Propos recueillis
en mai 2004


DERNIÈRES SORTIES :
"The Whispering Wall"
"Poppy Variations"
"Pieces of ∞" (Edward Ka-Spel)


SITE OFFICIEL :
www.legendarypinkdots.org

LABEL :
www.roir-usa.com
www.blrrecords.com
Par Bertrand Hamonou  
Photos Frederic Loridant  

Juste avant de s'envoler pour une tournée américaine avec son groupe, le généreux et charismatique leader des Legendary Pink Dots, Edward Ka-Spel, a bien voulu répondre à nos questions concernant les deux nouveaux albums, "The Whispering Wall" et "The Poppy Variations". C'est aussi l'occasion de parler de son obsession pour sa propre musique, et d'évoquer avec lui la discographie en forme de jeu de piste d'un groupe vraiment hors du commun.

Depuis 2001, tu es plus prolifique que jamais. Peux-tu nous dire où tu arrives à trouver une telle motivation plus de vingt ans après les débuts du groupe ?

Nous sommes là depuis longtemps, et il nous reste de moins en moins de temps pour dire exactement ce que nous voulons dire. Et il y a pourtant tant de choses que nous n'avons pas encore exprimé ! Je me sens toujours aussi passionné, ce sentiment ne diminue jamais. J’aime faire de la musique, et depuis le temps que j’en fais, je ne saurais plus rien faire d’autre. Je serais un pitoyable raté dans le "vrai" monde, crois-moi. L’année 2004 a été particulièrement intense, surtout si tu considères qu’il y a un autre album presque terminé qui attend dans nos coffres.

Comment décrirais-tu tes deux nouveaux albums, comparés aux précédents ("All the King's Men" et "All the King's Horses"), sortis tous deux en 2002 ?
"The Whispering Wall" est conceptuellement plus détaché, c’est un album qui appartient à son époque. Je ne pense pas qu’il soit aussi triste que "All the King's Men" ni "All the King's Horses", mais peut-être que le sentiment d’être complètement privé de pouvoir le traverse de part en part. Pour être honnête, c’est ce que je ressens à l’heure actuelle. Les Legendary Pink Dots ne changeront pas le monde autant que je l’aurais voulu. Je ne l’avais jamais réalisé jusqu’à aujourd’hui... "The Poppy Variations" est bien plus conceptuel, car construit autour du simple souvenir de l'endroit où je me trouvais lorsque j’ai entendu la triste nouvelle au sujet de la mort de la Princesse Diana. Il y a des incidents qui sont si bouleversants que tu peux te rappeler où tu étais, ce que tu as ressenti, lorsque tu as entendu la nouvelle pour la première fois, et ce pour toujours.

Tu sors ces deux albums en même temps que ton nouvel album solo. D’après toi, quelle est la différence majeure entre un disque des Legendary Pink Dots et un disque solo d’Edward Ka-Spel ?
Avec un album solo, je dicte toutes les règles, tous les conflits et discussions ont lieu dans mon esprit confus. Il m’arrive parfois d’avoir besoin d'un contrôle total, et je ne suis pas sûr que ce soit juste d’infliger ce côté dérangeant de ma personne aux autres.

Parmi tous les disques que tu as fais avec The Legendary Pink Dots, The Tear Garden et les albums solo d’ Edward Ka-Spel, il est assez difficile d’imaginer que tu réussisses à prendre des vacances. Travailles-tu sur ta musique en permanence ?
J’ai tendance à déborder d’activité. Ce qui est sûr, c’est que j’ai travaillé tous les jours durant les quatre premiers mois de cette année. Je n’ai pris aucun jour de congé, travaillant parfois seize heures d’affilée comme un obsédé ! Je ne peux pas m’en empêcher.

As-tu seulement une idée du nombre d’albums que tu as composé jusqu’ici ?
Je n’en ai pas la moindre idée. Ça me semble être une perte d’énergie que de commencer à compter.

Tes albums solo ont toujours des titres énigmatiques. D’ailleurs, quel est le titre officiel de celui–ci ? "Pieces of ∞" ou "Pieces of 8" ?
C’est bien "Pieces of Infinity", et c’est la troisième partie d’une trilogie qui a commencé avec "Caste o'Graye Skreeens" et qui a continué avec "O'er a Shalabast'r Tyde Strolt Ay". J’aime beaucoup ce petit trio car j’ai vraiment l’impression d’être allé vers de nouveaux territoires avec ces disques.

