|  Propos recueillis en octobre 2003
DERNIÈRE SORTIE : "Extra-Muros #1 La Griffe du diable" |
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|  |   |  |    | | Par Christophe Labussière | | Photo D.R. |
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|  | "Dans toutes mes bandes dessinées, j’ai toujours manifesté une part profonde de ma personnalité...". C'est effectivement ce qui caractérise Daniel Hulet, cette faculté à retranscrire dans ses albums sa démence en créant de toutes pièces des ambiances sombres et torturées, grâce à des scénarios toujours délicieusement pervers. Une légère folie, omniprésente dans ses travaux depuis "L’État morbide" jusqu'au tout récent "Extra-muros", sa dernière production. L'occasion de recontrer cet auteur belge, sorte de David Lynch du 9ème art.
Tes scénarios sont toujours "tordus", voire torturés, ça ne t'a jamais posé de problème avec tes éditeurs ? Les éditeurs ont toujours accordé une grande confiance à la qualité de mon travail, au point de parfois signer des contrats sur la base de quelques données assez vagues sur mes projets. Il est évident que le succès public les a rassurés.
Quelle technique utilises-tu pour dessiner, tu ne te sers pas de l'informatique ? Depuis quelques années, je réalise mes planches en "couleurs directes" : trait au crayon ou à l’encre avec coloriage aquarellé. Une technique simple en apparence mais qui exige expérience et virtuosité, le reste est magie. Mais la maîtrise n’est pas une condition figée, on s’améliore continuellement et on explore sans cesse les possibilités multiples de ce théâtre de papier. L’informatique n’est pour moi qu’une sorte de pierre grossièrement taillée, je préfère ma main, une pierre polie en parfaite symbiose avec mon cerveau, en contact direct, sans intermédiaire. Cette symbiose est un aboutissement, un bonheur d’artiste.
Peux-tu me parler un peu de "L'État morbide", de l'état d'esprit que tu avais à cette époque, de tes intentions ? Parler en quelques mots de "L’État morbide" est pratiquement impossible. Une étudiante à l’Université de Louvain a présenté un mémoire phénoménal sur cette œuvre pour sa licence de philologie romane. D’après ses recherches, tous genres confondus, c’était le seul ouvrage à présenter autant de modes d’écriture et de lecture.
Dans "L'État morbide" certains des protagonistes portaient des t-shirts Virgin Prunes ou PIL. De quelle façon la musique influe-t-elle sur ton travail ? Au milieu de mes pièces d’anatomie médicales, je dessine dans une ambiance musicale sélectionnée selon les séquences. Virgin Prunes, PIL, Klinik, Front 242, etc., je ne les écoutais pas, je les "vivais", les ressentais dans le moindre de mes traits. "L’État morbide" et "Voyages en tête étrangère" se sont construits suivant ce schéma.
Qu'écoutes-tu aujourd'hui ? Aujourd’hui, ma préférence va à la musique gothique industrielle. C’est celle qui est la plus proche de mon graphisme. D’ailleurs, pas mal de sites gothiques me mentionnent comme référence, c’est sympa de me renvoyer l’ascenseur.
Comment est née cette collaboration avec Empusae concernant "Extra-muros" ? La jonction images-musique, j’ai pu la faire grâce à Nicolas Van Meirhaeghe alias Sal-Ocin et Empusae. C’est un fan de mes BD et lors d’un de ses concerts, j’ai écouté ses créations. Le courant est passé à merveille. Après avoir établi un plan d’atmosphères extraites d’"Extra-muros", Empusae s’est mis à une nouvelle façon de composer. Le CD colle parfaitement au climat de l’album.
L'univers underground et adolescent a l'air indissociable de tes bandes dessinées ? L’univers underground ou sa mise en scène est une voie aisée quand on veut aborder l’ésotérisme ou l’inconscient. C’est le côté obscur, l’ombre, le secret, l’inconnu… Je suis du signe de la Vierge, symbolisant la période adolescente chez l’Homme, c’est peut-être une des raisons.
