|  Propos recueillis en janvier 2004
DERNIÈRE SORTIE : "Beyond Flatline" |
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|  |   |  |    | | Par Stéphane Colombet | | Photo D.R. |
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|  | Trois longues années après "No Sleep Demon", un premier album de future pop original, le duo allemand de Seabound nous livre "Beyond Flatline", encore plus personnel que son prédécesseur, créateur d'un genre à part entière où force, mélancolie et modernité se mélangent pour offrir une pop synthétique d'une nouvelle ère. Entretien assez froid et sérieux avec un groupe particulièrement prometteur pour décrire un album quasi-parfait.
L'été dernier, on a pu télécharger sur Internet un album mystérieux intitulé "White Nights" d'un groupe identifié comme étant Seabound. À l'écoute, pas de doute, il s'agissait bien de morceaux de Seabound, le chant notamment étant parfaitement reconnaissable. Cet album, composé de quatorze morceaux de pop électronique futuriste a été vraisemblablement considéré comme une démo de ton nouvel album. Plusieurs des morceaux sont d'ailleurs assez excellents, en dépit de la pauvre qualité du son (spécialement des voix). Mais quelques mois plus tard, nous avons appris que le nouvel album s'appellerait "Beyond Flatline" et pas "White Nights" et, de manière encore plus surprenante, que les nouveaux morceaux sur le single Contact n'ont rien à voir avec les morceaux circulant sur le net. Que peux-tu nous dire de cette situation pour le moins étrange ? On nous a demandé très souvent des explications à propos de ces fichiers MP3 de très mauvaise qualité sur le plan sonore et qui circulent sur Internet, étiquetés "Seabound" avec comme titre d'album "White Nights". Les gens ont pensé qu'il s'agissait de versions démo de notre nouvel album "Beyond Flatline", ce qui nous a de plus en plus irrité. Pour mettre un terme à la confusion, nous voulons simplement dire que ces fichiers ne sont pas des versions démo d'un quelconque morceau de "Beyond Flatline" et qu'il n'existe aucun album de Seabound s'intitulant "White Nights". Ne nous demandez pas pourquoi ces fichiers circulent sur le Web sous ce nom. De grâce, gardez à l'esprit que n'importe qui peut distribuer n'importe quoi, sous n'importe quel nom, sur Internet sous forme de fichiers MP3. Il est possible que des gens aient réellement cru qu'il s'agissait de versions démo de notre nouvel album. Il y a quelques mois, notre label a annoncé que nous souhaitions intituler notre nouvel album "White Nights" ; cette idée a, quoi qu'il en soit, été rapidement écartée. Nous n'avons pas écouté ces fichiers qui circulent sur Internet mais nous avons pu identifier certains titres de morceaux qui correspondent aux premiers enregistrements démo de Seabound depuis 1996. Ces MP3 sont distribués illégalement sur Internet. Nous te remercions de comprendre que nous ne pouvons et ne voulons pas te fournir plus d'informations sur ces morceaux. Une liste de tous les disques de Seabound comme les téléchargements légaux se trouvent sur notre site Web (www.seabound.de).
Après presque trois ans sans un nouveau morceau et après un premier album prometteur, comment pourrais-tu décrire votre évolution musicale ? Que pourrais-tu dire de "Beyond Flatline" à quelqu'un qui ne connaît pas encore Seabound ? Et à quelqu'un qui connaît au contraire très bien le groupe ? "Beyond Flatline" a été composé près de trois ans après "No Sleep Demon", ce qui te laisse imaginer que Martin et moi avons travaillé intensément sur les morceaux du nouvel album. Notre but a été de créer un digne successeur de notre premier album, qui soit le reflet de notre évolution, musicalement et par rapport à nous. "Beyond Flatline" est composé de dix morceaux qui ont pour fil conducteur l'idée de franchir des caps et d'aller au delà de tous nos points de repère. En comparaison de notre premier album, "Beyond Flatline" est un challenge car les gens attendent naturellement quelque chose qui se situe dans la continuité de ce qu'ils ont entendu jusqu'à présent. C'est pourquoi nous avons pris soin que le nouvel album continue d'intégrer nos points forts, qui correspondent à une musique électronique mélodieuse dotée d'une programmation intelligente, de chants non triturés, et d'un lyrisme qui soit le reflet d'un large éventail d'émotions personnelles. En même temps, nous avons évolué et ça n'a pas d'intérêt pour nous de nous répéter. Les gens qui ont écouté nos nouveaux morceaux ont souvent employé le terme de "maturité" pour qualifier notre son actuel. Martin a encore fait des progrès en programmation et dans sa façon de créer des nappes de sons électroniques qui rendent si "riches" et si nouveaux les morceaux de Seabound. Nous voulons créer une musique qu'on peut écouter encore et encore, en découvrant à chaque fois quelque chose de différent et de nouveau. C'est la raison pour laquelle les morceaux de "Beyond Flatline" sont très différents les uns des autres, allant de morceaux dansants et rapides à des ballades mélancoliques en passant par des expérimentations de percussions frénétiques. Notre attente et notre souhait sont que les gens prennent leur temps pour nous découvrir et explorer tout ce que nous pouvons offrir à travers notre musique. Sur le plan des textes, j'ai puisé mon inspiration dans les derniers travaux de Nicole Blackman, un écrivain new-yorkais qui a travaillé avec Recoil, KMFDM et The Golden Palominos. Elle écrit des poèmes très sombres, avec un style au rasoir et j'ai un peu essayé d'appliquer ce style à mes propres textes ; il y a quelques changements très surprenants dans les textes de "Beyond Flatline" ; certains sont aussi étonnamment très sérieux.
