Propos recueillis
en décembre 2003


DERNIÈRE SORTIE :
"Chef d'oeuvre"


LABEL :
www.seventeenrecords.com
Par Frédéric Thébault  
Photo D.R.  

Que faisiez-vous en 1977 ?
La plupart d'entre nous n'étaient pas nés, et ceux qui l'étaient hésitaient encore entre acheter le nouvel album de Chantal Goya ou de Piccolo, Saxo et Compagnie...
1977, année magique dans l'histoire du rock. 1977, ou plutôt 1975/1976, années où partout sur la planète (et surtout dans la perfide Albion) de jeunes gens décidèrent soudain de rejeter en bloc l'héritage de mai 68, des hippies et des 30 glorieuses. Ces jeunes gens se coupèrent les cheveux, déchirèrent leurs fringues, changèrent leurs boucles d'oreilles contre des épingles à nourrice ou des clous. Dignes pionniers qui feraient pâle figure aujourd'hui face au piercing ou aux scarifications, mais l'époque était encore à un conformisme extrême, et cette révolte, profonde, eut un impact incalculable sur le rock de ces vingt-cinq dernières années.


En France aussi, le mouvement éclata soudain, même si ce fut plus discrètement. À vrai dire, seuls deux groupes franchirent la Manche et eurent les honneurs de la presse anglaise. Les Stinky Toys, qui comptaient en leur rang une certaine Elli Medeiros et un certain Jacno (mais leur musique n'était pas vraiment difficile d'accès), et surtout, un groupe avec lequel on ne rigolait pas, teigneux et réputé violent : Métal Urbain.

"On s'est formé en 1976, La même chose se passait dans trois villes de trois continents, à New York, Londres et Paris. On a découvert qu'on faisait du punk rock en ouvrant le NME !"

Les Métal Urbain firent rapidement parler d'eux, leur musique bouleversant pas mal de clichés, ajoutée à leur aura sulfureuse. Guitares saturées sur nappes de synthés utilisés comme machines à bruits, boîte à rythmes minimaliste et épileptique, chant hargneux, le résultat surprend encore aujourd'hui, et on ne peut que constater que bon nombre de groupes issus de la mouvance noise-core américaine se sont directement inspirés de Métal Urbain. Rough Trade, un tout nouveau petit label indépendant, saisit même l'occasion de les signer, et ce fut le premier 45 tours du label ("Paris Maquis", 1977), qui est devenu ce que l'on sait. Mais le punk rock n'eut qu'un temps, et Métal Urbain n'eut pas la carrière que l'on aurait pu attendre. Deux singles plus loin ("Hystérie connective" et "Panik"), ce fut l'album, compilant leurs 45 tours, et agrémenté de nouveaux morceaux. "Les Hommes morts sont dangereux", sorti en 1980, était déjà quasi-posthume. Aujourd'hui, celui-ci est introuvable, et l'on connait mieux "L'Âge d'or", qui reprend le contenu de cet album, plus diverses démos et autres inédits (1985, version CD également). Dès 1979, le groupe s'essayait à d'autres choses ; ainsi Doctor Mix & the Remix, aux même sonorités saturées, chant déformé, mais cette fois uniquement pour des reprises de grands classiques tels Roxy Music, les Stooges, Bowie ou le Velvet Underground, rendues méconnaissables. Une superbe réussite, trois singles et un album, "Wall of Noise", chez Rough Trade, réédité en 1992.
Citons également deux autres groupes parallèles mais moins connus : les Metal Boys (un single et un album en 1980) et les Desperados (un seul single).
Les années 80 et 90 passèrent, donc, mais les anciens membres de Métal Urbain ne restèrent pas inactifs pour autant. Une certaine idée reçue tend à penser que les rockeurs français ont toujours eu plus de mal à exister que leurs alter ego anglo-saxons, leur parcours n'est-il pas lié en partie à cet "handicap" ?

"Nous avons tous eu des parcours divers, Eric à réalisé les deux derniers albums des Bérus, à continué l'aventure Doctor Mix & the Remix, et est devenu DJ. Charlie H a réalisé les compilations "What's Up Mix It", et des groupes de rap comme Timide et Sans Complexe. Hermann a continué à faire du rock'n'roll avec un groupe nommé Wolfgang… Nous n'avons jamais laissé tombé la musique, juste mis Métal Urbain en pause, mais aujourd'hui, nous ressortons de la boîte, comme un coucou qui a le don d'agacer du monde, et c'est tant mieux ! Être français ? Certainement pas un handicap, puisque nous sommes le premier groupe français à avoir été reconnu internationalement justement pour cette raison !"

