Propos recueillis
en décembre 2003


PROCHAINE SORTIE :
"Nude"


SITE OFFICIEL :
www.realvast.com

LABEL :
www.456entertainment.com
Par Bertrand Hamonou  
Photo Stephen Murray  

Jamais l’actualité de VAST n’aura été aussi riche. Adepte de la distribution de sa musique par Internet et totalement convaincu par ce mode de distribution, Jon Crosby a des projets plein la tête, et personne ne s’en plaindra. Un nouveau contrat en poche chez 456 Entertainment, le chanteur de VAST (qui vient aussi de créer son propre label 2Blossoms) ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, et parle déjà de l’après "Nude", son troisième album disponible dans le commerce le 24 février prochain. Le petit monde de VAST risque bien de se faire remarquer dans celui de l'industrie du disque en 2004, comme il le fait depuis l’été 2003 avec la diffusion de ses albums de MP3, ce qui ravira les fans du monde entier qui se sont précipités sur son site www.realvast.com pour acheter les récents "Turquoise" et "Crimson". Explications.

Trois ans après la sortie du second album de VAST "Music for People", tu sembles plus prolifique que jamais puisque tu as distribué deux albums de MP3 sur ton site web l’été dernier. Tu composes donc en permanence ?

En fait, ça me vient presque naturellement. Parfois, c’est plus difficile, je dois travailler un peu plus, mais ça me vient comme ça, de nulle part.

Depuis quand travailles-tu sur l’écriture de ces nouvelles chansons ?
Elles ont été écrites entre novembre 2000 et le printemps 2003. J’ai écrit certaines d’entre elles pendant la tournée de "Music for People" et d’autres ont été écrites et finies la semaine avant la mise en ligne de "Crimson". D’habitude, quand tu enregistres des disques pour un label, il y a une période de 90 jours entre le moment où tu rends le disque et sa sortie en magasin. Ce qu’il y a de bien avec les MP3, c’est que tu les proposes instantanément. C’est quelque chose de très rapide et c’est excitant parce que ça n’a pas vraiment été fait avant. Avec le téléchargement de MP3, tu peux toucher directement les fans du monde entier. Et nous voulions aussi donner la possibilité d’écouter des morceaux pas tout à fait terminés.

Tu as récemment déclaré que tu pourrais distribuer jusqu’à sept albums de MP3 sur ton site internet. Est-ce que le succès des précédents albums "Turquoise" et "Crimson" te conforte dans cette idée ?
Oui, je veux proposer encore plus d’albums en téléchargement. J’espère en sortir trois ou quatre en 2004. La raison est que nous voulons pouvoir faire ce que nous aimons et le mettre sur le site. La plupart des gens ne réalise pas que dans un avenir proche, cinq ou dix ans, c’est le seul mode de distribution qui perdurera. J’ai lancé mon propre label 2Blossoms pour lequel j’ai un ou deux projets. Je n’ai pas l’intention d’en faire une compagnie de disques ni de sortir les productions d’autres musiciens, je veux juste faire ce qui me plaît et sortir de bons albums. J’ai le sentiment que les labels vont mourir tôt ou tard de toute façon.

"Turquoise" et "Crimson" sont vraiment bon marché, puisque téléchargeables pour 2,99$ chacun ! Pourquoi un prix si dérisoire ?
Eh bien ce que je n’aime pas à propos des sites qui commercialisent des MP3 comme l'iTunes Music Store par exemple, c’est qu’ils te font payer un morceau 99 cents, car ils se basent sur le prix des singles. VAST n’est pas dans cette logique là, nous faisons des albums. Et puis si tu achètes douze titres à ce prix, tu dépenses autant d’argent que pour un CD. C’est trop cher et c’est pour cette raison que les gens échangent de la musique gratuitement sur le net. Pour ce qui est des 2,99$, c’est à peu près la même somme d’argent que reçoivent les musiciens sur le prix de vente d'un CD. En fait, la plupart d’entre eux se font moins que cela en passant par les labels. Nous savions pertinemment que les gens échangeraient les morceaux sur le net, sinon nous les aurions faits encore moins cher, mais nous voulions être sûrs de faire rentrer l’argent nécessaire à la vie du groupe.

