|  Propos recueillis en mai 2004
PROCHAINE SORTIE : "Particle & Waves" |
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|  |   |  |        | | Par Bertrand Hamonou | | Photos Janne |
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|  | Avec un septième album magnifique et reposant, les Cranes viennent à nouveau nous raconter des histoires. Alison Shaw s’est inspirée de ses lectures scientifiques, où la physique et les ondes lui ont inspiré le titre "Particles & Waves", et nous en dit un peu plus sur cet album à la fois ensoleillé et froid, où il est question de sciences et de français. C’est aussi l’occasion d’évoquer leur carrière, longue d’une quinzaine d’années déjà.
Vous voilà de retour avec un tout nouvel album, "Particles & Waves" qui fait suite à "Future Songs", on y retrouve d’ailleurs un peu les mêmes atmosphères. Il semble que ce soit la nouvelle direction musicale du groupe, qui s’éloigne de ce que vous avez pu faire il y a des années sur "Loved" et "Forever" ? C’est vrai, l’album est assez spatial et atmosphérique. Il n’y a pas autant de guitares qu’auparavant, mais elles sont là. Nous avons utilisé beaucoup de claviers et de sons de synthés pour cet album, mais aussi de la batterie et des percussions. C’est une sorte de suite à "Future Songs", mais sans vraiment s’y attacher.
Pourquoi avoir choisi un tel titre pour cet album ? Ce disque a-t-il quelque chose a voir avec la physique et la science ? Oui, complètement. J’ai commencé à lire quelques livres et à essayer de comprendre la physique et toutes ces choses. Mon frère s’y est intéressé il y a des années, mais ça ne m’intéressait pas à l’époque. Ça m’a soudainement semblé passionnant (rires). Tout l’album ne tourne pas autour de ces lectures, mais certaines chansons sont inspirées par les particules et les ondes sonores. Que veux dire le titre énigmatique K56 ? En fait, c’était le titre de travail qu’avait choisi Jim, et je ne suis pas sûre de savoir ce qu’il voulait dire par là (rires). C’est finalement devenu le titre définitif du morceau.
Le premier morceau de l’album est plutôt bizarre, puisqu’il semble constitué de deux chansons mises bout à bout. Qu’en est-il vraiment ? Il s’agit d’une seule chanson. Jim a enregistré des sons provenant du jardin, à l’extérieur du studio, et il a ensuite fermé la fenêtre. Tu l’entends d’ailleurs sur le disque. Ensuite, il y a bien plus de guitares qui arrivent, un peu comme une seconde phase dans la chanson. L’idée est basée sur un concept, qui dit que l’on peut faire disparaître le son juste par la façon dont les choses sont positionnées. Et de la même façon, toujours d’après cette théorie, les choses deviennent visibles. En fait c’était une blague entre nous, nous prétendions pouvoir faire disparaître la chanson (rires) !
Jim chante sur Every Town, comme il l’avait déjà fait sur un titre de "Population Four". Est-ce que tu l’encourages à le faire ? Au départ, Every Town ne devait pas se trouver sur l’album. Jim l’avait enregistré, ainsi qu’un autre titre, il y a deux ans environ. Un jour, nous étions en train d’écouter des vieilles bandes, et j’ai beaucoup aimé cette chanson. J’ai donc décidé de la laisser sur l’album. Jim chante occasionnellement, il a dû le faire quatre fois jusqu’ici. J’aime ce morceau et j’aime aussi le fait plutôt inhabituel pour nous d’avoir une chanson que je ne chante pas. Peux-tu m’en dire un peu plus sur la chanson Particles and Waves. Pourquoi avoir décidé de la chanter en français ? Parce que le rythme de la mélodie vocale à laquelle j’avais pensé me semblait adapté au français, en tout cas pour moi. Les paroles sont improvisées, c’est une petite histoire, un peu absurde, je dois le reconnaître (rires) !
À propos, quelle est ta relation avec la langue française, que tu utilisais aussi sur l’album enregistré en 1996, "La Tragédie d'Oreste et Électre", et qui était basé sur "Les Mouches" de Jean-Paul Sartre ? Quand j’étais à l’école, j’ai étudié plusieurs langues étrangères comme le français, l’espagnol et l’allemand. Je lis aussi beaucoup de livres en français, car je peux le lire bien mieux que je ne le parle en fait. J’aime lire Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, par exemple.
