
 |  | The Powder Blind Dream [Darla/LTM]
Lorsqu’un groupe se reforme après vingt années de silence radio, c’est toujours une grande surprise. La surprise vire souvent à la déception, parfois à l’enthousiasme. Dans le cas de Crispy Ambulance, groupe estampillé label qualité "Factory", proche de Joy Division et des ambiances froides de Manchester, l’album du retour, "Scissorgun", second album studio de leur carrière, était sans conteste une réussite totale. Mais on pouvait s’attendre à ce qu’il n’ait pas de suite, le groupe n’ayant pondu ce deuxième disque que pour passer haut la main la crise de la quarantaine ; ou bien encore craindre qu’un nouvel album, réalisé dans des délais "normaux" sans les vingt années de frustrations musicales qui avaient conduit à la sortie du précédent, soit un ratage total sans la moindre inspiration. Les quatre vieux post-punks de Crispy Ambulance nous prouvent aujourd’hui, avec ce superbe "The Powder Blind Dream" qu’ils ont conservé, intact, ce talent fou, cette originalité sans faille qui a fait d’eux un groupe culte. Le mythe est mort car le groupe renaît de ses cendres, et même s’il ne fait plus la une des journaux, les temps étant à d’autres tendances musicales, leur musique reste le véhicule privilégié de sensations fortes, mêlant à la fois colère, cynisme, froideur et tristesse. Alan Hempsall chante comme un possédé, sur un fond de guitares omniprésentes, cotonneuses et quasi psychédéliques (on pense à Dr Phibes & the House of Wax Equations) mais tranchantes comme de la glace. La basse, typique du genre, chante tout du long sans en céder à la guitare, quant à la batterie elle enfonce un peu plus le clou, rythmique monolithique et dansante tout à la fois. Le synthétiseur réapparaît un peu, et retrouve ses sonorités perdues depuis tant d’années, loin de la techno, réservées ici à de petites touches surréalistes ou angoissantes. On sera épaté par les délires "brésiliens" de Triphammer, on voyagera dans le temps parmi les fantômes de la froide Manchester avec Four Line Whip ou Lucifer Rising, on frôlera le désespoir avec Bad Self ou on flottera dans le néant existentialiste de Chimera, mais on ne pourra rester indifférent à ces petits morceaux d’émotions brutes sorties des zones inexplorées de nos cerveaux, quelque part entre rêve et cauchemar. Au sortir de cet album, la seule question qui vient à l’esprit est : "mais comment a-t-on bien pu vivre vingt ans sans ce groupe-là ?"
Frédéric Thébault |
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