Propos recueillis
en juin 2004


DERNIÈRE SORTIE :
"Between the Devil..."


SITE OFFICIEL :
www.fixmermccarthy.com

LABEL :
www.spv.de
Par Christophe Labussière  
Photos D.R.  

Chef de file de l'aile musclée de l'EBM de la fin des années 80, Nitzer Ebb et Douglas McCarthy ont donné au genre ses lettres de noblesse. Depuis, l'Anglais s'est orienté vers des choses plus subtiles et bien plus matures, notamment avec des participations notables à Recoil dans le cadre desquelles sa voix unique s'épanouissait parfaitement. Sa récente association avec le Français Terence Fixmer, DJ issu de la scène techno, tente de ressusciter l'esprit de Nitzer Ebb avec l'album "Between the Devil...".

Pourquoi avoir utilisé vos deux noms pour ce nouveau projet et ne pas avoir simplement choisi un nom de groupe ?
Douglas McCarthy :
Je pense que Fixmer/McCarthy est un vrai nom de groupe ! On a choisi d'utiliser nos deux noms pour deux raisons : pour que les gens aient plus de facilité à identifier qui était derrière ce projet, et parce qu'on aimait bien la façon dont ils sonnaient associés ensemble.

Comment vous êtes-vous rencontrés, qui a contacté l'autre ?
Terence m'a contacté par le biais de mon vieux label Mute après en avoir discuté avec Seth, à Nova Mute. Il est ensuite venu à Londres et m'a joué quelques morceaux. Nous avons alors décidé que ça pouvait être intéressant d'en développer deux ou trois en studio. En commençant à travailler ensemble on a alors trouvé que ça se passait vraiment très bien. À ce moment-là, nous avons décidé que Terence m'enverrait plusieurs morceaux, que j'en choisirais quelques-uns avec lesquels je pensais que ma voix pouvait avoir le plus grand potentiel, et que nous allions communiquer par e-mail ou par téléphone jusqu'à ce que l'on retourne ensemble en studio en France pour enregistrer. C'est ce qui s'est passé pendant un an, et nous avons alors réalisé que nous pouvions avoir un album complet. On a alors sorti "Destroy/Freefall" sous la forme d'un vinyl white label pour évaluer l'intérêt que pouvaient avoir les maisons de disques pour ce que nous étions en train de faire, et nous avons commencé à faire quelques concerts.

Pourquoi avoir utilisé des sonorités "datées" pour ce nouveau projet alors que depuis la fin de Nitzer Ebb, et déjà avec l'album "Big Hit", tu semblais t'intéresser à des choses plus subtiles ?
Je pense qu'on pourrait certainement soutenir que le son de "Big Hit" était délibérément "vieux" ou "daté", d'autant plus si tu prends en compte le fait que quand cet album est sorti les gens n'ont pas compris ce que Nitzer Ebb essayait de réaliser. Chaque fois que j'ai été impliqué dans la production de musique, de films ou de design, je pouvais seulement le faire avec le feeling que mes collaborateurs et moi-même avions au moment de le faire. Par définition c'est une erreur d'essayer d'appréhender tout processus créatif, de quelque manière que ce soit, parce qu'une fois terminé il cesse alors d'être ta propre création et devient une sorte de devinette pseudo-démocratique. Par nature, la créativité procède d'une démarche complètement égoïste par laquelle on veut exprimer une partie de soit et non pas une partie de quelqu'un d'autre.

Est-ce toi qui a voulu revenir vers des sons proches de Nitzer Ebb ou est-ce la volonté de Terence ?
Il est évident que Terence a été un minimum influencé par le style du Nitzer Ebb des débuts pour sa propre musique, mais ce serait faux de suggérer que sa musique soit une copie directe de cette période. Je te parle bien sûr de ce qu'il a fait tout seul.

Pourquoi ne pas avoir appelé ce projet Nitzer Ebb ?
Je crois que Daniel Miller et Bon Harris auraient une chose ou deux à dire à ce sujet, tu ne penses pas ?

Quelle est la différence entre "Between the Devil" et les premiers albums de Nitzer Ebb ?
Terence Fixmer.

Est-ce que "Between the Devil" est un album "dance" ?
Ce n'est effectivement pas l'album que je choisirais pour accompagner un repas à la bougie avec ma copine ! Bien sûr que c'est un album "dance", et on peut donc penser que les gens pourraient bien, le moment venu, danser dessus !

T'es-tu déjà intéressé à la scène dont est issu Terence ?
Je ne suis pas très difficile quand je sors dans des clubs. À Shoreditch, où je vis à Londres, tout est très mélangé, entre punk, électro, rock, et pop, et tu retrouves ça dans les clubs sans que ce soit joué dans un ordre particulier. C'est ce mélange que l'on entend dans tous les bars ou les clubs du coin. Cette approche non conformiste me convient très bien.

Le titre de l'album est "Between the Devil..." et sous-entend "...the Deep Blue Sea". Cette expression signifie "une alternative difficile". Qu'elle est cette alternative ?
C'est une blague. Cette expression signifie effectivement qu'une personne doit choisir entre deux choses difficiles, deux situations impossibles. En fait Terence et moi nous pensons que nous avons fait un grand album, quoiqu'il puisse se passer en terme de vente, personne ne pourra nous enlever ça. Ce qui signifie que les deux situations auxquelles nous sommes confrontées sont : 1/ nous avons fait un grand album et il va nous permettre de gagner beaucoup d'argent, 2/ nous avons un grand album.

Que représente ce crâne aux oreilles de Mickey qui orne la pochette de l'album ?
J'aime la symbolique de ce dessin. Je crois qu'il a été utilisé pour la première fois en 1970 et quelques fois depuis, mais quelque soit la façon dont c'est dessiné, ce sont toujours les oreilles de Mickey que l'on croit voir. J'aime l'idée que l'un des plus grands outils de propagande capitaliste américains puisse être utilisé de telle façon qu'il se retourne contre lui-même. D'autant plus quand tu vois que Disney a refusé de distribuer le nouveau film de Michael Moore, et que Walt Disney lui-même était un putain de raciste.

Cette collaboration sera-t-elle un one-shot où bien comptes-tu faire d'autres choses avec Terence ?
Non, nous sommes déjà en train d'essayer de voir comment faire le prochain album.

Les rééditions des albums de Nitzer Ebb sont régulièrement annoncées par Mute, mais sans cesse repoussées. En sais-tu plus à ce sujet ?
Malheureusement, Daniel Miller et Mute Records m'ont laissé en dehors de tout ce qui concernait les rééditions d'une musique dont j'ai été responsable à 50% pendant douze ans de ma vie. Je te suggère donc de leur demander directement.