Le single Contact semble connaître un gros succès dans les charts indépendants en Allemagne notamment. Quelle est ta réaction face à cette bonne surprise ? Contact est un morceau doté d'une programmation soutenue, d'une ligne de basse puissante, de percussions un peu plus fortes que sur les morceaux que nous avons créés précédemment. Martin et moi aimions son côté industriel et ce morceau a bien fonctionné auprès des gens qui ont trouvé qu'il était à la fois puissant et en même temps assez différent. Nous avons été très satisfaits de constater que ceux qui nous écoutent ne sont pas attachés au son de Seabound d'il y a trois ans mais souhaitent au contraire une évolution. Nous avons également touché d'autres gens qui ont découvert Contact comme une partie du coffret de trois singles vendus ensemble sous le nom de Dependent Club Invasion, les deux autres étant ceux de Dismantled et de Pride And Fall ; le retour que nous avons eu sur la vente de ce coffret a été très rassurant. Même d'un point de vue marketing, il aurait pu être considéré que choisir Contact comme single était une erreur parce que ce n'est pas nécessairement le morceau le plus représentatif de l'album. Les gens qui souhaitent avoir une meilleure idée de ce à quoi l'album ressemble peuvent aller écouter quelques extraits en MP3 disponibles sur notre site.
Sur ce single, on peut découvrir un excellent remix de Torn par Eskil Simonson de Covenant. Eskil a aussi coproduit le premier single de Seabound. Est-il une sorte de mentor pour Seabound ? Nous avons une relation particulièrement positive avec les trois membres de Covenant et c'est Eskil Simonson qui a travaillé avec nous pour notre premier single Travelling. Effectivement, il a aussi remixé le morceau Torn et c'est vrai que ce remix a vraiment sa place sur le single Contact. Une partie du deal lorsque nous avons signé avec le label Dependent était qu'Eskil -qui avait aimé nos démo- soit d'accord pour coproduire notre premier single officiel. C'était tout simplement un très bon accord pour un début quand on y réfléchit. Depuis nous avons une excellente relation avec eux et Covenant apprécie notre musique ; on s'est d'ailleurs retrouvé lorsque nous avons fait les premières parties de leur tournée européenne fin 2002.
Des groupes à succès dans la veine "futurepop" comme VNV Nation et Covenant ont décidé de quitter le label Dependent. Que pourrais-tu nous dire à ce sujet ? La relation de travail entre un groupe et son label, à plusieurs égards, est le reflet d'une relation personnelle entre associés. Cette relation nécessite de la confiance, du respect, du dévouement et une bonne atmosphère de travail. Il y a plusieurs raisons, à la fois personnelles et économiques, pour lesquelles une telle relation de travail arrive parfois à son terme. Pour un groupe qui veut devenir très connu, une major a plus à lui offrir alors que les indépendants ont des limites propres quant à leurs ressources. C'est une des raisons pour lesquelles il est compréhensible qu'un groupe ne puisse refuser certaines offres d'une major. En même temps, Dependent donne tellement de son cœur et de son travail pour faire connaître des jeunes groupes et cela peut sembler injuste que des groupes qui ont été "élevés" par une "mère indépendante" quittent le nid dès qu'ils commencent à devenir importants et faiseurs de profit. Je pense que l'aspect le plus important de cette question compliquée est lié à la transparence de la communication entre le groupe et son label pour que toutes les motivations et les objectifs personnels de l'un comme de l'autre puissent être débattus. Il y a toujours des choses qui ne se passent pas comme on le voudrait mais je ne vois pas pourquoi des groupes et des labels ne pourraient pas rester ensemble pendant un long moment.
