|  Propos recueillis en août 2004
DERNIÈRE SORTIE : "A Page of Madness" |
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|  |   |  |    | | Par Bertrand Hamonou | | Photo D.R. |
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|  | Les disques d'In The Nursery sortent avec une régularité toute métronomique, au rythme d'un album par an. C'est avec la bande originale d'un film muet japonais de 1927, "A Page of Madness", qu'ils ravivent cette année leur série Optical Music Score, avec un cinquième volume digne des meilleures bandes originales de films. De retour d'une tournée des festivals de films internationaux australiens, et prêts à partir présenter une autre de leurs œuvres au Canada, les prolifiques frères Humberstone nous dévoilent les raisons, les choix et les motivations qui les ont poussés à créer ces enregistrements exclusivement dédiés aux œuvres cinématographiques du début du siècle dernier. Moteur.
Pourquoi avoir choisi de publier les disques de votre série Optical Music Score sous le nom In The Nursery plutôt que sous un nom de projet séparé, comme c'est le cas avec Les Jumeaux ? Nigel : La série Optical Music Score est un aspect à part de notre travail, avec une identité propre, mais nous l'avons toujours considéré comme étant une continuation de ce que nous faisons avec In The Nursery.
En 1987, vous publiiez la bande originale d'un film imaginaire, "Stormhorse", puis celle de "An Ambush of Ghosts" en 1993. Quand l'idée du projet de la série Optical Music Score, qui vit le jour en 1995 avec "The Cabinet of Doctor Caligari", a-t-elle véritablement germé ? Klive : L'idée et l'envie d'écrire la musique pour un film muet est en fait apparue en 1986. Au départ, nous devions collaborer avec un cinéma local d'art et d'essai à Sheffield, afin de composer la musique d'un film dont le nom m'échappe aujourd'hui, mais le projet est tombé à l'eau. C'est à ce moment-là que nous avons décidé d'écrire la musique pour un film imaginaire à la place, d'où l'enregistrement de "Stormhorse".
Comment travaillez-vous sur un disque de la série Optical Music Score comme "A Page of Madness" ? S'agit-il d'un travail de commande, ou regardez-vous beaucoup de films muets au point de choisir ceux dont vous avez envie d'écrire la musique? Klive : "A Page of Madness" a eu des débuts un peu difficiles. Nous recherchions un nouveau film sur lequel travailler, et nous nous sommes rendus au BFI (British Film Institute) de Londres afin d'y effectuer un visionnage privé des films disponibles. Nous avions déjà lu beaucoup de choses à propos de "A Page of Madness", et après avoir vu le film sur un Steinbeck dans une pièce minuscule dans les profondeurs du bâtiment, nous avons immédiatement décidé que ce serait notre prochain film. Nous n'avons pas attendu de recevoir une commande, nous avons foncé avec ce projet à notre propre compte. Quels sont vos objectifs avec ce genre de projet ? Nigel : Notre but est assez simple, puisqu'il s'agit de réinterpréter la musique du film à notre façon, et d'ainsi créer une nouvelle combinaison avec le film, qui pourrait attirer un nouveau public. Les films sur lesquels vous avez travaillé jusqu'ici avaient-ils déjà une bande-son originale dont vous avez pu vous inspirer pour écrire la vôtre ? Klive : Lorsque nous travaillons sur un nouveau disque Optical Music Score, nous essayons de ne pas écouter d'autres bandes-son. Nous préférons nous concentrer sur le film lui-même en recherchant et en archivant tout ce que nous pouvons trouver à propos du tournage, des acteurs, du metteur en scène, etc.
"A Page of Madness" est le cinquième de la série. Savez-vous déjà lequel sera le suivant ? Nigel : Nous avons la liberté de choisir n'importe quel film, et nous sommes aussi ouverts à toute suggestion. Il y a beaucoup de films intéressants que nous avons vu ou dont nous avons entendu parler, comme par exemple "The Unknown" avec Lon Chaney, "The Passion of Joan of Arc", "Sunrise" et bien sûr "Metropolis".
Quel disque de la série Optical Music Score préférez-vous ? Klive : J'aime beaucoup celui que nous avons fait pour "Man With a Movie Camera". Le documentaire de Vertov possède cette qualité intemporelle et cette énergie qui plaisent énormément au public d'aujourd'hui. Nous avons eu la chance de pouvoir accompagner le film en Amérique du Sud et en Europe. C'est un film qui outrepasse les barrières du langage, et de manière similaire, notre musique y parvient aussi d'une certaine façon. Un jour, quelqu'un a dit que la musique d'In The Nursery reflétait la fascination qu'avait Vertov pour la technologie, tout en trouvant sa place dans la relation étroite entre l'electronica contemporaine et le cinéma.
