Propos recueillis
en mai 2003

DERNIÈRE SORTIE :
"Praxis"


SITE OFFICIEL :
www.inthenursery.com
Par Stéphane Colombet  
Photos D.R.  

Quoi de neuf du côté de chez les jumeaux anglais Klive et Nigel Humberstone ? Après plusieurs sonorisations de vieux films, "Praxis" s'impose comme un véritable nouvel album, condensé de toutes les expériences acquises depuis les débuts d'In The Nursery, groupe inclassable, néo-romantique et avant-gardiste, froid et en même temps très humain. Prémonition s'est entretenu avec Klive Humberstone du bilan de cette carrière tout aussi étonnante que régulière, des nouvelles collaborations du groupe, de l'apport de In The Nursery à la musique actuelle et, bien sûr, des projets à venir.

Après plus de vingt ans de musique, quelle est encore votre motivation ?

Beaucoup de journalistes nous posent cette question et j'ai réfléchi à une longue explication compliquée, mais en fait, après toutes ces années, notre principale motivation demeure toujours exactement la même. C'est le moyen pour nous d'exprimer nos idées. Quand on écoute de la musique depuis plus de vingt ans, des groupes comme Joy Division, Section 25, Bauhaus, Siouxsie and the Banshees et bien d'autres, on peut ressentir le désir de créer de la musique pour soi-même. Et c'est toujours le cas pour nous aujourd'hui. Certes nous avons évolué dans notre musique avec la connaissance de la musique et les technologies, mais notre naïveté et notre spontanéité existent toujours.

Vous revenez juste d'une tournée en Europe. Avez-vous toujours autant de plaisir à voyager, de ville en ville, pour vos concerts ?
Oui, le plaisir est toujours là. C'est très spécial d'être capable de jouer devant une salle enthousiaste, c'est si différent du travail que nous faisons dans notre studio, repliés sur nous-mêmes. Cette fois, pour la tournée, nous avons reçu l'aide d'un nouveau percussionniste et de nouveaux ingénieurs du son et des lumières. On a fait plusieurs très bons concerts en Allemagne, mais aussi en Italie, en Suisse et en France. Cela faisait trois ans que nous n'avions pas tourné de la sorte et cela nous a beaucoup ému de recevoir un accueil si positif du public et des fans. Rien ne peut dépasser le plaisir que l'on a quand on est sur scène et que le public apprécie notre musique autant que nous.

"Praxis" est un album très varié, une sorte de synthèse de tous les styles que vous avez appliqués à vos créations passées...
Je crois que c'est tout à fait exact. Le choix de nos morceaux pour "Praxis" a été opéré de manière inconsciente mais il offre une grande variété de styles. En y repensant, je crois pouvoir dire que progressivement ce que nous faisons sur le projet Les Jumeaux et sur les bandes sons de films de la collection "Optical Music" se place en parallèle des créations typiques d'In The Nursery. La différence entre ces différents projets est de plus en plus réduite. Dolores a chanté et contribué à l'écriture de quatre morceaux de "Praxis", qui sont très variés du point de vue des atmosphères, entre Vocopolis et Memento par exemple. Ils ont tous une identité propre et il n'y a eu aucune hésitation pour les inclure sur l'album.

Qu'est ce que "Praxis" signifie pour vous ?
"Praxis" traite du problème de créer sa propre identité, de quelque chose que nous recherchons depuis plusieurs années. Cet album reflète aussi la façon dont nous avons conçu les morceaux. On a au départ passé beaucoup de temps à composer puis on s'est totalement déconnecté du processus de création, on s'est posé et on a pris du recul par rapport à ce travail pour ensuite reprendre chaque titre. Nous avons observé le reflet de notre propre travail, ce dont "Praxis" témoigne d'une certaine manière. À l'origine, l'album avait besoin d'un concept lui donnant une unité puis c'est le processus de création lui-même qui nous a conduit vers le thème de "Praxis".

"Praxis" me fait, à certains moments, penser au travail récent de plusieurs compositeurs de bandes originales de films, comme Craig Armstrong qui mélange les instruments classiques avec des rythmiques et des sons électroniques. Mais à y réfléchir, c'est vous qui avez inventé cette fusion, bien avant les autres. Qu'en penses-tu ?
D'abord merci pour le compliment. Craig Armstrong a créé des oeuvres formidables, spécialement en collaborant avec Massive Attack sur "Unfinished Sympathy". Mais, comme tu le dis, nous avons commencé à créer l'identité du son d'In The Nursery il y a de nombreuses années. J'ai toujours apprécié de mélanger le classique avec le moderne, en allant notamment aux concerts symphoniques au Sheffield City Hall au milieu des années quatre vingt où j'ai découvert l'art d'utiliser de manière harmonieuse les percussions. J'ai toujours voulu depuis atteindre cette même passion et ce même sentiment d'excitation. La musique contemporaine incorpore encore heureusement cet héritage merveilleux du classique.

À l'exception de Q, le maître des tambours, qui n'apparaît pas sur "Praxis", le groupe accompagné de Dolores est toujours le même. Est-ce la meilleure manière d'atteindre ce que vous recherchez ?
Oui, cela fonctionne bien comme ça. Le travail initial de composition est effectué par Nigel et moi. Dolores intervient un peu plus tard, pour contribuer aux paroles et aux chants. C'est vrai que Q n'a pas participé à cet album. En fait, il est apparu comme un membre important du groupe seulement pendant les concerts. Pour la tournée de "Praxis", il n'était pas disponible du fait d'autres engagements, alors nous avons fait appel à David Electrik qui est intervenu sur "Praxis" et qui a géré les percussions de plusieurs autres disque d'In The Nursery.

Katz Kiely est une nouvelle venue dans cette équipe, elle chante sur le morceau Outburn. Que peux-tu nous dire d'elle ?
Nous avons décidé de travailler avec Katz à l'origine parce que c'est une amie mais aussi pour expérimenter de nouveaux sons et de nouvelles voix. Sa contribution au morceau correspond à une seule prise, alors qu'elle n'avait jamais entendu la partie musicale avant et sans avoir reçu de nous d'instructions sur la manière dont nous souhaitions qu'elle chante. On a juste placé devant elle une série de mots et de phrases, un micro, on a appuyé sur le bouton d'enregistrement et quitté le studio pendant cinq minutes. Ce que tu entends sur l'album correspond à ce seul et unique enregistrement.

Après "Praxis", quelle pourrait être la prochaine étape pour In The Nursery ?
Le nouveau projet sur lequel nous travaillons est la sonorisation d'un film muet japonais "'A Page of Madness". Il devrait être normalement présenté en Angleterre en octobre prochain. D'autres projets concernent la réalisation d'une compilation sur DVD, l'orchestration de "L'esprit" et un nouvel album des Jumeaux.

"Praxis" est supporté par une phrase de Cesar Pavese. Considères-tu vraiment, comme cet auteur, que la création est le résultat des frictions et des collisions avec les gens et les choses ?
Je pense que nous prenons conscience que travailler dans l'environnement d'un studio peut être une activité assez singulière et isolée, même si c'est à deux. Les "frictions" évoquent chez moi l'interaction avec le monde de dehors, la communication et la compréhension des autres, l'acquisition d'une culture, sous toutes ses formes. Ce qu'écrit Pavese résume bien ce constat et traduit parfaitement l'essence de l'album "Praxis".
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