|  Propos recueillis en avril 2004
DERNIÈRE SORTIE : "Music For Artificial Clouds" |
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|  |   |  |    | | Par Bertrand Hamonou | | Photo D.R. |
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|  | Depuis bientôt vingt ans, les Young Gods n’ont de cesse d’enregistrer des albums percutants et sauvages, domptés et maîtrisés par leurs créateurs qui ont su influencer une pléthore de groupes actuels. C’est cependant avec un album d’ambient que le groupe suisse le plus underground de la planète revient le temps d’un "Music for Artificial Clouds", dont Franz Treichler (voix et samples), Bernard Trontin (batterie et samples) et Alain "Al Comet" (samples) nous racontent la gestation. Ils nous annoncent d'autre part quelques bonnes nouvelles pour 2005, à commencer par l’anniversaire des vingt ans du groupe. C’est bien connu, les dieux ne vieillissent jamais.
À propos du nouvel album, "Music for Artificial Clouds", quelle est l’idée de départ de ce disque ? Bernard & Franz : "Music for Artificial Clouds" réuni tous les travaux musicaux issus de la période printemps été 2002, durant laquelle nous avions été contactés par l'Office fédéral de la santé suisse pour une commande. Celle-ci consistait à leur fournir une demi-heure de musique de relaxation pour une aire de repos située en plein air sur le site de l'expo nationale suisse "Expo.02". C’était une sorte de grand événement populaire oscillant entre l'art contemporain, l'architecture, la technologie de pointe et l'artisanat local. Nous avons trouvé l'idée attirante du fait que les organisateurs avaient su déceler dans notre musique une dimension différente de celle pour laquelle nous sommes habituellement sollicités. Ils se basaient plus sur l'écoute de notre album "Heaven Deconstruction" que sur nos autres albums plus "frontaux".
Franz, tu as voyagé et rapporté des sons de l’autre bout de la planète pour ce disque ? Franz : Effectivement, les ambiances naturelles viennent d'une banque de sons collectée dans la nature et en majeure partie en Amazonie péruvienne. Ce n’est pas exactement l'autre bout du monde, mais pas loin ! Par contre, je n'ai pas voulu que cela soit trop présent dans l'album, j'ai préféré suggérer ce monde plutôt que de l'étaler. Parfois, ce qui paraît être des sons de terrains sont en réalité des simulations électroniques, comme sur Iwasi, et il arrive aussi que ce soit l'inverse.
"Heaven Deconstruction" s’appuyait sur des sons et des séquences de "Only Heaven", ce qui n’est pas du tout le cas avec "Music for Artificial Clouds" qui ne conserve que très peu de traces de "Second Nature". La démarche n’est donc pas tout à fait la même ? Bernard & Franz : En effet, "Heaven Deconstruction" était essentiellement basé sur la banque de sons de "Only Heaven", alors que "Music for Artificial Clouds" est un projet indépendant. Il en ressort quelque chose de plus pur car l'approche de composition a été différente ; elle est plus minimale et moins rythmique, puisque nous avons essayé d'éviter au maximum les séquences et les boucles. Nous parlons d’ailleurs plus d'une recherche de couleur et de texture musicale que d'une manière de composition classique. "Music for Artificial Clouds" n'est pas un album de déconstruction, c'est quelque chose en soit.
Pourquoi ce disque sort-il avec près d’un an de retard ? Franz : Pour plusieurs raisons, dont certaines m'échappent mais d'autres sont claires : j'ai essayé d'intéresser des labels qui me plaisaient, et j’ai attendu bêtement qu'ils me répondent !
"Music for Artificial Clouds" s’adresse-t-il à un public différent de celui qui écoute les Young Gods en général ? Franz : C’est difficile à dire. En réalité, je suis ravi quand une personne apprécie les Young Gods pour ce qu'ils apportent d'une manière générale. Il y a quand même pas mal de gens qui nous suivent et qui le font justement car ils aiment la diversité et la surprise. Que quelqu'un découvre les Gods via un album ambient comme celui-ci et voit après coup que nous sommes également des sauvages, je trouve cela sympa. Cela va dans le sens d'une musique large et pas trop facile à cataloguer. L'inverse est également valable : un fan hardcore peut se sensibiliser à une musique ambiante. Les gens écoutent d'ailleurs plein de styles différents, et j'ai toujours revendiqué une certaine ouverture d'esprit, en essayant d'éviter les chapelles.
C’est d’ailleurs assez étonnant de pouvoir écouter des disques d’ambient comme "Music for Artificial Clouds", "Heaven Deconstruction" de la part des Young Gods, qui font "beaucoup de bruit" d’habitude. Les disques d’Alain "Al Comet" sont aussi assez expérimentaux et ambient. Est-ce une musique que vous écoutez beaucoup vous-mêmes ? Bernard & Alain : Nous écoutons tous les trois beaucoup de musiques différentes. Franz : J'ai eu une grosse période ambient avec certains albums de Brian Eno comme "The Shutov Assembly", "On Land" ou encore "Neroli" et j'ai beaucoup aimé l'album "Selected Ambient Work 2" d'Aphex Twin. En fait, chez moi j'écoute de la musique électronique la plupart du temps. J’écoute des choses qui installent une ambiance qui va m'accompagner un moment de la journée.