Métal Urbain n'était plus, et il faudra attendre plus de vingt ans (hormis une reformation silencieuse entre 1984 et 1987) pour que le groupe réparaisse, à la surprise générale. Qu'est-ce qui a bien pu les pousser à reprendre du service ?

"Nos motivations en 2003 ? Les mêmes assurément. Rien n'a changé, et une chanson comme "50/50" est toujours d'actualité. Quant à la nostalgie, nous la refusons, cela n'a rien à voir avec Métal Urbain, qui est un groupe dont le son ne vieillit pas."

Mais en 2003, il faut bien l'admettre, seuls les érudits et les anciens punks se souviennent vraiment du groupe...

"Le public de 1977 est mineur aujourd'hui, la majorité des fans de Métal Urbain ont 15/35 ans. On peut dire qu'une large partie des gens de 1977 sont morts ou en quête de respectabilité... ce qui revient un peu au même non ?"

"Par notre reformation, on ne vise aucune cible, Métal Urbain n'est pas une entreprise de marketing ! On fait notre truc, et le public vient naturellement à nos concerts. À notre grande surprise, il est aujourd'hui majoritairement très jeune. Il y a une vraie rencontre entre notre musique et les ados du 21e siècle, quelque chose qui n'était peut être pas le cas en 1977, pour diverses raisons..."

Et aujourd'hui, en 2003, on peut légitimement se demander ce qui pousse bon nombre d'anciens groupes à se reformer. S'agit-il d'un simple effet de mode, ou d'un besoin lié à la situation économique et sociale actuelle, proche de 1977 ?

"Notre reformation n'a pas été préméditée, les circonstances nous y ont amenés petit à petit. Quant aux autres ils font ce qu'ils veulent."

À bientôt 50 ans, les membres de Métal Urbain n'ont cependant rien perdu de leur hargne, et la compilation annoncée nous offre la posibilité d'apprécier à nouveau leur talent et leur originalité. Mais à l'heure où les groupes punks, façonnés MTV emplissent les écrans et les radios de rébellion prémâchée, Métal Urbain peut-il encore incarner ce refus du système ?

"La rébellion MTV pré-fabriquée, c'est drôle, c'est du dessin animé. En ce qui nous concerne, ce n'est pas une pose, c'est juste une violence musicale et des paroles qui nous viennent naturellement sans préméditation."

Leur heure est donc revenue, et on attend un nouvel album avec impatience. Une double compilation vient tout juste de sortir. Néanmoins, vingt ans se sont écoulés depuis "Les hommes morts sont dangereux", et tout est permis aujourd'hui, si nouvel abum il y a, celui-ci ressemblera t-il au premier ? Eric Débris est très clair sur son contenu !

"Le premier disque n'était qu'une compilation, nous n'avons donc, en tant que Métal Urbain, jamais vraiment enregistré de premier album. Le premier album sera donc forcément identique au premier !"

Mais l'époque est dure, et la censure est plus présente. Ainsi, certains groupes de rap se voient menacés par Sarkozy pour leurs textes. Métal Urbain n'avait pas non plus sa langue dans sa poche, et des paroles comme "Crève salope" peuvent-elles encore être chantées ?

"Bien sûr, et je ne vois pas où est le problème… Nos textes n'ont rien, mais rien à voir avec les textes en question…"

En attendant un album, et depuis cette interview, Métal Urbain a repris du service. Quinze jours de tournée aux USA et au Canada, en novembre, leurs ont permis de se remettre en jambe. L'accueil qui leur a été réservé permet tous les espoirs... :

"Le public américain est un public curieux et enthousiaste, il nous l'ont prouvé en venant nombreux à nos concerts et en réagissant à nos chansons malgré la barrière de la langue. Nous prévoyons la deuxième partie de la tournée US pour le mois de mars 2004."

À tous nos lecteurs qui n'ont jamais écouté Métal Urbain, et qui n'ont pas peur d'en prendre plein les oreilles, vous savez ce qu'il vous reste à faire : demandez au père Noël de revenir en janvier et faites-vous offrir "Chef d'oeuvre"...
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