Propos recueillis
en mars 2004


DERNIÈRE SORTIE :
"Le Sixième doigt"


SITE OFFICIEL :
www.servovalve.org

LABEL :
www.m-tronic.com
Par Christophe Labussière  
Photos D.R.  

Bricolo génial, artiste multimédia à l'adresse étonnante, Grégory n'officie aujourd'hui plus seul aux manettes de Servovalve. Entretien avec un duo hors pair à l'occasion de la sortie de son second album "Le Sixième doigt".

Ta musique a toujours été indissociable d'un travail sur l'image. C'est le cas lorsqu'on te voit en live, c'était le cas sur ton premier album... Mais cette fois-ci, il n'y a plus que le son ?

Les outputs graphiques et sonores ne sont que la trame manifeste. C'est le travail sur la trame cachée (le code) qui reste le dénominateur commun. L'espace Rom d'un CD offre la possibilité de proposer des choses moins conventionnelles, il aurait été dommage de reproduire les principes appliqués sur "Ngone".

Ce n'est "que" ton deuxième album, et le précédent a déjà trois ans. Tu n'es pas très prolifique ou bien est-ce juste une histoire d'opportunité... ?
Faire de la musique est un mouvement constant, passionnel. On met des MP3 en ligne quand on veut les partager avec d'autres, en roulement, pas en accumulation. Phil Von nous a mis en contact avec les deux Laurent de M-Tronic, ces derniers avaient apprécié le précédent disque et étaient motivés à l'idée de sortir un nouveau CD de Servovalve.

Tu utilisais déjà des samples de voix pour "accompagner" ta musique sur ton premier album, elles sont maintenant beaucoup plus présentes. Quelle est ton "intention"? D'où ces samples viennent-ils ?
Un sample vocal est un "son" bien particulier. Les voix insistent sur l'identité du morceau. Elles proviennent surtout de n'importe où pour capter le moment où rien n'est dit pour tout dire. Toutes les techniques sont bonnes, il y a des info TV US en cut-up apprivoisé (Irregularities), des anachronismes d'enregistrements (Bethkifhorss, chantés en 95 sur un morceau composé en 2001) ou bien des chants nés de l'écoute d'un instrumental : T.i.m par les Wild Shores...

N'as-tu pas envie de composer et travailler des morceaux véritablement chantés ?
Non, pas dans ce processus. On se lance et cela marche ou pas. Et puis les robots ne chantent pas encore très bien !

Si c'était le cas quelle serait la voix idéale ?
À chaque fois, les choix opérés nous semblent être les choix idéaux, mais les expériences nous prouvent que nombre d'autres solutions le sont également...

Te considères-tu comme un graphiste qui s'amuse avec des sons ou comme un musicien qui accompagne sa musique d'images ?
De moins en moins les deux... De plus en plus comme un doseur de temps, de hasard, quelque soit le média, image, texte, son.

Peux-tu imaginer que ces deux choses soient dissociées l'une de l'autre ?
De la musique seule, oui. De l'image seule, moins, besoin de son, de vie...

L'abréviation du titre de l'album "Le Sixième Doigt" est "LSD", est-ce un hasard ?
C'est effectivement un hasard amusant, mais c'est surtout un titre digital.

Ton travail est assez paradoxal, d'un côté tout semble millimétré, mais tu aimes aussi faire intervenir les boucles, les aléas, des choses que finalement tu ne contrôles pas...
Paradoxal mais très logique. L'environnement numérique est tel que tu le décris, millimétré / pixellisé / rigide, pour maîtriser des choses où le hasard peut intervenir, il est nécessaire de cadrer. L'une des pistes de l'humanisation est la maladresse et l'irrémédiable, ainsi les choses se font, maladroitement ou heureusement. Il est nécessaire d'avancer inexorablement, de se perdre pour retrouver autre chose.

Avec quels outils / logiciels travailles-tu ?
Beaucoup de morceaux / structures rythmiques sont créés avec Rebirth (émulator Tb + Tr), et je traite mes sons avec Peak. D'autres sons sont créés / traités avec Cellsynth. Et inévitablement, Director pour l'assemblage média images sons plus le code génératif / aléatoire.

Tu as travaillé avec Atlas Project, Mimetic, Von Magnet, Wildshores, as-tu d'autres projets de collaborations ?
Depuis maintenant deux ans, Servovalve est musicalement un duo. La collaboration est donc devenue constante. En parallèle il y a d'autres projets graphiques, notamment un clip pour Mimetic et un CD-Rom pour le nouveau projet du chanteur de Clair Obscur, Cocoon.

Qui travaille maintenant à tes côtés ?
C'est Alia. Son expérience de DJ et d'auditrice exigeante apporte un chromosome XY à ce travail de nerd XX. Nous partageons ce projet depuis bientôt deux ans, ainsi qu’un autre, tout récent : Légion Cérébrale. Le premier concert est prévu à Limoges le 27 mars dans le cadre du festival Artooz.

De quels autres artistes te sens-tu proche ?
Ceux avec qui nous partageons des rapports humains... ceux que tu viens de citer.

Tu écrivais dans Prémonition il y a quelques années, quel regard as-tu sur cette l'époque où tes affinités étaient plus... gothiques ?
Si je me souviens bien, j'ai effectivement écrit des trucs dans Prémo. Mais c'était surtout pour le graphisme que nous nous sommes connectés, j'avais envie de travailler le graphisme dans l'environnement musical que j'appréciais. Prémo était sobre, soigné et j'avais été sensible à cela. Après j'ai continué à travailler pour d'autres fanzines : KOF, Octopus... C'est d'ailleurs grâce à l'activisme passionné de certaines personnes évoluant dans le milieu des fanzines, comme KOF, que j'ai pu rencontrer Von Magnet.
http://www.premo.fr
http://www.premonition.org
http://pages.premonition.fr