Propos recueillis
en mai 2004


DERNIÉRE SORTIE :
"Kiss + Swallow"


SITE OFFICIEL :
www.iamx.co.uk

LABEL :
www.recallgroup.com
Par Renaud Martin  
Photos D.R.  

Quand Chris Corner ne porte ni sa casquette de chanteur des Sneaker Pimps, ni celle de producteur, il compose sous le nom de I Am X et sort un premier album solo, "Kiss + Swallow", résolument plus direct et plus dansant que les travaux précédents de son groupe. Entretien avec un homme décidément très occupé.

Quand et comment t'es venue l'idée de faire un album solo ?

C'était il y a un an environ. Nous avions commencé à composer pour le prochain album de Sneaker Pimps, et nous avions déjà une bonne dizaine de chansons. Mais petit à petit, les morceaux ont commencé à prendre une direction différente musicalement, et ça a provoqué quelques désaccords au sein du groupe. Personnellement, je les aimais beaucoup. Je les ai donc retravaillés, notamment au niveau des paroles, afin d'en faire quelque chose de plus personnel.

Combien de temps as-tu passé sur ce disque ?
Je dirais cinq mois, du début à la fin, de l'écriture à la production. L'album devait être prêt initialement pour la fin de l'année dernière, mais la phase "business" a pris plus de temps que prévu.

Est-ce que du coup, la sortie du prochain album de Sneaker Pimps est retardée d'une manière ou d'une autre ?
Pas vraiment, nous sommes assez prolifiques, tu sais. Écrire et composer n'est pas un problème pour nous, et à l'heure qu'il est, nous avons largement assez de morceaux pour sortir un nouvel album. Ce qui nous prend le plus de temps, ce sont les phases d'enregistrement et de production. Et en ce moment, chaque membre du groupe est assez occupé de son côté, l'album ne sortira donc pas tout de suite. On devrait se retrouver à la fin de l'année, pas avant.

Ce nom, I Am X, est clairement une référence au premier album de Sneaker Pimps. Pourquoi pas "Chris Corner" tout simplement ?
Tout simplement par ce que Chris Corner est un nom très ennuyeux (rires) ! Plus sérieusement, je voulais vraiment m'affranchir de cette espèce de famille, très sécurisante, que formait mon groupe. Ce nom me représente moi, qui m'émancipe du groupe, et qui devient ce "X", cette variable abstraite qui nous a tant obsédés à l'époque du premier album.

De quoi parle le morceau Kiss and Swallow ? Est-ce une chanson sur la femme idéale ?
Oui, c'est un peu ca (rires). Et c'est tout mon album qui parle de ça, d'amour et de sexe. Non pas que je sois totalement obsédé par ça, mais c'est quelque chose qui fait vraiment partie de ma vie et de ma façon d'être. Donc, oui, tu as raison, mon album parle un peu de la fille parfaite, mais d'une manière un peu dépressive, dans le sens où évidemment, ça n'est qu'un idéal qui n'existe pas.

C'est un morceau très dancefloor, et il y en a plusieurs autres très électro dans ton album. Est-ce ce qui n'a pas plu aux autres membres du groupe quand vous avez composé ces chansons ?
Oui, tout à fait, c'est ce côté dur que je voulais donner à Sneaker Pimps qui a été à l'origine de notre petit désaccord. J'aime vraiment beaucoup ce côté club et c'est la première fois que je peux l'exprimer et écrire de telles chansons.

As-tu des groupes modèles en électro ?
Euh, je ne sais pas vraiment quoi te dire, c'est une question à laquelle je réponds souvent très mal, donc je vais éviter de te citer tel ou tel groupe. Mais oui, j'aime la musique dansante et j'aime danser.

Sur quel genre de musique alors ?
Je dirais sur beaucoup de choses, du moment que le morceau possède ce petit côté spécial, unique, qui fait toute la différence. Tu sais, c'est très difficile de faire quelque chose de dansant et efficace, mais qui en même temps ait une âme et soit intéressant. C'est justement cela que je recherche dans la musique dansante, qu'elle date des années 70, 80 ou de maintenant. Il y bien quelques groupes que j'aime, mais très franchement, je déteste citer des groupes, et je ne le ferai pas !

As-tu spécialement travaillé ton chant pour cet album ?
Tout à fait ! Tu sais, quand je réécoute "Splinter" des Sneaker Pimps, le premier album où j'ai chanté, je ne me reconnais pas. À l'époque, ce n’était pas évident pour moi de trouver ma place dans un groupe où tout le monde joue très fort. Mais petit à petit, avec les tournées, j'ai progressé et j'ai appris à mieux exprimer ce que je veux.

