" (tout est flingué) chante le groupe sur fond d'électro-industrielle vieille école, aux arrangements signés par le technoïde Umek, réputé pour la tension énergique de ses sets. Toujours aussi drôle pour ceux qui ont saisi le concept. | |  | | |  |  |        | |
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