|  Propos recueillis en novembre 2003
DERNIÈRE SORTIE : "Formless" |
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|  |   |  |        | | Par Renaud Martin | | Photos Brody Lee |
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|  | En six années et quatre excellents albums, le duo américain Gridlock est passé de la puissante dark électro de "Synthetic Form", alors très inspirée par Skinny Puppy, à une musique électronique plus légère et plus abstraite, plus proche cette fois des travaux de Autechre. À l'occasion de la sortie chez Hymen de "Formless", qui pousse encore un peu plus loin les expérimentations entreprises dans "Trace" (2001), nous avons demandé au duo de revenir sur la composition et l'écriture de ce nouvel album. Entretien avec Mike Wells et Mike Cadoo, accompagnés de leur chanteuse Lynda Mandolyn.
Que s'est-il passé pendant les deux années qui se sont écoulées depuis la sortie de "Trace" ? Wells : Et bien beaucoup de choses ont changé du côté de notre studio, principalement au niveau du matériel et des méthodes d'enregistrement. Pour composer, nous utilisons à la fois des procédés récents et plus anciens, ce qui explique pourquoi nous avons eu besoin d'autant de temps à chaque fois. Comme nous voulons à tout prix éviter de nous répéter et de faire et refaire le même disque, nous sommes très critiques et très exigeants, car le temps et le travail sont les seuls éléments qui font progresser. Cadoo : Voyons... Nous avons fait quelques remixes, une courte tournée aux États-Unis, nous avons sorti "Engram" chez Hymen et écrit "Formless". Nous avons fait aussi des tas d'autres choses, mais je ne me souviens pas de tout !
Quelle différence y a-t-il entre "Trace" et "Formless" ? Cadoo : Voilà une question pas vraiment facile. C'est assez dur pour nous d'examiner notre travail, mais si j'avais une arme pointée contre ma tempe et que je devais répondre rapidement, je te dirais que la qualité de la production de "Formless" dépasse de loin tout ce que nous avons fait avant, et que les mélodies qui sont cachées derrière chaque morceau sont complètement nouvelles pour nous. Wells : Pour moi, "Trace" était une sorte de première ébauche dans un nouveau style, avec une nouvelle approche et une nouvelle méthode de travail. Pour "Formless", j'ai dû me focaliser plus sur la production, au point que le son en lui-même passait avant l'écriture et les nouvelles explorations. Avec un peu de recul, j'ai l'impression que "Formless" est un album plus mature, sans que ça ait été délibérément voulu bien sûr.
Quels ont été vos rôles respectifs dans l'écriture de ce nouvel album ? Cadoo : En fait, nous n'avons pas de rôles établis, et nos compositions sont tout le temps en constante mutation. Si on prend par exemple le morceau Return, sa version finale est complètement différente des premiers essais, car à force de passer dans plusieurs logiciels et avec les voix que nous avons rajoutées, elle a pris une sorte de virage à 180 degrés. Tout l'album a été créé comme ça, en changeant les choses constamment. Pour ce qui est de nos rôles respectifs, nous sommes assez interchangeables au niveau composition. En ce qui concerne le mixage, c'est Mike qui s'en charge : il a une excellente oreille et c'est pourquoi la production de cet album est si réussie. Wells : Ça fait 9 ans qu'on travaille comme ça pour chacun de nos disques. On connaît parfaitement les points forts et les points faibles de chacun, et on laisse l'autre s'épanouir dans ce qu'il fait, ce qui nous permet, je pense, d'avoir ce genre de résultats.
Qu'est-ce qui vous a inspiré exactement pour cet album ? Wells : Je dirais le son en lui-même. La recherche d'un son plus grand, plus rempli, plus intense et plus riche. Une sorte d'idéal que j'ai en tête et que je n'ai toujours pas réussi à atteindre. Cadoo : Je m'inspire de tout ce qui m'entoure, la musique que j'écoute, les paysages...
Justement, pour la première fois, on voit un paysage qui défile sur la pochette de votre disque. C'est assez différent de l'habituel minimalisme qu'on retrouve sur beaucoup d'albums de musique électronique. Pourquoi ce choix ? Cadoo : Ça faisait un moment que Mike et moi parlions de la pochette de notre album. On avait envie de quelque chose d'organique. J'ai rassemblé plusieurs designs, et puis j'ai retrouvé cette photo d'un verger que j'avais prise à la fenêtre d'une voiture. J'ai trouvé que ça allait bien avec notre musique, avec ce flou qui donnait une impression de mouvement. Pour moi, c'est toujours du minimal, mais organique. Wells : D'habitude, on tranchait rapidement. Mais pour "Formless", nous avons vraiment eu le temps de trouver un compromis entre ce que chacun d'entre nous percevait.
Est-ce que la façon idéale d'écouter votre album serait de le faire à la fenêtre d'un train ou d'une voiture ? Cadoo : En quelque sorte ! Conduire ou voyager, voilà typiquement le genre de choses à faire en écoutant notre musique ! Wells : Et puis, comme nous avons toujours considéré notre musique comme "fluide" et notre travail comme un mouvement vers l'avant, je pense que cette pochette est vraiment une très bonne représentation de cet idéal.