Il n’y a plus autant de bruit ni de batterie sur les nouveaux albums des Legendary Pink Dots, tu sembles te concentrer bien plus sur les mélodies et ta façon de chanter, comme sur le passage a cappella de Rising pleasure. C’est ce qui t’intéresse le plus en ce moment ?
Le voyage psychédélique est allé aussi loin qu’il était possible d’aller sur le coffret "Chemical Playschool 11,12,13". J’y ai travaillé tous les jours pendant un an, et ça m’a épuisé. Je l’aime beaucoup, mais je dois confesser que je n’ai pas été capable d’écouter ce voyage de trois heures et demi depuis qu’il est sorti. C’est bien trop récent. Enregistrer des chansons plus classiques semblait être maintenant l'étape la plus logique, bien que le sol commence à fondre une nouvelle fois sur "The Poppy Variations".

Avec "Nemesis Online", on a l’impression que vous aviez achevé un cycle, et vous êtes maintenant vraiment à l’opposé musical de cet album.
Je crois tristement que nous avons bâclé "Nemesis Online". Il aurait pu être bien meilleur.

Tu écris énormément et tu improvises pendant les concerts. N’as-tu jamais été tenté d’écrire un roman ?
J’essaierai de me discipliner un de ces jours pour le faire, mais ce n’est pas encore le moment.

À propos de la série des "Chemical Playschool", qui en est maintenant au volume 13, quand l’avez-vous commencée, et pourquoi l'avoir fait en parallèle des sorties officielles ?
C’était en 1980. Ce n’est pas très bien documenté, mais il y avait en fait une cassette qui s’appelait "The Chemical Playschool", qui sortit une semaine après "Only Dreaming", notre première production. Nous en avons édité quelques unes, que nous avons ensuite retirées car je voulais la reprendre et la développer en ce qui est devenu "Chemical Playschool 1-2". J’aime ce petit projet parallèle, et il y aura encore des volumes à venir.

Existe-t-il encore des morceaux écrits pendant les années 80 et 90, et qui ne sont jamais sortis ?
Il n’en reste plus tant que ça maintenant, mais il existe cependant pas mal de matériel de la période "Shadow Weaver" et "Malachai". Et puis nous avons aussi perdu les bandes enregistrées en supplément de "A Perfect Mystery" : je ne peux que pleurer ces heures d’improvisation perdues.

Il y aussi cette série d’enregistrements live "Trademark of Quantity" qui accompagnent votre newsletter. Comment cette idée a-t-elle germé ?
J’ai toujours aimé ces vieux bootlegs vinyle "Trademark of Quality" de la fin des années 70, comme ces rares et vieux albums de Pink Floyd dont les pochettes étaient faites à la main et dont les enregistrements étaient réalisés avec des micros cachés sous le manteau. Nos sorties sont un hommage à ce merveilleux label illégal.

Quels albums recommanderais-tu à quelqu’un qui ne connaît rien aux Legendary Pink Dots ni à Edward Ka-Spel, afin de lui faire écouter le meilleur de ce que vous pouvez faire ?
Bizarrement, je dirais "Chemical Playschool 11, 12, 13", "9 Lives to Wonder" et peut-être "The Poppy Variations". À mon sens ils sont tous intemporels.

Il t’est arrivé d’utiliser des titres en français pour certaines chansons (Nouveaux modes exotiques, Encore une fois), et c’est à nouveau le cas sur "The Whispering Wall" avec L'oiseau rare. Pourquoi cela ?
Parce que c’est une langue magnifique, que j’adorerais maîtriser.

Le line up du groupe a changé presque tout le temps. Peux-tu nous en dire un peu plus sur les membres du groupe, et quelle est leur contribution sur les nouveaux disques ?
Ce n’est pas tout à fait vrai, même si Ryan Moore a quitté le groupe en 2001, ce qui d'ailleurs m’attriste toujours. Mais Ryan reste un très bon ami, et il en va de même pour Martyn qui est parti l’an dernier pour faire sa propre musique, car il adore la musique folk. Mais Phil, Niels et moi-même sommes ensemble depuis 1988. Raymond a rejoint les Legendary Pink Dots pour la première fois en 1992. En parlant d’ex-LPDs, nous avons joué à six en Italie l’an dernier, puisque Patrick Q nous a rejoint trois soirs pour jouer du violon !

Vous êtes souvent allés aux USA ces dernières années. L’Europe n’est-elle plus suffisante pour vous ou y a-t-il un noyau dur de fans là-bas aussi ?
Nous y avons effectivement beaucoup de fans. J’aime aussi beaucoup y passer du temps car nous y rencontrons des gens remarquables chaque fois que nous y allons.

Allez-vous vous lancer dans une tournée européenne une fois que vous serez revenus des USA ?
Certainement. Nous espérons même en faire une encore plus longue.

Vos albums sortent sur différents labels (ROIR, Beta Lactam Ring, Teka). Comment arrives-tu à organiser tout ça ? Comment décides-tu quel disque sortir sur quel label ?
C’est difficile de répondre à cette question. Normalement, c’est un choix personnel, c’est-à-dire que quand j’apprécie quelqu’un qui s’occupe d’un label, j’aime l’idée de travailler avec elle ou lui. Mais il n’y a aucun plan derrière tout ça.