Avec VAST tu crées un large spectre d’humeurs et d’émotions selon les chansons, avec beaucoup d’arrangements à cordes (Winter in my Heart, Don't Take Your Love Away). Y a-t-il quelque chose que tu te refuses à faire ?
La musique de VAST est très stimulante et exigeante, et c'est déjà beaucoup. Je pense par exemple que la musique rap est extraordinaire, mais elle est aussi évidente à faire, alors que celle de VAST est plus compliquée. D'une certaine manière mes chansons sont assez simples, mais d'un autre côté elles sont aussi très complexes. Quand j'y pense, je me dis que je n'ai pas envie de faire du jazz ni de la fusion, parce que ce que je fais est pour moi déjà très développé.

Ta voix est facile à reconnaître, elle est assez unique. Quand as-tu découvert les possibilités de chant que tu as ?
Juste à l’instant même où tu me le dis ! C’est la première fois qu’on me dit cela (rires). Je te garantis que je ne me considère pas du tout comme un chanteur extraordinaire. J’ai commencé à chanter bien après avoir commencé à jouer de la guitare.

Tu peux pourtant monter assez haut comme sur Don’t Take Your Love Away, et aussi assez bas comme tu le fais sur My TV and You. Est-ce un don ou prends-tu des leçons de chant ?
J’ai pris un cours de chant une fois quand j’avais dix-neuf ans. J’y ai appris comment respirer, ce qui est important. Mais à part cette fois-là, je n’ai vraiment jamais pris de cours du tout.

Il y a toujours un équilibre entre la douceur et l’énergie sur chaque album de VAST. Est-ce que tu sais immédiatement quelle direction prendre lorsque tu commences à écrire une chanson ?
Je pense que certains morceaux auraient pu suivre une direction ou une autre sans problème, ce sont celles qui ont une mélodie forte, comme Thrown Away sur "Turquoise". Mais je n’imagine pas une chanson comme Don’t Take Your Love Away être plus agressive. Et à l’inverse, la chanson Here sur le premier album n’aurait pas collé en étant plus douce. Parfois, ça fait partie du plaisir lors de la conception d’un disque, d’essayer de découvrir en studio ce qu’une chanson va devenir. Tu essaies des choses différentes et tu vois si les morceaux peuvent être accélérés ou ralentis, s’ils supportent ou non plus d’arrangements, et il arrive que tu sois surpris du résultat.

Sur des titres plutôt électriques et énergiques comme Turquoise, tu places toujours la mélodie au premier plan, surtout celle du chant. Comment donnes-tu naissance à une chanson de VAST ?
D’ordinaire c’est une série d’idées différentes, comme lorsque tu fais un film je suppose. Tu vois juste un endroit qui te donne une idée, et puis tu imagines que quelque chose s’y passe, comme une bagarre ou quelque chose comme ça. Ensuite tu prends ces idées que tu as amassées durant des semaines, des mois ou des années, et tu les rassembles pour créer quelque chose. À la fin c’est incroyable, mais ça reste toujours une collection de différentes influences ou idées. Par exemple, pour Turquoise, je me souviens que j’ai écrit les accords, et la mélodie m’est venue comme ça. Je n’ai vraiment écrit la chanson qu’un an après, je m’étais assis au clavier et je jouais quelques notes et des rythmes sur une boîte à rythmes. J’aimais le rythme que je venais de trouver et il me fallait des accords pour en faire quelque chose. Je me suis souvenu des accords et de la mélodie de Turquoise et je les ai assemblés.

