|  Propos recueillis en juillet 2003
DERNIÈRE SORTIE : "The Burning Season" |
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|  |   |  |        | | Par Stéphane Leguay | | Photos D.R. |
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|  | "This is not a darker age, just the turning of the wheel" : issu de l’hymne flamboyant Sredni Vashtar cette sentence diablement à propos en ces temps chaotiques raisonne comme un coup de poing dans l’univers habituellement plutôt éthéré et lyrique de Faith & The Muse. En effet, dans le fond comme dans la forme, dans son discours comme dans sa musique, le duo américain s’est transformé au gré des dernières années, s’ouvrant du même coup les portes vers de nouveaux horizons créatifs.
Mis à part la compilation "Vera Causa" sortie en 2001, vous vous êtes fait plutôt discrets depuis la fin de la tournée "Evidence of Heaven" en 2000… William Faith : J’ai fait beaucoup de production pour d’autres groupes durant cette période et j’ai également passé du temps à travailler sur ma petite personne. Un peu d’air dont j’avais besoin afin que nous puissions arriver à cet état d’esprit qui est le nôtre aujourd’hui ; nous avons en fait ressenti le besoin de vivre un petit peu. La vie nous a montré certaines choses et des pages ont alors dû être tournées avant que nous ayons à nouveau, créativement parlant, quelque chose de frais et de différent à exprimer.
Ce nouvel album sonne un peu différemment des précédents : avez-vous ressenti le besoin d’emmener Faith & The Muse vers de nouveaux horizons artistiques ? Monica Richards : Nous n’avons pas voulu nous diriger vers de nouveaux horizons, nous avons juste voulu nous libérer et ne pas avoir de direction artistique bien particulière. Comme par exemple travailler nos chansons et voir à l’arrivée ce qui fonctionne le mieux pour chacune d’entre elles. Nous voulons avoir la possibilité d’être suffisamment libres pour pouvoir créer dans n’importe quel style de musique, si la chanson le permet évidemment. Et la vérité est que cette liberté nous a permis d’étendre notre horizon créatif. William : Cela nous est venu d’un désir de brûler toutes idées préconçues de ce que nous étions, de détruire toutes définitions (même les nôtres) et de tout recommencer à zéro. Avec "Evidence of Heaven", nous étions arrivé à la fin d’un cycle et la compilation "Vera Causa" a véritablement refermé le rideau sur cette ère. "The Burning Season" est la fin de quelque chose d’ancien en même temps que la naissance d’une époque nouvelle. Comme dans chacun de nos albums, la diversité donne vie à l’œuvre ; dans ce cas précis, nous nous sommes juste laissé aller un peu plus qu’à l’accoutumée et le résultat nous plaît énormément.
Au regard de votre nouveau look et de votre nouvelle ligne graphique (website, logo…), on a le sentiment que vous avez souhaité vous éloigner de vos racines gothiques… Nous ne nous considérons pas comme un groupe gothique car c’est un terme que trouvons trop réducteur (et qui l’a toujours été). Au début, j’avais pour habitude de dire que la touche goth était un élément de notre son mais que nous allions bien au delà du style ; aujourd’hui, si je prends en référence notre dernier disque, tout est encore plus large et de ce fait beaucoup plus dur à classifier. Je trouve que les étiquettes sont incroyablement restrictives lorsqu’elles sont utilisées à des fins d’identification plutôt que comme des descriptions sommaires censées juste attiser l’intérêt. Alors effectivement, nous faisons une musique "sombre", mais le noir n’est finalement qu’une des couleurs dans notre palette. Monica : Je ne pense pas que nous ayons vraiment changé, tout est encore très sombre si l’on considère ce nouvel album dans son ensemble. Nous nous dirigeons simplement vers une approche plus directe des choses : le monde a beaucoup changé et nous avons besoin d’être plus forts et de le montrer. Et cela n’a rien à voir avec des idéaux "goth" ou "non-goth".