Ce nouvel album est très apaisant et calme, encore plus que l’était "Future Songs". Est-ce quelque chose que vous avez fait consciemment, pour vous écarter du schéma que vous aviez l’habitude d’utiliser auparavant ? En fait, nous avons commencé à jouer ces nouvelles chansons en live à un concert de "chauffe" en prévision de la tournée, et elles sonnent plutôt noisy lorsque nous les jouons en live ! Mais tu as raison, le tempo général de l’album est relativement lent, mais je ressens tout de même cet album comme optimiste. Tout le monde passe à travers différentes phases, et nous ne nous sentons pas trop de crier ni de jouer très fort de la batterie, même si je le redis, il y a beaucoup de percussions live sur cet album. Je pense que les deux ou trois morceaux du début de l’album donnent l’impression qu’il est très calme, mais il est juste lent en fait.
Qu’est-il advenu des titres que vous avez écrits et enregistrés en 1998 pour un album dont le titre de travail était "It’s a Beautiful World" ? En fait, deux morceaux de la période dont tu parles sont sortis sur le single 7" "The Moon City", édité en Espagne chez Elefant Records en 2001. Nous avions alors pensé que les chansons n’allaient pas assez loin pour être incluses sur un album. De plus, il n’y avait pas tant de chansons que cela, peut-être cinq ou six. Nous avons préféré les abandonner, attendre une année supplémentaire, et commencer à écrire l'album "Future Songs".
Vous allez tourner en Europe pour promouvoir cet album. De quoi la set-list aura-t-elle l’air ? Chaque soir nous allons jouer quatre ou cinq chansons du dernier album, et le reste sera constitué de titres provenant des différents albums de notre répertoire.
Pourquoi avez-vous attendu l’année dernière pour sortir votre premier enregistrement live ? Pourquoi n’en avoir pas sorti un lorsque vous tourniez avec The Cure ? Oui, nous aurions probablement dû en sortir un à ce moment-là, ça aurait sûrement été bon, mais en fait nous n’avons jamais fait de bon enregistrement. Je me souviens d’un soir à Bruxelles, un bon ingénieur du son nous avait rejoint, et nous avons essayé pas mal de matériel coûteux pour enregistrer le concert. Mais nous avons très mal joué ce soir-là (rires) ! Nous avons joué toutes les chansons à une vitesse double de ce qu’elles devaient être, parce que le batteur jouait très vite. Ce n’était pas un concert horrible, mais l’enregistrement ne sonnait pas comme il fallait. C’est assez difficile de capturer un bon son live, qui représente bien le groupe, parce que nous ne voulions pas que ça sonne comme un bootleg, mais nous ne voulions pas non plus que ça ait l’air d’être une version retravaillée en studio, en un peu moins bon que sur disque. Il faut trouver un juste milieu.
De quoi es-tu la plus fière quand tu penses à tout ce que tu as accompli avec Cranes ? Je ne sais pas trop. Probablement le fait que nous ayons fait quelques albums, et que nous ayons réussi a durer si longtemps. Et je dois dire qu’en terme de travail à plein temps, ce n’est pas facile (rires) ! En fait, dans le groupe, il n’y a que Jim et moi qui en vivons. Après tout ce temps dans le monde de la musique, est-il toujours possible de découvrir des disques qui te plaisent ? Un ami m’a récemment parlé d’un groupe qui s’appelle Her Space Holiday, que j’aime beaucoup. J’aime bien Four Tet aussi. Je n’achète plus de disques toutes les semaines comme je pouvais le faire avant, mais je le fais quand je trouve quelque chose que j’aime. Tu sais, on nous donne pas mal de disques ces temps-ci, les gens nous envoient pas mal de choses. Par exemple, j’ai des amis à San Francisco qui ont fait le design de notre pochette, et qui savent ce que j’aime, alors ils m’envoient de nouvelles choses à écouter.
Ton groupe est là depuis plus de quinze ans maintenant. As-tu une idée de ce que tu aurais fait pour gagner ta vie si vous n’aviez pas eu de succès ? Je préparais un diplôme d’études hispaniques, et j’aurais pu partir en Amérique du Sud. Je rêvais de partir au Pérou, pour y travailler bénévolement. Je ne sais pas pour y faire quoi exactement, mais j’y pensais.
Quels disques de votre répertoire recommanderais-tu à quelqu’un qui vous découvre aujourd’hui ? Je dirais probablement un récent, sans doute le dernier tout simplement car c’est le plus actuel, et pour les anciens, je dirais "Forever" ou "Loved".
As-tu déjà écouté des disques des Islandais de Mùm, dont la chanteuse chante, elle aussi, avec une petite voix, un peu comme toi ? Oui, j’ai quelques-uns de leurs disques, je les aime bien. Je ne sais pas trop si c’est vraiment comme moi, c’est effectivement peut-être un peu similaire, mais je n’en suis pas sûre. |  |  |  | | |  | |
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