C'est la deuxième fois que Lynda Mandolyn collabore avec vous en vous prêtant sa voix. Wells : Nous l'avons rencontrée sur un site de musique on-line local. Elle avait déjà travaillé avec pas mal de groupes, nous avions donc une bonne idée de son travail et nous avons décidé de la contacter. C'est vraiment une musicienne étonnante, et on a pris beaucoup de plaisir à travailler avec elle. Lynda : En effet, quand Mike Cadoo m'a contactée, il avait déjà entendu ce que je faisais avec le groupe Loomer et il avait aimé ma voix. Je les ai rejoints ensuite dans leur studio à Oakland, et à l'époque, "Trace" était déjà bien avancé. J'avais déjà quelques idées de paroles, mais aucune pour les mélodies, j'ai donc dû improviser. C'est vraiment ma façon préférée de travailler, ça s'est très bien passé et je trouve que le résultat final est superbe ! Pour "Formless", ça s'est passé de la même façon, mes paroles étaient juste plus sombres, au point que j'ai eu plusieurs crises de panique pendant que je chantais.
Quels sont les groupes qui vous ont donné envie de faire de la musique? Cadoo : Alors, voyons... New Order, Joy Division, Einstürzende Neubauten, My Bloody Valentine, voilà de vraies influences. Je crois que le premier disque que j'ai essayé d'apprendre à la basse est "First & Last & Always" des Sisters Of Mercy. Ça prouve que je ne suis plus tout jeune ! Lynda : J'aime beaucoup de choses, et pas mal de groupes m'ont influencée. J'ai commencé par le punk, mais c'est surtout le mouvement shoegazer du début des années 90 qui a eu un impact énorme pour moi, des groupes comme My Bloody Valentine ou Medecine ont été d'immenses sources d'inspiration. Wells : AC/DC est le groupe qui m'a vraiment donné envie de faire de la musique quand j'étais gamin. Il y avait tellement d'énergie chez eux que ça me donnait envie moi aussi d'exploser une guitare ! Quand je me suis tourné vers la musique électronique, le groupe qui m'a le plus marqué a été Skinny Puppy. La première fois que je les ai écoutés, je n'en ai pas cru mes oreilles, je n'avais jamais rien entendu de tel. Pour la première fois, je voyais la musique électronique comme un terrain d'expérimentation infini, ce qui m'a fait laisser tomber le rock.
Justement, que gardez-vous des influences de Skinny Puppy ? Est-ce que vous écoutez encore ce genre de musique ? Wells : Tu sais, personne ne renie jamais vraiment ses influences, et je ne crois pas qu'un jour j'en aurai terminé avec Skinny Puppy. J'écoute "Last Rites" très souvent, c'est un monument, un album incontournable de la musique électronique.
Quels sont les derniers disques que vous avez aimés ? Lynda : Je dirais Polyphonic Spree, le dernier Killing Joke, "Scandinavian Leather" de Turbo Negro, Ima Robot, "Earth Quake Glue" de Guided By Voices, la BO de "Lost in Translation", "Hour of the Trace" de Jessica Bailiff. Wells : Et moi je citerais Sutekh, Pete Namlook, Alvo Noto, Taylor Dupree, et même le dernier ZZ Top qui est franchement pas mal. Et puis il y a ce groupe hollandais "Peter Pan Speedrock", que j'ai vu récemment. Également les remixes de Meat Beat Manifesto, le nouveau Haujobb... Cadoo : Moi, j'ai beaucoup aimé le nouvel album de Chris Clark, tout ce qu'on fait les Funcken Brothers (Funckarma, Quench, Shadow Huntaz), je découvre également en ce moment Dntel, Postal Service et Death Cab For Cutie...
Dites-nous quelques mots à propos de "Under", le trois titres sorti en version limitée sur le label Piehead. D'où viennent les morceaux ? Wells : Et bien pendant les enregistrements de "Further", on bossait dur toute la journée, et certains soirs après le dîner, pour se changer les idées, on a commencé à s'amuser avec nos logiciels et notre matériel, l'un aux rythmes, l'autre aux claviers (le Nord Lead II et le Korg Z1). On a enregistré toutes ces chutes sur DAT, et un jour où j'ai tout réécouté, j'ai trouvé que certains morceaux étaient assez intéressants, quoiqu'un peu longs. J'ai donc pas mal retravaillé dessus pour obtenir un résultat présentable, ce qui a donné les trois morceaux de "Under". On a voulu ensuite créer un projet parallèle plus ambiant sous ce nom, Under. Mais comme Gridlock avait commencé a intégrer ce type de sonorités à partir de "Trace", on a finalement abandonné l'idée. Ce trois titres est donc un aperçu de ce qu'aurait pu être le style de Under.
Vous avez récemment enregistré un deux titres avec Panacea. Quel souvenir gardez-vous de cette expérience ? Est-ce quelque chose que vous aimeriez recommencer et avec qui ? Cadoo : On s'est franchement beaucoup amusé. On a écouté le morceau de Panacea en premier, et ça nous a donné envie d'écrire un titre drum'n bass complètement fou, ce qui n'était pas dans nos habitudes. On s'est vraiment lâchés, j'en ai un très bon souvenir Wells : On retenterait volontiers l'expérience, oui. Avec des gens comme Michael Gira, HIA, Sean Deason, Pete Namlook, Lusine, SND, Aril Brikha, Daniel Myer, Billy Gibbons, Jack Dangers.. Je peux te faire une liste encore plus longue si tu veux !
De "Synthetic Form" à "Formless", votre musique a bien évolué, savez-vous déjà à quoi ressemblera votre prochain album ? Wells : Merci pour ta remarque, on considère vraiment que l'évolution et le changement font que notre musique reste intéressante. Cadoo : Notre prochain album dépendra probablement de la façon dont nous allons travailler. On ne se contente jamais de rester sur nos acquis musicaux, et on finit toujours par ajouter des éléments nouveaux, si infimes soient-ils. Donc notre musique changera à nouveau, elle le doit ! |  |  |  | | |  | |
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