Propos recueillis
en décembre 2003


DERNIÈRE SORTIE :
"Silicone"


SITE OFFICIEL :
www.bangbang.fr/

LABEL :
www.yellowproductions.net
Par Renaud Martin  
Photo D.R.  

Avec "Silicone", Xavier Jamaux a terminé l'année 2003 en beauté. Déjà auteur de plusieurs maxis, d'une BO très réussie pour le film "Tokyo Eyes" et d'un premier album "Je t'aime je t'aime" (auquel ont participé entre autres Mary Gallagher du groupe Rare et Jay Jay Johanson), Xavier Jamaux confirme avec ce nouvel album qu'il est bel et bien un des acteurs incontournables de cette scène électronique française maintenant débarrassée de toute étiquette "French Touch". Prémonition se devait donc de lui poser quelques questions sur son travail et ses influences.

Ton album "Silicone" évoque en partie les univers de la nuit, comment t'es venue l'idée de décrire ce monde ?

En fait je dirais que les titres et textes de l'album évoquent plutôt un univers factice, c'est le sens de "Silicone" qui fait référence à plusieurs thèmes et pas seulement à la chirurgie esthétique. D'une manière générale je suis fasciné par le fait qu'on prenne pour le réel ce qui est en fait hyper-réel et donc modifié ; les seins siliconés, mais aussi les OGM, le virtuel, les flux monétaires, etc. L'album est donc un peu ma relecture de la caverne de Platon mais adapté au 21e siècle. Nous sommes arrivés à un tel degré de consommation et de technologie que l'objet ultime de consommation technologique devient notre propre corps. C'est aussi quelque chose qui a une influence sur mon travail musical puisque l'idée était de façonner des sons en partant de sons pré-existants mais en les dénaturant de telle façon qu'ils soient méconnaissables et "mutent" en autre chose : par exemple, beaucoup de sons de basse sont en fait des caisses claires que je fais résonner pour qu'en plus du son rythmique il y ait une hauteur de note, qui en fasse un son harmonique.

À ce propos, ton album peut rappeler les univers décrits par Brett Easton Ellis dans "Glamorama". Est-ce que cet auteur t'a influencé d'une manière ou d'une autre ?
J'aime bien Brett Easton Ellis que je suis depuis le début, j'ai dû lire "Moins que zéro" il y a une quinzaine d'années, mais je suis plus inspiré par Jerzy Kosinski qui, bien avant Ellis, racontait un peu le même type d'univers : un monde très froid et très impersonnel où évoluent des personnes motivées uniquement par leurs propres désirs et sans aucune référence à d'autres valeurs, sociales ou morales. Aujourd'hui on est en effet arrivé à ce degré ultime d'hédonisme et d'individualisme où prime la satisfaction immédiate.

Où vis-tu ? Versailles ou New York ?
Je vis à Paris qui se situe un peu entre les deux...

Comment as-tu composé cet album ?
Après le premier Bang Bang sorti en 1999, j'ai produit l'album d'un duo qui s'appelle X.Valdez et dont le compositeur est Damian O'Neill, ex Undertones et That Petrol Emotion. C'était en 2000 ; depuis je cherchais une façon de faire évoluer "mon son", en n'étant plus à l'écoute de mes influences de jeunesse et de l'évolution récente de la pop music. Je pense avoir trouvé sur cet album un bon équilibre musical entre la pop, l'électro et le fait qu'il y a toujours des chansons. J'ai donc mis pas mal de temps mais en alternant avec d'autres projets.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur les voix de ton disque ?
Il y a Sophie B, une Française exilée à New York qui fait toutes les voix féminines, sauf sur Auntie Aviator, qui est une reprise de John et Beverley Martyn, où c'est une Suédoise nommée Lisa Holmqvist qui chante. Et toutes les voix masculines sont de Cosmobrown à part quelques unes, plus cachées qui sont de moi. L'album va ressortir en mars avec des bonus et un inédit avec Jay Jay Johanson.

Ta musique possède un potentiel commercial relativement grand. À quel succès t'attends-tu et est-ce que tu pourrais par exemple imaginer un de tes morceaux sur une pub TV ?
Ta remarque me fait plaisir dans la mesure où je suis assez schizo : la musique est ma seule activité mais je fais la différence entre les activités de commande, génériques, pubs ou BO de films, et mes disques qui sont très "perso" et pour lesquels je n'ai aucune pression ou considération de langue, de durée. J'ai même un malin plaisir -ou un amour propre mal placé ?- à toujours choisir ce qui me semble le moins facile et le moins évident, donc aussi le moins commercial.

Tu as composé la BO du film "Tokyo Eyes". Est-ce que le Japon et sa culture sont d'une manière ou d'une autre une influence pour toi ?
Le zen et la poésie japonaise m'ont beaucoup influencé à une époque et on peut en trouver quelques traces dans les textes d'Ollano (trio trip-hop jazzy formé par Xavier Jamaux, Marc Collin de Dirty Jesus et MC-XJ -ndlr). Le morceau Tao sur "Silicone" est la preuve que ça m'influence toujours. Je connais Tokyo et l'impression que ça me donne est que les Japonais sont peut-être les seuls à avoir su autant préserver leur culture et leur tradition tout en étant à la pointe de la technologie. Enfin des auteurs et musiciens japonais m'ont influencé comme Murakami Ryu, Sakamoto, Toru Takemitsu.

Quels sont les groupes qui t'ont donné envie de te mettre à la musique ?
Adolescent j'adorais Taxi Girl et leur façon de mêler des textes sombres et définitifs sur une musique très pop et alerte ; de ce point de vue c'est une réussite. Après il y a Gainsbourg, Talk Talk, David Sylvian, Kraftwerk, Brian Eno, Marvin Gaye, Curtis Mayfield, John Barry, Antonio Carlos Jobim, Miles Davis qui sont mes préférés et ceux dont je ressens le plus l'influence.

Et quels sont les disques que tu as aimé récemment ?
Bizarrement, alors que je ne suis vraiment pas le public de tels groupes j'ai bien aimé les White Stripes et le dernier Blur. Il y a quelque chose dans ces deux disques qui dépasse tous les clivages et qui fait qu'on n'est pas en train de se demander si on écoute un bon disque de rock mais un bon disque tout court. Par contre l'inflation électronite aiguë me désole dans la mesure où ça dessert le genre et où un certain public rejette ça en bloc pour cause de médiocrité.

Quels sont tes projets à venir ? As-tu des apparitions programmées en live ou DJ set ?
Je suis plus un homme de studio que de scène. Il y a peut-être l'occasion de faire des choses amusantes à Moscou où je suis déjà allé et qui bouge beaucoup.