Propos recueillis
en février 2004


DERNIÈRE SORTIE :
"The Troubled Sleep of Piano Magic"


SITE OFFICIEL :
www.piano-magic.co.uk

LABEL :
www.greenufos.com
Par Renaud Martin  
Photo D.R.  

Après un "Writers Without Home" plutôt bancal et un peu trop revendiqué 4AD pour qu'on y croie vraiment, Glen Johnson et son groupe Piano Magic ont repris les choses en main et ont retrouvé avec ce tout frais "The Troubled Sleep of Piano Magic" la superbe de leurs débuts. Évidemment, rien ne pouvait nous rendre plus heureux, et c'est donc réjouis que nous avons voulu poser ces quelques questions à Glen Johnson.

La discographie de Piano Magic est assez impressionnante. Comment pouvez-vous être aussi productifs ?

C'est un mécanisme très organique, les choses se passent très naturellement quand nous nous retrouvons ensemble. Franck, par exemple, semble en permanence avoir en tête un bon millier de lignes de guitares, ce qui constitue la base de nos morceaux. Ensuite, j'ai tendance à écrire les paroles très, très rapidement, parfois même une heure avant que nous commencions à enregistrer. On a toujours procédé ainsi, enregistrer dans l'urgence et avec passion, ça nous permet vraiment de capturer l'instant.

On pourrait trouver dans ton nouvel album un certain retour vers un son plus "rock". Est-ce que c'est quelque chose qui t'a manqué à l'époque de "Writers Without Home" ?
Tu sais, à cette époque, on avait aussi en concert un son "rock", même si les choses avaient été un peu plus calmes en studio. Le morceau Music Won't Save You From Anything But Silence était d'ailleurs assez représentatif de ce que nous faisions en live à ce moment là. Pour "The Troubled Sleep of Piano Magic", à force de répéter et de se donner peu de limites, on a eu envie d'écrire des morceaux plus dynamiques. Mais tu sais, j'ai un background assez extrême, j'ai fait partie de groupes très bruyants, alors revenir à un son "rock", comme tu dis, ne représente rien de vraiment nouveau pour moi. Je dirais même que Piano Magic paraîtrait bien sage à côté des groupes dans lesquels j'étais il y dix ans...

On imagine que cet album doit être assez intéressant à jouer sur scène, non ?
En fait, en général, on ne tient pas du tout à jouer sur scène comme on l'a fait en studio. Qui voudrait de ça ? Je me rappelle avoir vu un soir un concert de Smog où chaque morceau était joué exactement de la même manière et dans le même ordre que sur l'album. Si c'est pour voir ça, autant rester chez soi écouter le CD. C'est pour ça qu'on ne se focalisera pas sur cet album en concert. Nous adorons le live mais nous aimons aussi faire évoluer nos morceaux et revenir sur nos anciens albums, histoire de rendre les choses plus intéressantes.

Angèle David-Guillou est la seule invité cette fois. Est-ce que tu as eu envie de revenir à une formation plus centrée après les collaborations multiples de "Writers Without Homes" ?
Oui, c'est assez compliqué finalement d'avoir autant d'invités en studio, et ça peut nuire à la concentration et à la créativité, les modalités de voyage et de séjour l'emportant finalement sur le côté artistique. Avec Angèle, tout est vraiment plus facile, car déjà elle vient très souvent à Londres et ensuite, elle veut tout le temps chanter ! On a donc toujours quelques morceaux prêts dès qu'elle vient ici. Elle est également très rapidement à l'aise et elle a vraiment besoin de peu de préparation pour chanter quelque chose. Et puis elle comprend mes paroles presque télépathiquement...

Que signifient les toutes premières secondes du disque ? On entend quelqu'un qui grimpe des escaliers, tape un digicode, ouvre une porte et rentre...
C'est exactement ça, c'est un sample de moi en train de courir dans les escaliers et de rentrer dans le studio en claquant la porte. C'est une manière comme une autre d'entrer en matière !