Comment définirais-tu votre contribution à l'évolution de la musique électronique ? Il sera sans doute plus facile de répondre à cette question dans quelques années et que cette réponse vienne de quelqu'un d'autre que de nous. On pense parfois qu'on a laissé des empreintes claires dans le monde de la musique et on s'aperçoit très vite que sa contribution est effacée par une nouvelle vague. Je peux juste dire que Seabound est un groupe qui connaît le succès puisque nous avons gagné du respect et avons reçu un écho très positif à notre travail, de la part de musiciens reconnus, de gens qui nous ont écrit et de fans du monde entier qui ne sont pas facilement impressionnés par de pauvres copies de tel ou tel style à succès. Un autre indicateur de notre réussite est que j'ai beaucoup de plaisir à écouter notre propre musique, parce que cette musique vient du cœur, est très authentique et me permet de revivre certains moments d'émotion avec une grande clarté. Mais, au bout de tout cela, ce sont les gens qui décident d'écouter ou non notre musique qui font la différence.
L'année dernière, vous avez fait une reprise d'une chanson de New Order. Que peux-tu nous dire de l'influence probable de ce groupe culte sur ton souhait de faire de la musique ? New Order est d'une de mes principales sources d'influence parmi les groupes des années 80 et lorsque nous avons été approchés pour faire une reprise de l'une de leurs chansons pour figurer sur une compilation de charité intitulée "True Faith", il était trop tentant d'accepter. J'ai toujours adoré la musique électronique, depuis le début des années 80 et la découverte de Front 242. J'ai su alors que j'avais trouvé la bonne "niche" qui m'offrirait tout ce que j'attendais de la musique. En même temps, j'étais fan de groupes de new wave tels que Visage ou Kissing The Pink. Ces deux côtés combinés, le mélange des mélodies, des rythmes et de l'électronique, parfois avec un côté mélancolique, se sont transformés en un style musical que j'ai voulu créer moi-même. Ce qui est drôle c'est que Martin, qui est la force la plus créative dans la programmation et la création de notre musique, n'a pas du tout le même background ni les mêmes goûts musicaux que moi. Ce serait simpliste de réduire les influences de Seabound aux groupes que je viens de citer. En même temps, il faut se rappeler que les années 80 datent d'il y a plus de vingt ans et que les influences d'aujourd'hui sont très différentes. Je ne citerai aucun groupe en particulier mais si vous aimez un certain morceau ou une certaine production, en tant que musicien avec un esprit ouvert, vous êtes naturellement inspiré et motivé pour créer à partir de nouvelles idées. Ces influences ne sont pas limitées à un genre déterminé. Je ne suis pas intéressé par l'approche rétrograde qui consiste à essayer d'imiter quelque chose qui a été créé dans le passé.
Plus généralement, quelle sorte de musique écoutes-tu ? Je me tiens au courant de l'évolution de notre style musical et je suis intéressé par beaucoup d'autres artistes issus d'autres courants musicaux tels que Peter Gabriel, à titre d'exemple. Sur la scène électronique, j'aime les groupes qui ont une approche unique, personnelle, comme Covenant mais aussi comme Tear Garden et Legendary Pink Dots. Ce sont des groupes que j'aime pour leur son personnel et leur talent d'écriture, comme And One par exemple. Récemment, j'ai découvert un groupe américain très intéressant du nom de ThouShaltNot. Ils sont liés aux Crüxshadows et viennent de sortir un album exceptionnel intitulé “The White Beyond” qui mérite vraiment d'être écouté.
Quels sont vos projets dans un avenir proche ? Aura-t-on la chance de vous voir un jour ou l'autre sur une scène française ? Nous faisons actuellement la promotion de l'album, donnons des interviews, participons à des soirées de lancement, etc. Notre site Internet est en train d'être remanié et nous pensons vous offrir plus de textes et de contenu dans un futur proche. Une tournée est en train d'être négociée mais rien de définitif n'a été décidé pour l'instant. J'adorerais jouer en France si une opportunité raisonnable nous le permettait. S'agissant de la musique, il y a plusieurs personnes qui travaillent actuellement sur nos morceaux. Nous collaborons avec des groupes tels que Iris, Stromkern et Crüxshadows et nous venons juste de terminer un remix pour le prochain disque de ces derniers. Nous avons le projet de sortir un EP un peu plus tard dans l'année qui inclura vraisemblablement des remixes de morceaux de notre dernier album et des morceaux inédits, mais tout cela devra être confirmé. Actuellement toute notre attention est portée sur "Beyond Flatline" parce que nous aimerions voir notre album toucher tous les gens qui apprécient la musique électronique puissante pour l'âme et l'esprit. |  |  |  | | |  | |
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