Propos recueillis
en août 2002

DERNIÈRE SORTIE :
"Attention"
SITE OFFICIEL :
www.gusgus.com

LABEL :
www.moonshine.com
Par Eric Semenzin  
Photos D.R.  

Réduit au trio des “producteurs” et rejoint par une nouvelle chanteuse (Urdur Hakonardottir aka Earth), l’ancien collectif islandais Gusgus revient sur le devant de la scène avec “Attention”, un album qui déroutera certainement les fans mais pourrait conquérir un public plus habitué aux dancefloors qu’aux salles de concerts enfumées.

Après cinq ans de collaboration, vous avez finalement quitté 4AD. Comment s’est passée la séparation ?
Biggi Veira :
L’aventure 4AD arrivait à son terme. La plupart des employés ont été virés puis remplacés. Les nouveaux voulaient faire autre chose du label. Ils n’avaient que peu d’intérêt pour Gusgus et ne nous offraient que 2000 £ pour enregistrer “Attention”. Alors nous sommes partis.

Vous êtes maintenant sur un label américain, Moonshine. Quelles sont les principales différences avec une structure comme 4AD ?
Nous fonctionnons de façon tout à fait différente : nous avons une licence avec Moonshine qui ne concerne que l’Amérique du Nord, et une autre en Angleterre avec le label Underwater. Pour le reste du monde rien n’est encore fixé mais nous devrions pouvoir nous organiser à travers Underwater et selon les demandes des différents marchés. Signer avec Moonshine a été très simple : Steve Levy, le président, a apprécié tous les titres de “Attention” et nous a tout simplement donné les moyens de faire le disque. Nous n’avons eu aucun problème avec eux, ni eux avec nous.
4AD était un label indie-pop, là où Moonshine est essentiellement un label de dance. Ça change bien sûr certaines choses mais pas le fonctionnement global : ils signent des groupes, pressent les CDs, les distribuent et s’occupent des relations avec la presse. Moonshine est d’ailleurs bien plus au contact du marché que 4AD, qui n’était qu’un paillasson pour Warner Bros aux États-Unis.

Vivez-vous aujourd’hui aux États-Unis ?
Non, nous vivons tous en Islande.

Quels sont les points communs entre le Gusgus 2002 et celui qui enregistrait “Polydistortion” en 1997 ?
Les points communs sont Buckmaster, President Bongo et moi-même, trois membres de la formation originale, le fait que nous utilisons toujours mes vieux synthés et boîtes à rythmes et que nous assurons toujours notre propre production. La plus grosse différence est qu’aujourd’hui nous sommes libres, alors les choses vont vraiment commencer à évoluer à partir de maintenant.

Considérez-vous le morceau Desire comme le lien entre l’ancien et le nouveau Gusgus ?
Certains le disent. C’est bien sûr le seul morceau qui a été écrit et interprété par l’un des chanteurs originaux, en l’occurrence Daniel August, mais la musique a été composée avant son intervention. Cette façon de travailler est nouvelle pour nous. Dans le passé, nous avions l’habitude de travailler des démos et d’arriver en studio avec des morceaux qu’il ne restait qu’à produire. Cette fois-ci, toute la musique était bouclée avant que le chant n’arrive.

Dans votre esprit, “Attention” est-il le troisième ou le quatrième album de Gusgus ? Et que pensez-vous de l’accueil plutôt froid que le public a réservé à l’album “Gusgus vs T-World” ?
Cet album a une très grosse importance pour Buckmaster et moi, il représente notre passé commun sous le nom de T-World, il a une forte valeur émotionnelle. C’était aussi une façon de faire la transition après le départ des anciens membres. J’ai constaté que les gens qui avaient aimé “Polydistortion” et considéraient que “This Is Normal” n’était pas une progression logique s’étaient retrouvés dans l’album T-World. A contrario, ceux qui considèrent “This Is Normal” comme notre meilleur album n’ont pas accroché sur le suivant. Tout ça a à voir avec la façon dont ces différents disques ont été produits. Sur le premier, nous, les producteurs, avions eu une grande latitude pour changer les mélodies et les paroles comme cela nous chantait. Pour “This Is Normal”, nous avions été beaucoup plus respectueux de l’écriture originale. Sur “Attention”, c’est bien sûr une orgie de production.

Comment avez-vous rencontré Urdur Hakonardottir, votre nouvelle chanteuse ? Est-elle un membre à part entière du groupe aujourd’hui ?
C’est elle qui nous a trouvés. Elle était serveuse dans notre bar favori et un jour elle a entendu que nous allions jouer dans un club à Reykjavik. Elle a demandé à President Bongo si elle pouvait venir faire le MC avec nous. Nous l’avons invitée à la balance, et depuis cette nuit-là c’est un membre à plein temps de Gusgus.

Vous n’êtes plus que quatre aujourd’hui. Cela change-t-il votre façon de concevoir la musique ?
Nous sommes tous concentrés sur un désir commun qui est de faire une musique plus directe et plus vraie. Les relations entre nous sont très différentes, beaucoup plus faciles qu’à l’époque du deuxième album par exemple.

Vous avez chacun une activité de DJ. Est-ce important pour vous ?
Être capable de créer une chose aussi merveilleuse que de la musique est une bénédiction. Le djing, c’est pour le fun.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette mystérieuse “Compétition Tom Selleck” dont vous parlez sur votre site ?
En 1998, Tom Selleck est venu en Islande pour pêcher le saumon. Mais il a également pris le temps de participer à un séminaire sur le port de la moustache. À la suite de ce séminaire, President Bongo, Buckmaster et d’autres participants ont fondé le Club Tom Selleck, et tous les ans ils organisent un rassemblement pour échanger leurs idées sur la question. Ils votent également pour élire la “Moustache de l’année”.
 
 
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