Depuis le premier album, VAST utilise beaucoup de samples de voix comme celui de Lisa Gerrard sur le récent That’s My Boy sur l'album "Crimson". Comment as-tu eu l’idée de mélanger ces voix du bout du monde comme sur Touched, à une musique plus rock ?
J’ai toujours été véritablement intéressé par le classique et la world music. J’en écoutais beaucoup, tout en faisant de la musique électronique quand j’étais plus jeune. Quand j’ai vraiment commencé VAST il y a dix ans, j’avais dix-sept ans, et c’est à l’époque où le sampling s’est démocratisé. C’était drôle de sampler à tout va. Je viens du "enregistrons le son d’une poubelle qu’on lance sur un mur pour en faire un son de batterie" ou "prenons un chien qui aboie et faisons-en un son étrange". C’était comme KMFDM, Nitzer Ebb, Skinny Puppy ou Ministry que j’écoutais à cette époque. Quand j’ai samplé les Voix Bulgares pour Touched sur le premier album, cela a été comme un déclic pour VAST. Tu sais, les gens combinent le rap au métal, ou la country avec le punk, ou encore le reggae à la pop, et je me suis dit "pourquoi ne pas combiner la musique classique au métal ou la world music à la musique électronique ?". Cela a déjà été fait, mais j’ai le sentiment que c’est toujours quelque chose de nouveau. La première fois que j’ai entendu Enigma, j’ai pensé que c’était du blues et de la musique black américaine avec de l’électronique, et cela m’a semblé assez novateur. Par exemple, Dead Can Dance est l’un des seuls groupes que je connaisse qui mélange de la world music avec de la pop ou même du rock. On a déjà mélangé le rock avec tant de choses, mais je crois qu’il y a encore beaucoup à apprendre du folk, du classique et de la musique européenne.

Et cela ne génère-t-il pas d’insupportables problèmes de droits, comme le confiait récemment Rhys Fulber au sujet de son album de Conjure One ?
La world music est du domaine public, je n’ai donc jamais eu de problème. Ce n’est pas comme si je voulais sampler David Bowie, je ne le pourrais pas car il possède les droits sur ses chansons. Il y a un sample d’une chanson du 20e siècle sur le nouveau disque de VAST, et nous devons payer pour obtenir la permission de l’utiliser avant la sortie de l’album. Nous utilisons aussi beaucoup d’extraits de musique classique, et nous n’avons jamais de problème car si tu offres quelques centaines ou quelques milliers de dollars à la plupart des musiciens de classique, ils te laissent utiliser le master de l’enregistrement. Ce n’est pas comme le publishing, lorsque tu prends la chanson de quelqu’un d’autre, car là il faut leur reverser un pourcentage. Le sample dont tu parlais sur That’s My Boy est un sample de Lisa Gerrard que j’ai passé à l’envers. Je ne pensais pas que ça se remarquerait (rires). C’est une des raisons pour lesquelles ce morceau ne figure pas sur "Nude", qui sort le 24 février.

À propos, quels disques ou quels artistes écoutes-tu en ce moment ?
Pas mal de choses en fait. J’écoutais Skinny Puppy quand j’étais un peu plus jeune, leurs disques sont toujours bons. J’aime Suicide, Eminem, Outkast... J’aime écouter de la musique classique et quand je travaille sur ma propre musique, je n’écoute qu’elle.

La plupart des chansons de VAST auraient pu sortir en singles (Three Doors, The Last One Alive, I Woke Up LA), mais malgré tout, à part Free, il n’y a jamais eu d’autres singles sortis. Comment l’expliques-tu ?
Je ne sais pas trop comment ça se passe à l’étranger, mais pour tout te dire, nous étions un très petit groupe il y a quelques années et puis quelque chose s’est passé pour nous et nous sommes toujours là aujourd’hui. C’est vraiment une situation peu banale parce que nous n’avons jamais eu aucun support de la part de nos labels, où que ce soit. Par exemple, notre premier album n’est sorti en Europe qu’un an et demi après sa sortie aux USA. En ce qui concerne les titres qui auraient pu sortir en single, ils sont toujours sur les albums et ils sonnent vraiment bien en concert. Et puis j’essaie d’avoir plus à offrir que des singles, avec des albums et des titres en téléchargement.

