Propos recueillis
en avril 2004


DERNIÈRE SORTIE :
"Hémisphère gauche"


SITE OFFICIEL :
www.experiencenet.net

LABEL :
www.labels.tm.fr
Par Christophe Labussière  
Photo D.R.  

Alors qu'il partageait encore les commandes de Diabologum, Michel Cloup avait pris le temps de sortir un album sous le nom de Peter Parker Experience. Aujourd'hui Peter Parker a disparu avec la naïveté qui caractérisait la pop lo-fi du projet, et "l'Expérience" qu'il en reste est emplie d'une hargne et d'une noirceur toutes deux délicieuses.

Peux-tu me faire un résumé des épisodes précédents : pourquoi l'aventure Diabologum s'est-elle arrêtée ?

D'une part, le groupe a beaucoup tourné et s'est un peu fatigué sur la route, ensuite il y avait des divergences quant à la suite à donner à Diabologum, un peu de lassitude et l'envie d'aller voir ailleurs. Pour ma part, je ne souhaitais pas creuser le sillon de la noirceur, j'étais allé au bout du truc avec le "#3". Je sortais de scène déprimé, malade. Sur la fin de la tournée qui a duré deux ans, j'avais des pertes de connaissance après les concerts. Bref, cela m'a affecté physiquement et j'ai mis un certain temps à m'en remettre.

Comment positionnes-tu Expérience par rapport à Diabologum ?
Aujourd'hui, quand je sors de scène, je me sens bien.

Et par rapport à Programme et Téléfax ?
Programme, c'est mon ami Arnaud, avec lequel je partageais le micro dans Diabologum, nous sommes de la même génération. Téléfax, c'est le groupe du bassiste d'Expérience, Francisco, c'est la génération d'après.

Que penses-tu de ces deux autres projets qui sont aussi dans la droite lignée de Diabologum ?
Ce sont des amis, tout ce que je peux dire c'est que j'en pense plutôt du bien.

Quel est le sens du titre de l'album "Hemisphère gauche" ?
C'est le titre de la chanson qui pourrait être la synthèse du disque dans ses thèmes. Des images ou des évènements qui provoquent des électrochocs dans ta tête. Au début, c'est très confus, tout ce que tu retiens et comprends, c'est la colère, puis tout se met en place, s'ordonne. Le mouvement s'organise.

Qu'as-tu mis en plus dans cet album qu'il n'y avait pas dans le précédent ?
Le précédent était un disque hybride, entre groupe naissant et album solo, donc plus autobiographique dans les textes, avec une volonté de parler à hauteur d'homme, "intimiste" comme ont dit certains. Le nouvel album est un projet de groupe au niveau de la composition, l'envie d'aller plus loin dans le travail échantillons / séquences / instrumentation rock. Et plus généralement un disque de réaction, l'envie de faire passer une énergie, l'envie de gueuler, de jouer à fort volume de bout en bout, dans un contexte ultra ennuyeux, consensuel et moribond.

Comment as-tu vécu des évènements comme le 11 septembre ou le 21 avril ?
Comme des hallucinations, surtout qu'entre les deux il y a eu AZF et que j'étais à Toulouse au moment de l'explosion.
11 septembre : avant-goût du nouveau millénaire, cruauté moyenâgeuse, terrorisme à petit budget mais finalement très efficace, et, au niveau médiatique, c'est un peu "on a marché sur la lune" à l'envers.
AZF: explosion, souffle sur la ville, vitrines brisées, affolement dans les rues, thèses d'attentats relayées par France Info une heure et demie durant, calfeutrage à domicile, nuage rouge sur la ville rose, ne pas sortir, risque de contamination, le nez qui pique, inviter voisins et amis, ouvrir du bon vin, manger du foie gras et fumer des cohibas en regardant la chaîne de TV locale qui diffuse des images de la ville désertée, silencieuse...
21 avril : je ne savais plus si c'était la commémoration du passage à l'an 2000, la coupe du monde de 98 ou le deuxième tour des présidentielles. Joie dans les rues, feux d'artifice, chantilly & champagne. La conviction intime de vivre le début d'un cauchemar national.

Qu'est-ce qui te remue le plus, l'état du monde, du pays ou simplement le quotidien, ce qui t'entoure ?
Malheureusement tout. Mais c'est mon quotidien qui finalement m'effraie le moins.

Est-ce que la façon dont fonctionne Expérience, avec ses textes intelligibles, revendicatifs, révoltés, n'est pas très proche du rap ?
Si tu le dis.

À propos de Somebody Else But Me, si ce type de "succès" t'arrivait tu réagirais comment ?
Je m'achèterais une maison, des bagnoles, des super fringues très chères, je tromperais ma femme, j'aurais des enfants illégitimes, je prendrais énormément de cocaïne, je continuerais à écrire toujours la même chanson calquée sur celle qui est devenue un tube, je serais déconnecté de la vraie vie comme un homme politique, je passerais mon temps à tourner des clips vidéo, je marcherais à mon tour sur la gueule de tous ceux qui ont préalablement marché sur la mienne. Une réaction humaine, quoi.

Si demain tu étais invité à "Star Academy" ou nominé comme "découverte" aux Victoires de la musique, comment réagirais-tu ?
Deux possibilités : soit asperger d'essence la scène, soit jouer simplement notre morceau.

À propos des textes de Pauvres petits Occidentaux, ne penses-tu pas que ce discours revient un peu à enfoncer des portes ouvertes ?
Tout à fait. Mais n'oublie pas que nous sommes tous des Occidentaux.

Que souhaites-tu que ta musique procure lorsqu'on l'écoute ? De la hargne, du désespoir ?
Surtout pas de désespoir, l'effet contraire. Chaque fois que je vois un film de Cassavetes, j'ai envie de faire du cinéma.
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