Comment se fait-il que ce nouveau disque soit simplement crédité aux Young Gods, alors que "Heaven Deconstruction" était crédité comme un "side project des Young Gods" ? Franz : "Heaven Deconstruction" a été composé quasi uniquement par moi, à part le premier morceau qui est d'Alain. À l'époque, cela m'a donné des scrupules d’en faire un album des Gods. Avec du recul, je crois que je ferais les choses autrement maintenant.
Y a-t-il une suite véritable à "Second Nature" en gestation, un nouvel album dans la plus pure tradition des Young Gods ? Franz : Oui, nous sommes en train de bosser la dessus. Nous prévoyons cela pour l'année prochaine. Ce sera aussi les 20 ans des Gods, et on a envie de fêter ça en faisant du bruit.
Es-tu d’accord pour dire que "Only Heaven" a vraiment été décisif pour le son Young Gods ? Que s’est-il passé en 1995 qui a conduit à un tel album, aussi dense et aussi riche ? Franz : Il y a eu beaucoup de travail, ainsi qu’une nouvelle sorte d'approche de la production, avec plus d'aller-retour du studio au home studio. On a ainsi été moins stressé par le fait de devoir concrétiser tout en une période de quatre semaines de studio. Ceci dit, je pense que tous les albums des Gods ont été à leur manière décisifs pour notre son. C'est un lent apprentissage qui n'est d'ailleurs jamais terminé.
Il n’y a jamais eu de DVD live des Young Gods. Pourtant, au vu des visuels des concerts comme ceux de Chindustronik en 2003, ce serait quand même une bonne idée d’en regrouper quelques-uns sur un DVD, tu ne crois pas ? Franz : Bien sûr que je le crois. Mais les coûts de production sont assez élevés pour faire quelque chose de professionnel en DVD, car il faut filmer plusieurs concerts à l’aide de plusieurs caméras, d'autant plus que chez IntoXygene, nous sommes sur une structure hyper indépendante. Mais les choses se font en temps voulu et ce n'est peut-être pas plus mal que ce nouvel album sorte maintenant, avec toutes ces années de retard ! Finalement c'est peut-être pour cela que nous existons encore. D'ailleurs, l'année prochaine, pour nos 20 ans, nous aimerions sortir en DVD un concert enregistré en 1992 au Limelight de New York. Ça ferait un chouette documentaire anniversaire.
Vous avez peu tourné à la sortie de "Second Nature", et surtout fait des shows ponctuels. Pourquoi cette démarche alors que les Young Gods sont tout de même un groupe de scène ? Franz : Effectivement, nous avons donné moins de concerts que d'autres années où nous faisions des tournées marathons, mais nous avons tout de même pas mal tourné. C'est une histoire d'offre et de demande, et également une histoire d'âge.
Qu’est-ce qui a changé pour vous depuis que vous avez quitté PIAS et avez signé chez IntoXygene ? Franz : À la fin de PIAS, quand nous avons réalisé l'arnaque, c'était le cauchemar. Ça nous a rendu parano. Nous n'avons pas voulu avoir affaire à une major, car nous voulions nous auto-produire pour avoir le contrôle de ce que nous faisions. Je ne revendique pas cela spécialement, mais c'était de circonstance.
Es-tu en contact avec d’autres artistes du label, comme Y Front par exemple ? Franz : Oui, nous connaissons les Y Front, les Peeping Tom, Virtuart et Love Motel. En fait, nous connaissons tout le monde. Bernard a même joué sur l'album des Y Front.
Beaucoup de groupes ayant marqué l’âge d’or de PIAS et qui sont aujourd’hui encore en activité (Trisomie 21, Front 242, The Young Gods, The Legendary Pink Dots) ont fini par quitter ce label. Penses-tu que la raison de votre départ à tous soit la même ? Franz : Tous les groupes que tu cites ont été à la base du succès de PIAS à leur détriment. C'est pour cela qu'ils ont quitté le label.
Allez-vous tourner pour promouvoir la sortie de ce nouveau disque, mis à part les shows prévus pour l’Amazonia Ambient Project ? Franz : En dehors de l’Amazonia Ambient Project, nous avons un autre projet qui s'appelle Aquanaute et qui est une commande du Musée de la science de Genève. Il s'agit d'un spectacle en collaboration avec un collectif d'artistes visuels qui travaillent avec du film 16 millimètres en boucle. Ils scratchent, remixent et surimposent les images. Tout le spectacle a été conçu sur le thème de l'eau, et beaucoup de sons et d’images sont faits à partir d'eau. On y joue pas mal de morceaux de "Music for Artificial Clouds". C'est assez massif, avec une scène circulaire et six points de diffusion en Surround autour du public.
Quels sont tes projets pour 2004 ? Franz : Je vais composer pour le prochain album des Gods, et s’il y a un intérêt, je vais aussi travailler sur le projet Aquanaute. J’ai aussi une performance / conférence prévue avec l’Amazonia Ambient Project.
Que penses-tu du succès des Young Gods au fil des années et aujourd’hui ? Franz : Que du bien. J'en avais comme une prémonition... |  |  |  | | |  | |
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