Combien de temps cela a-t-il pris pour enregistrer cette bande originale? L'aviez-vous commencée à l'époque où vous travailliez sur "Praxis" ? Klive : Le processus d'écriture et d'enregistrement est variable selon le projet. Je me souviens qu'avec "A Page of Madness", nous avions commencé à composer lorsque sont apparus des problèmes de copyright et de propriété légale qu'il a fallu résoudre. Nous avons alors mis le projet en attente, et nous avons concentré toute notre énergie sur "Praxis" ainsi que sur la tournée européenne. C'est donc assez difficile de calculer combien de temps l'écriture de "A Page of Madness" nous a pris. L'écriture et l'enregistrement des autres bandes originales nous ont pris entre trois et quatre mois. À propos d'écriture, vous inspirez-vous des images du film que vous regardez inlassablement ? Nigel : Une fois que nous avons choisi le film, nous le regardons peut-être une fois ou deux pour repérer les scènes, et savoir en gros où chaque section musicale va commencer et s'arrêter. Ensuite, nous rassemblons une banque de sons spécifique qui va caractériser cette bande originale, puis nous commençons à écrire des nouveaux morceaux sans aucune référence directe au film.
Les films que vous choisissez sont à chaque fois assez obscurs. Seriez-vous tentés de travailler sur une grosse production hollywoodienne ? Klive : Je crois que tu pourrais qualifier d'obscur n'importe lequel des milliers de films muets. Tous ont été produits avant 1930, et ont été supplantés par les films "parlants". Les spectateurs ont tourné le dos aux films d'avant notre époque, et beaucoup de scénarios ont du être réécrits, après quoi les films muets ont vite été oubliés. Le terme "obscur" me semble mal approprié pour les décrire ; je préfèrerais les qualifier de "rares", voire de "révolutionnaires". Pouvoir composer une nouvelle musique pour ces films est à la fois un grand honneur et un challenge. Par ce travail, j'espère respecter l'esprit de ces tournages historiques, tout en les présentant à un nouveau public. Nous aimerions bien sûr travailler à nouveau sur un grand film classique contemporain. Les Pet Shop Boys ont récemment enregistré une toute nouvelle bande originale pour "Battleship Potemkin", le film muet de Sergei Eisenstein. Ils vont même la jouer live à Londres en septembre. Pensez-vous qu'ils ont entendu parler du travail que vous faites avec vos Optical Music Scores, et qu'ils s'en sont inspirés ? Nigel : Ce serait agréable de penser que d'autres artistes se sont intéressés à l'idée d'écrire de nouvelles bandes originales pour des films muets par le biais de nos travaux précédents. Mais en réalité, je pense qu'ils voient simplement l'attrait que représentent les images en tant que stimulus à la composition. Bien entendu, ça m'intéresse de voir ce qu'ils vont en faire. Nous avons parfois l'impression que vous avez l'un et l'autre été des étudiants en cinéma. Est-ce effectivement le cas ? Klive : Je suis allé à une école d'Art à Sheffield, et une partie des cours était axée sur l'Histoire de l'Art et la critique de films. L'école avait son propre petit cinéma, et je me souviens d'y avoir vu des classiques tels que "Battleship Potemkin" et "The Cabinet of Dr. Caligari". Ça m'a clairement donné le goût pour la recherche concernant le travail des metteurs en scène et réalisateurs. À l'époque, Sheffield avait la chance d'avoir un cinéma indépendant qui s'appelait "The Anvil", et qui a malheureusement disparu aujourd'hui. J'avais eu l'opportunité d'y voir une multitude de films d'art et d'essai rares, tels que les premiers travaux de Jean Cocteau.
Vous revenez d'Australie et de Nouvelle-Zélande où vous avez joué la musique de "A Page of Madness" pour accompagner la présentation du film lors de festivals. Y a-t-il des dates prévues en Europe ? Klive : C'est exact, nous venons de jouer dans plusieurs festivals de films internationaux à Perth, Melbourne, Auckland et Wellington. Nous avons joué la bande originale live en entier, en utilisant la technologie moderne ainsi que des instruments classiques. Le public nous a accueillis très chaleureusement. Les gens étaient stupéfaits de voir cette œuvre remarquable dans l'histoire du cinéma, et ils ont aussi beaucoup apprécié la musique que nous avons composée. Nous planifions une tournée anglaise avec le film très bientôt, et nous espérons ensuite faire quelques dates en Europe, mais rien n'est encore définitif.
Vous avez aussi écrit des morceaux pour des publicités et des bandes annonces de films. Trouvez-vous plus facile d'écrire de la musique à partir d'un scénario ou à partir d'images ? Klive : L'écriture de musique est pour moi une expression d'idées, et le stimulus pour cela provient à la fois des images comme de l'imagination. Pour ma part, je peux compter sur les deux. Pour ce qui est des bandes annonces de films, la musique choisie est en général déjà enregistrée et disponible en CD. Et en ce qui concerne les publicités pour la TV, il faut commencer par se mettre d'accord sur un style qui va évoluer et se développer, en même temps que les images sont éditées, et que la post-production finale est ajoutée. Par exemple, pour la publicité de "Singapore Airlines", nous avons étroitement collaboré avec le réalisateur Vincent Ward, travaillant la musique de façon à ce qu'elle colle au mieux aux images et aux changements de scènes.
Avez-vous d'autres projets d'ici la fin de l'année ? Klive : En ce moment nous travaillons sur une nouvelle commande du BFI. Il s'agit de composer la musique pour une série de films du début du siècle dernier (1900-1907), qui ont pour sujet la vie dans le Nord de l'Angleterre à cette époque. Nous allons aussi visiter le Canada en octobre, afin de jouer la musique que nous avons composée pour le film "The Cabinet of Dr. Caligari" au festival New Forms de Vancouver. |  |  |  | | |  | |
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