Tes personnages sont-ils censés représenter tes lecteurs ou est-ce à toi qu'ils ressemblent ? Les personnages d’un auteur sont presque toujours des représentations de son "moi", des parties de sa personnalité, de ses fantasmes ou des antagonismes, plus rarement des caricatures d’individus. Dans "Extra-muros", je caricature plus que de coutume.
Comment définirais-tu l'univers de tes BD ? Ma démarche dans la BD n’est pas de raconter uniquement des histoires, elle tente d’atteindre le lecteur sur un terrain plus sensible, ultra-sensible même, plus intimiste. J’essaie de créer des images indiciaires et indicibles. Indiciaires car porteuses d’indices, de symboles universels propres à parler au subconscient de chacun. Indicibles car hors de la rationalité pure, surréalistes en quelque sorte, laissant une vague impression de différenciation. Notre réalité n’est pas nécessairement celle que nous connaissons. Cet état de choses engendre un malaise, un sentiment d’absurdité.
L'ésotérisme est-il quelque chose qui t'attire personnellement ? L’ésotérisme n’est pas un choix, l’attirance est innée, un appel vital. Quand on est "éveillé", on ne peut s’empêcher de réveiller les autres.
"Extra-muros" est plus classique, moins barré que tes deux autres trilogies. Il est d'une certaine manière très proche du scénario d'un film, dans la façon dont les choses s'installent et se dévoilent, t'es-tu assagi ? À première vue, effectivement, "Extra-muros" semble plus classique, d’un abord plus facile. J’aime les feuilletons romanesques du 19e siècle qui passionnaient avec les drames à tiroirs, les suspenses à rebondissements, l’intrigue s’étoffant au fil des pages. C’est une technique que j’ai choisie pour la première fois. Avec le premier épisode, le lecteur est déjà impatient de connaître la suite. Progressivement, au rythme des cycles, on déambulera dans un monde étrange, inconnu et nouveau. L’entrelacs des scènes évite les longueurs, c’est courant dans les films. Cela augmente aussi la tension et l’intérêt du lecteur.
N'as-tu pas envie que tes histoires soient portées au cinéma ? Les BD reprises par le cinéma sont très rarement des réussites, le réalisateur n’étant souvent pas en phase avec le créateur initial, voire avec son époque. Au mieux, cela devient une création différente, au pire, une œuvre dénaturée, navrante. Malgré cela, je serais tenté par l’aventure, mais uniquement pour l’expérience de travailler avec des professionnels d’une autre discipline. L’album est une œuvre à part entière, conçu comme telle et se suffisant à lui-même.
L'ambiance de tes histoires ne se rapprocherait-elle pas d'une certaine manière de celles de David Lynch ? Bien sûr, il y a des parallèles avec David Lynch sur la façon d’opérer : un climat inquiétant, parfois incompréhensible, qui déstabilise et introduisant un monde bizarre, le nôtre, mais perçu sous des angles inhabituels. Ce que nous percevons avec nos sens limités et avec un cerveau utilisé pour un tiers de ses capacités potentielles, et celui-ci est toujours en voie de développement, c’est tout dire… Ne nous fiant qu’à cela, nous sommes des mal voyants ou des endormis à moins, bien sûr, d’avoir recours à des facultés extra-sensorielles et à une libération de l’ego… Ce n’est pas donné à tout le monde.
Peux-tu nous en dire plus sur la façon dont va évoluer l'histoire de "Extra-muros" ? Je ne divulguerai rien sur l’évolution d’"Extra-muros". Je tiens aux effets de surprise qui font l’enchantement du public. Et des surprises, il y en aura à la pelle ! De plus, j’aime découvrir tout au long de la réalisation des possibilités de continuité imprévues. Il ne faut pas oublier que je suis aussi le premier lecteur.
Quand sortira le prochain tome ? "Extra-muros" représente un état d’esprit prêt à toutes les escapades, ouvert à l’extraordinaire, aux extrapolations, aux extravagances, à l’extra sensibilité, à l’extraterrestre… Le deuxième tome du Cycle de Mordange : "Le Bal des gargouilles" est prévu pour le printemps 2004. |  |  |  | | |  | |
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