Tu dois avoir hâte de monter sur scène pour jouer toutes ces nouvelles chansons. Pouvons-nous espérer une tournée européenne, et notamment des dates en France dans les prochains mois ?
Oui, nous allons venir en Europe en 2004. J’ai déjà joué deux fois à Paris et j’ai bien aimé. En plus, je suis fan de cinéma français, j’ai récemment vu "Ridicule" et "Les Valseuses" avec Gérard Depardieu, et j’ai eu l’impression que c’était le meilleur film que je n’avais jamais vu ! Nous avons vraiment envie de venir à Paris et j’aimerais aussi visiter le sud de la France.

Peux-tu m’en dire plus au sujet de ce nouvel album, "Nude"? Va-t-il contenir des versions différentes des chansons présentes sur "Turquoise" et "Crimson" ?
Certaines versions sont radicalement différentes, d’autres moins. Mais elles sonnent toutes bien mieux sur CD que dans leur version mp3. L’édition limitée de "Nude" aura un packaging plus gros, et je vais signer les premiers milliers d'exemplaires. Les fans du monde entier pourront se la procurer sur Internet sur le site de 456 Entertainment. C’est pour nous un moyen de ne pas devoir attendre pendant trois mois comme je te l’expliquais tout à l’heure. 456 Entertainment devra faire face à une première semaine chargée en terme de ventes, et aura de cette manière une idée quant aux résultats dans les charts. Mais ce qui se passe dans les charts ne nous affecte d’aucune sorte, que l’on y soit ou non. Tout ce qui nous importe, c’est d’avoir assez d’argent pour continuer à faire ce que nous voulons, et faire de la musique en laquelle nous croyons.

À la sortie du premier album, tu as dit dans une interview que tu aimerais écrire un livre. Est-ce toujours dans tes projets?
Oui, c’est toujours dans un coin de ma tête même si je n’ai pas écrit de science-fiction depuis des années. J’ai toutes ces idées sombres et futuristes que j’écris ici ou là, mais je n’ai jamais pris le temps de les rassembler. Je crois que j’attends d’être un peu plus âgé, je ne sais pas trop. Je suis occupé à faire ma musique et pour moi, écrire des chansons, c’est à la fois écrire des paroles, jouer de la guitare et y associer une voix ou des cordes. Et puis je suis aussi intéressé par la réalisation de films, et par la puissante technologie qui y est maintenant associée et que tu peux avoir sur ton PC. Tu peux faire toi-même la même chose que ce qu’ils font à Hollywood depuis quinze ans !

Pourquoi avoir quitté Elektra pour 456 Entertainment? Pour être plus libre ?
Oui, tout à fait. VAST avait des soucis avec Elektra il y a trois ou quatre ans. C’était le début du changement dans l’industrie du disque qui en Amérique a changé de manière radicale. Tout est organisé, il y a tant de règles que c’en est étouffant. J’ai habité à Hollywood pendant un moment, et j’en suis parti car je n’en pouvais plus. Je ne me suis pas impliqué dans la musique pour être une rock star ni pour être millionnaire, mais parce que je voulais m’amuser tout en faisant de la musique intéressante. Et avec 456 Entertainment nous avons une liberté totale parce que nous sommes en partenariat. Je peux faire ce que je veux, et ils ne me doivent rien non plus.

Es-tu satisfait du succès de VAST aujourd’hui ?
Tout dépend de mon humeur, en fait. Comme je ne sais pas à quoi comparer VAST, il m’est difficile de savoir si je le voudrais plus gros ou plus petit. Il y a des jours où je me dis que je suis allé bien plus loin que je ne l’aurais jamais imaginé. Mais il y a aussi des jours où je pense que je n’ai pas fait ce que j’avais vraiment envie de faire. Je vois au jour le jour, et je pense aux petites choses que je voulais accomplir. Tu sais, VAST est mon seul travail puisque je n’ai jamais travaillé depuis l’âge de dix-neuf ans, et je n’aurais jamais pensé être encore là en 2004 à faire de la musique quand le premier album est sorti en 1998, alors que nous n’avions aucune chance de survivre. Mais nous venons d’avoir un nouveau contrat fin novembre, alors que nous étions abandonnés depuis un an, sans aucun support. C’est donc vraiment une bonne surprise de voir qu’on s’intéresse à nous maintenant.
http://www.premo.fr
http://www.premonition.org
http://pages.premonition.fr