Qui a fait les voix féminines qu'on peut entendre sur plusieurs morceaux de ton album ?
C'est Sue Denim, des Robots in Disguise.

Un groupe que tu as produit...
Oui, ce sont même des amies, je les connaissait bien avant Robots in Disguise. À l'époque, elles étaient dans un autre groupe de filles, qui s'est séparé. On travaille ensemble depuis. D'ailleurs on vient juste de terminer leur deuxième album, qui devrait sortir très prochainement.

Te considères-tu plutôt producteur ou artiste ?
C'est vrai que dernièrement, j'ai beaucoup travaillé en tant que producteur, que ce soit pour Robots in Disguise ou pour des groupes japonais comme Zwei. J'aime la liberté de création que je peux avoir dans ce travail : je peux expérimenter, et m'exprimer sans que ça risque de me suivre toute ma vie comme ça peut être le cas quand on est artiste. Mais je me sens artiste avant tout.

Qu'est devenu ton label, Splinter Recordings ?
Nous faisons une pause. Avoir un label prend énormément de temps et d'argent et même si nous avons sorti quelques disques qui ont bien marché, comme Robots in Disguise ou The Servant, ça ne nous a absolument rien rapporté. J'ai donc préféré me concentrer à nouveau sur la musique.

Et où en est le club que tu as ouvert à Londres ?
C'est en suspens également. C'était un club basé sur le concept du "home-taping" : l'idée tournait autour des cassettes audio, tu sais, cet objet complètement obsolète et démodé maintenant, mais qui a fait notre bonheur quand on était jeunes, avec toutes ces compilations qu'on a pu faire ou écouter. Dans ce club, on invitait des gens célèbres et on leur demandait de faire une compilation sur cassette et de venir la passer en soirée. Ça donnait un bon aperçu de l'histoire et des goûts de ces gens, c'était franchement pas mal. On a eu toutes sortes d'invités, des politiciens, des écrivains, des artistes, la liste est longue ! Mais ce club m'a aussi donné beaucoup de travail : ce n'était pas toujours facile de convaincre les gens de faire leur compilation et de venir, certains ont même pensé à une blague ! Et puis franchement, un des inconvénients, c'est que musicalement on a entendu pas mal de trucs très mauvais !

Comptes-tu faire d'autres albums sous le nom de I Am X ?
J'aimerais ! En solo, il n'y a plus ces désaccords qui peuvent exister dans un groupe, on avance plus vite et on peut s'exprimer beaucoup plus facilement. J'ai trouvé cette expérience vraiment intéressante, et j'aimerais continuer, oui.

Quels souvenirs gardes-tu des concerts que tu as faits avec Sneaker Pimps à Paris ?
Je me souviens avoir joué en première partie de Massive Attack à Bercy. C'était un des premiers concerts que je faisais en tant que chanteur, et j'étais vraiment très nerveux de jouer devant des milliers de gens. Mais j'en ai un bon souvenir. Tiens, je me souviens aussi que j'avais énormément bu ce soir-là ! On a aussi joué avec Placebo au Zénith. J'ai préféré ce concert d'ailleurs, je trouve que nos groupes allaient bien ensemble à l'époque.

D'ailleurs, vous avez fait pour un de leurs maxis un très bon remix de leur tube Every You Every Me...
Oui, c'est vrai. D'ailleurs, personne ne s'attendait à ce résultat.

Est-ce que tu prévois de faire remixer des morceaux de "Kiss + Swallow" ?
J'y ai pensé, oui. Au départ, je comptais remixer moi-même quelques-uns de mes morceaux, mais vu que je les ai écrits il y a pas mal de temps maintenant, je n'ai plus trop envie de retravailler dessus, et j'ai laissé tomber. Par contre, j'aimerais beaucoup les faire remixer par d'autres artistes.

Qui ?
Je ne sais pas encore ! J'aimerais quelque chose d'original, peut-être dancefloor ou complètement fou, ou lo-fi même. Il se peut que je sorte un single mais rien n'est décidé pour l'instant.

Qu'est-ce qui t'attend dans les mois qui viennent ?
Je dois retrouver dans quelques jours les autres membres de Sneaker Pimps pour travailler avec eux. Ensuite, je vais à Tokyo pour mon boulot de producteur, puis je ferai quelques dates cet été dans des festivals, et probablement une tournée à l'automne.

Et qu'est devenue ta célèbre coupe de cheveux ?
Ah, oui, j'ai tout changé. Moi et mes cheveux, ça a toujours été une grande histoire, je n'ai jamais vraiment su quoi en faire. La prochaine fois, peut-être que je me raserai la tête !