Propos recueillis
en août 2003


PROCHAINE SORTIE :
"WAT" (8 septembre)


SITE OFFICIEL :
www.nskstate.com

LABEL :
www.labels.tm.fr

AUTRES SITES :
www.gla.ac.uk/~dc4w/laibach
www.laibach.nsk.si
Par Stéphane Leguay  
Photos D.R.  

Laibach est enfin de retour plus de six ans après son dernier opus "Jesus Christ Superstars". Et comme à chacune de ses sorties, nous étions curieux de savoir à quelle sauce les nouvelles aspirations des sulfureux "fab four" de Ljubljana, Slovénie, allaient nous être servies. Après le pope-métal caligulesque de "Jesus Christ Superstars", et le disco-casque bleu de "NATO", c’est un "WAT" tout en bpm martiaux et en emphase wagnérienne qui vient donner suite à l’imposante discographie de la troupe. L’entretien qui suit, allusif, sibyllin et impersonnel, respecte bien quant à lui l’image d’un groupe hors norme qui fait rimer musique avec politique et art avec humour noir.

Laibach a été bien silencieux depuis 96, qu’avez-vous fait durant cette longue période ?

Nous avons fait Rammstein.

Votre nouvel album "WAT" sonne très différent du précédent "Jesus Christ Superstars", très orienté guitares, qui lui-même était assez éloigné des compositions synthétiques de "NATO" ; lorsque vous travaillez sur un album, qu’est-ce qui vous décide de passer ainsi d’un style à l’autre ?
C’est le hasard qui décide. Comme nous mélangeons et regroupons des gens d’horizons sociaux, culturels et politiques différents, nous faisons de même avec la musique.

Sont-ce les concepts qui guident l’orientation musicale choisie ?
Fondamentalement, oui. Pour "WAT", nous avons utilisé la précision des rythmes digitaux du temps réel.

Et quel est donc le concept derrière "WAT" ?
Le temps et tout ce qui le façonne.

Sur le site officiel du N.S.K., se tenait un forum où de nombreux fans débattaient de la signification de "WAT" ("We Are Time") et proposaient de nombreuses interprétations. "War Against Terrorism" semblait être alors la plus plébiscitée…
Nous n’avions pas exactement cette définition en tête, mais elle est néanmoins tout à fait pertinente et acceptable pour peu que quelqu’un y croie. Ce titre est d’ailleurs parfaitement à propos, presque trop même, si l’on considère les derniers évènements survenus aux USA, en Afghanistan et en Irak. Surtout lorsqu’on sait que la plupart des chansons de cet album ont été écrites deux à trois ans auparavant. Mais nous prenons tout ceci comme un compliment ; ces différents avis nous aiderons, qui sait, à trouver un sens encore plus profond à cet album.

Le titre Tanz mit Laibach apparaît de manière évidente comme le "tube" de ce nouvel album ; Laibach aurait-il décider de conquérir les dancefloors et les clubs ?
Les dancefloors, les clubs, les raves, les bals de pompiers, les rassemblements politiques, les stades de foot, les réunions de famille, les garderies et les processions funèbres.

Ce titre n’est pas sans nous rappeler Der Mussolini de DAF, un groupe dont vous aviez déjà repris le Alle gegen alle sur "NATO" : c’est un nouvel hommage détourné ?
Cette chanson a été inspirée par l’amitié germano-américaine (les initiales de DAF signifient Deutsch Amerikanische Freundschaf…-ndlr).

La chanson Reject or Breed que l’on retrouve sur le CD promo de "WAT" ne figurera pas sur la version finale ; serait-ce à cause de ses textes radicaux et sans compromis ?
Ce titre sera uniquement disponible sur la version vinyle de "WAT". Il a été rejeté du CD (reject) car il n’était pas productible (breed). Reject or Breed est l’acte du viol éternel. "Tempus Edax Rectum" (la citation latine d’origine est "Tempus Edax Rerum", le temps qui détruit tout -ndlr).

Vous n’avez pas peur que le titre Anti-Semitism fasse à nouveau l’objet d’une mauvaise interprétation ? Cela sonne comme une nouvelle provocation.
Est-ce un problème ? Il n’y a pas de solution s’il n’y a pas de problème. En ce qui concerne ce titre, toute interprétation à son sujet sera correcte.

La provocation et l’humour prennent une grande part dans votre art… Peut-on lier cette approche avec certains courants artistiques tel Dada ?
Seulement à travers sa négation. Notre forme d’humour est terriblement sérieuse. Nous pratiquons uniquement un humour qui ne peut être que mal pris.

Êtes-vous encore aujourd’hui dans la ligne de mire de certains censeurs ?
Pas directement, mais certains promoteurs français nous ont, par exemple, confié qu’ils ne préféraient pas organiser nos concerts car ils n’auraient jamais la permission pour le faire.

De votre point de vue slovène, comment considérez-vous l'évolution politique dans les Balkans depuis la fin de la guerre ?
Dans Laibach, nous ne pratiquons pas le "point de vue slovène". Pour nous, les Balkans sont le futur de l'Europe. Pendant cette guerre, les nations balkaniques se sont retrouvées victimes et prisonnières de la ségrégation engendrée par l'Union Européenne. Le conflit en ex-Yougoslavie a donné à l'Europe une vision assez claire de ce qu'il pouvait se passer lorsque les différences n'étaient pas respectées, lorsque le plus petit d'une communauté n'était pas pris au sérieux, et lorsque les problèmes n'étaient pas résolus à temps. Pour Laibach, l'Europe toute entière a le sang des Balkans sur les mains.

Cette guerre de 92-95 stigmatise-t-elle encore votre travail aujourd’hui ?
Toutes les guerres stigmatisent notre travail et il en va de même pour la paix.

Après près de 20 années d’existence, le NSK (Neue Slowenische Kunst, collectif d’artistes slovènes devenu véritable état virtuel en 1994 avec passeports et ambassades…) a-t-il satisfait tous les espoirs que vous portiez en lui ? Considérez-vous toujours cet état virtuel comme le prototype d’une société meilleure ?
Nous n’avons jamais dit cela. La société est telle qu’elle est et l’on n'y peut rien. L’état du NSK est seulement un prototype pour mieux faire face à cette société.

Le CD envoyé aux journalistes contient un système de sécurité qui permet à la maison de disque de repérer et de pister toute duplication, dans quelque format que ce soit : que pensez-vous d’un tel procédé ? Notre société semble de plus en plus dériver vers l’ultra sécuritaire ?
La sécurité n’existe pas sans la peur. La peur pousse les gens à rester ensemble ; elle organise leur vie quotidienne au sein d’une communauté bien spécifique, les tient éloignés des autres groupes sociaux contre lesquels elle les pousse à s’opposer. L’idée d’une sécurité individuelle et collective est un vieux concept et la mécanique de la peur a toujours été une force motrice du contrôle dans les systèmes totalitaires d’hier et d’aujourd’hui. Mais celle-ci ne s’était jamais incarnée sous une conception virtuelle comme c’est le cas aujourd’hui.

Cette sécurité virtuelle est néanmoins complètement paradoxale pour un groupe comme Laibach, bien connu pour son indépendance ?
L’indépendance est en soit un concept paradoxal.
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