Je dirais que Speed the Road, Rush the Lights est une de vos plus belles chansons...
Ce morceau parle des relations à distance. Comment elles peuvent être merveilleuses un jour et comment un autre jour elles peuvent t'arracher le cœur, spécialement certains soirs, quand les derniers trains ou avions sont partis et que le téléphone ne suffit plus. Speed the Road, Rush the Lights est une sorte de plaidoyer pour rassembler le plus rapidement possible les personnes séparées géographiquement. Mais il y a quand même un avantage dans ce type de relation : au moins, tu n'as pas l'impression d'étouffer chaque minute avec la personne, et puis les retrouvailles après les jours et les nuits de séparation n'en sont que plus intenses...

Le morceau The End of a Dark, Tired Year est-il autobiographique ?
Oh oui, complètement, absolument. Ce morceau évoque l'année qu'a pu être 2003 pour moi, une année vraiment mauvaise, dans un contexte hostile. Je me souviens que le premier jour de 2004, je me suis tout de suite senti mieux !

Ses rythmes et sa basse peuvent rappeler The Figurehead de The Cure. Est-ce délibéré ?
Oui, d'une certaine manière. La plupart d'entre nous sont des fans de Cure, spécialement de la période de leurs trois ou quatre premiers albums. Ça ne m'étonne pas que tu trouves que ce morceau sonne très "Pornography". Pourtant, j'ai beaucoup plus écouté "Three Imaginary Boys" ces derniers temps, vraiment un classique post-punk.

Pour ce nouvel album, tu as quitté 4AD pour le label espagnol Green Ufos. Comment l'as-tu choisi ?
Et bien j'aime travailler avec des gens en qui j'ai confiance, et qui peuvent nous laisser faire ce que l'on veut et nous payer quand même tous les six mois. Je n'ai pas l'impression d'être si exigeant que ça !

On sait que vous recevez un accueil particulièrement chaleureux en Espagne. Y'aurait-il quelque chose de spécial entre toi et ce pays ?
Oui. C'est devenu très rapidement évident. Peut-être parce que le public de là-bas s'identifie d'une manière ou d'une autre à notre travail. J'aime croire que notre musique illustre bien leurs immenses paysages poussiéreux et leurs vieilles ruelles ombragées. Ou alors est-ce que c'est grâce à leur ouverture d'esprit en général ? Les Espagnols ne se soucient pas vraiment de ce qui est hype ou pas. On respecte beaucoup cela, et on travaille très dur là-bas. On a du y faire trois tournées déjà, et on y retourne fin mars.

Quels sont les groupes qui t'ont donné envie de faire de la musique ?
J'ai commencé à faire de la musique dans le milieu des années 80, et à l'époque, j'écoutais des groupes comme les Smiths ou The Jesus & Mary Chain. J'étais aussi complètement obsédé par l'univers du label 4AD donc musicalement, je me dirigeais sciemment vers quelque chose entre les Smiths et Dif Juz !

Et quels sont les derniers albums que tu as aimé ?
Je dirais "Seven Swans" de Sufjan Stevens, également l'album de British Sea Power, "Everyone Alive Wants Answers" de Colleen, "Again" de Colder ou Fourtet.

"The Troubled Sleep of Piano Magic" est pour l'instant difficilement trouvable ici. Es-tu au courant ?
Oui, je le suis, mais tu devrais plutôt faire cette remarque aux distributeurs français. Apparemment, ils n'ont pas l'air très intéressés par la distribution de disques qui ne sont pas sûrs de leur faire gagner du fric. Ce n'est pas une époque très facile pour les labels indépendants et les groupes dits "cultes", on doit revoir nos prétentions, et on doit être prêts à ce que les labels ne nous donnent aucune avance, à ce que les distributeurs ne soient pas intéressés, et à ce que les gens n'achètent pas nos disques. Sans investissement ni promotion, qui saura qu'on existe ? Si ca continue, on va devenir le "groupe invisible".

Pour finir, est-ce qu'on peut espérer vous revoir bientôt en concert en France ?
Tu sais, on a été régulièrement frustrés de ne pas pouvoir faire de concerts en France. On a essayé mais on a presque toujours fini par être découragés par ces promoteurs qui ne donnent aucune chance à un groupe qui n'a pas de label solide ni de distribution officielle en France. Sans un label qui vous soutient, vous êtes souvent pris en France pour le "groupe invisible", c'est-à-dire le groupe que personne ne viendra voir jouer sur scène. Malgré ça, on est en train de monter une tournée chez vous pour la fin de l'année. Ça sera à perte bien sûr, mais on a bien l'intention de le faire quand même.
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