Monica, parle-nous un peu d’un des titres phares de ce nouvel album "Sredni Vashtar"… "Sredni Vashtar & Other Stories" est une des nouvelles écrites par Saki (alias Hector Hugh Munro -ndlr) et qui raconte l’histoire d’un gamin perdu et impuissant face à son existence. Sredni Vashtar est le nom que le garçon a donné à une créature vivant au fond de son jardin, un animal sur lequel il a édifié tout un mythe dans le but de se donner un peu d’espoir. J’ai trouvé que cela traçait un bon parallèle avec la notion d’ "Idéal au-dessus de la vérité" qui existe dans la vie de chacun. Cette chanson évoque le fait que, bien que l’actualité nous apporte jour après jour cette peur de "presque-apocalypse", si l’on va au fond des choses, on se rend compte que le monde n’a jamais été plus ou moins brutal qu’il ne l’est aujourd’hui ; tout cela dépend du regard que tu portes et de la vie que tu as choisi de vivre.
Vous êtes tous deux la force motrice de Faith & The Muse, j’imagine pourtant que vous ne devez pas avoir les mêmes backgrounds culturels et donc la même inspiration en ce qui concerne le groupe… William : Ces backgrounds sont à la fois similaires et complètement dissemblables dans de nombreux domaines. En fait, nous avons beaucoup de choses en commun mais suffisamment contradictoires pour nous apporter une relation des plus enrichissante en tant qu’artistes. Nos inspirations peuvent êtres très différentes et à d’autres instants terriblement convergentes. Et c’est cette constante alternance qui dirige Faith & The Muse. Monica : Il faut également tenir compte de la diversité de notre musique car on met pas mal d’éléments différents sur la table. Tu sais, nous sommes tous deux d’anciens punks, notre philosophie est donc la même. Seule notre approche est différente.
À ce propos, on ne peut s’empêcher de voir au travers de la très punky The Relic Song comme une sorte de coup de pied au cul dirigé contre tous ces groupes de teen-skaters type Blink 182, Sum 41 ou Good Charlotte, autoproclamés punk… C’est une de nos chansons favorites et je crois qu’elle parlera au nom de tous les punks de notre génération. Le courant punk était une nouvelle expérience qui ne pourra jamais être revécue et ceux qui étaient présents à cette époque le savent bien. C’était une nouvelle ère, plutôt étrange et nous ne ressemblions à rien de ce que les gens avaient pu voir auparavant, on était libres de nous exprimer comme bon nous semblait. Tu n’as qu’à écouter le texte de la chanson à la fin : "Black hair, blue hair, pink hair, white hair and boots !" William : Le moins que l’on puisse dire est que Relic Song est un morceau assez cathartique pour nous. Cela fait trop longtemps qu’on ne dit trop rien à propos de ce phénomène de "revival punk" mais aujourd’hui on est arrivé à saturation et l’on explose : nous avons grandi comme des punks et voir aujourd’hui ce soit-disant punk-rock passer sur MTV ou se retrouver en couverture de Rolling Stone nous rend vraiment malades. 90 % de ces groupes sonnent exactement de la même manière et passent par contre complètement à côté du principal. Relic Song est le produit de notre mépris pour tous ces poseurs merdiques et marketés censés incarner quelque chose que l’on aimait.
À propos du titre Boudiccea, dans quelle mesure l’histoire de cette femme (reine de la tribu celte des Icenis, en Angleterre, qui mena la rébellion face à l’occupant romain vers 60 après JC) t’a-t-elle inspirée ? Monica : Regarde la manière dont les femmes sont socialisées aujourd’hui, c’est vraiment tragique : elles sont toutes de plus en plus obsédées par leur apparence, leur poids, leur manière de s’habiller et ne sont plus du tout en contact avec leur véritable force intérieure qui fait d’elles des "Femmes". L’histoire de Boudiccea devrait pourtant rappeler que c’est le cœur qui fait de la femme ce qu’elle est véritablement et non toutes ses imperfections extérieures. |  |  |  | | |  | |
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