DAT Politics
Mad Kit
[Cos Records]
Alors qu'en 2008 tout le monde se pâmait (à raison) sur l'album des Canadiens de Crystal Castles, les Français de DAT Politics, outre ronger leur frein, auraient certainement pu se défouler en intentant un procès pour plagiat aux contrefacteurs éhontés. Mais c'est à l'enregistrement de leur nouvel album, "Mad Kit", le successeur à "Are Oui Phony??", paru en 2006, qu'ils ont préféré se consacrer. Parce que plagiat il y a bien eu. Non pas que les éléments qui constituent la musique de DAT Politics, si on les isole, leur appartiennent, mais lorsque l'on réunit d'une façon aussi caractéristique énergie, voix saturée, sonorités de Gameboy et autres 8 bits, ainsi qu'apparente folie brute et enfantine, c'est bien aux Lillois que l'on doit avoir affaire. Avec "Mad Kit", les composantes répondent bien entendu toutes présentes. Et le grain de folie, s'il est toujours là, est peut-être pour la première fois mis légèrement en retrait. Cela donne à l'album un ton plus mature et un brin (mais juste un brin) moins déjanté qu'il l'était encore avec "Are Oui Phony??" et "Wow Twist". Un album pour autant exceptionnel, à la production audacieuse, qui réussira sans aucune difficulté le pari de plaire au plus grand nombre tant le groupe ne renie rien de ses sonorités étourdissantes et futuro vintage qui exciteront comme jamais la madeleine de plus d'un d'entre nous.
Christophe Labussière


Franz Ferdinand
Tonight: Franz Ferdinand
[Domino Records]
Ils auront mis du temps pour accoucher de leur troisième album, mais il est à la hauteur des attentes. Du Franz Ferdinand de très bon niveau, avec tout ce qui a fait leur charme depuis le début : de bonnes mélodies et juste ce qu'il faut d'énergie et d'originalité pour plaire autant aux bobos amateurs de Camille et Carla Bruni qu'aux rockeurs plus alternatifs fans des Hives ou d'Interpol. Franz Ferdinand est un groupe fédérateur, talentueux, dont la carrière vient nettement de prendre sa vitesse de croisière, après l'élan des deux premiers albums. Ils seront encore là dans dix ans, auront une discographie conséquente et feront figure de vétérans aptes à remplir des stades... Car voilà tout le problème de Franz Ferdinand : ils sont gentils, trop gentils. Ce sont de braves gars à la musique pas dérangeante, ils font bien leur boulot, albums impeccables, clips rigolos, tout le monde les aime, mais il manque quand même au fond de tout ça un petit quelque chose : une phrase politique de trop, un cliché la seringue au bras, une bagarre qui tourne mal ou un "pris sur le fait derrière un buisson avec un autre homme", quelque chose qui défraye un peu la chronique quoi ! Franz Ferdinand n'est pas loin de ce que furent Blur, par exemple, ou Oasis, qui savaient comment, de temps à autre, rappeler qui ils étaient et tendre un doigt devant la caméra, jouant sur le fil du rasoir pour devenir cultes sans jamais risquer la chute dans le précipice. Mais ne boudons pas notre plaisir, Franz Ferdinand a encore pondu un très bon disque, que l'on écoutera avec grand plaisir, mais pas plus que celui que procure une Barbapapa, dont le goût disparaît au fur et à mesure qu'on la consomme, mais qui reste, toujours, un vrai plaisir à déguster.
Frédéric Thébault


Gang Gang Dance
Saint Dymphna
[The Social Registry/Warp]
Rares furent les occasions, depuis Balkan Beat Boxet son mix énergisant et inspiré, de croiser la route de groupes affichant le même esprit libre et hors-norme, et générant un résultat probant. C'est aujourd'hui chose faite avec Gang Gang Dance, dépaysant à souhait et engendrant une fusion des genres détonnante. On ne sait d'ailleurs comment qualifier son univers, tant celui-ci échappe à toute catégorie connue. La base est électro, mais à celle-ci vient se greffer une somme d'éléments disparates, orientaux (Blue Nile, House Jam), virant parfois vers l'hommage à My Bloody Valentine (Vacuum qui ressemble curieusement, par son motif de guitare, au Only Said des Irlandais), tantôt psyché (Afoot), nés au départ d'expérimentations improbables mais dont le rendu dépasse les espérances. C'est aussi à Björk que l'on pense sur un morceau comme Desert Storm, jazzy-électro sur percussions en cascade, tandis que First Communion constitue le parfait trait d'union entre plages rock et touches dansantes bien dosées. Des essais multiples ne viennent jamais nuire à la cohérence du disque ou en altérer la qualité, au contraire, la cohabitation se fait sans dommage et l'on sent que les Américains maîtrisent l'art du collage stylistique. Ils se permettent même un écart hip-hop réussi sur Princes, preuve que toutes les audaces leur sont permises et que, quel soit le chemin emprunté, la recette appliquée nous comble entièrement. À l'image de cet album en forme de trip sonore ultime, qui certes demande un effort d'adaptation vu son côté atypique, mais constitue une sacrée découverte et offre un moment de bonheur musical complètement addictif.
William Dumont


Mark Kozelek
The Finally LP
[Caldo Verde Records]
Mark Kozelek
The Nights LP
[Caldo Verde Records]
Mark Kozelek n'est pas un songwriter spécialement prolifique, mais il reste un chanteur amoureux des chansons que recèle sa collection de disques personnelle, fussent-elles écrites par d'autres. Et c'est ainsi que, non content d'avoir sorti le troisième album de Sun Kil Moon en avril 2007, le chanteur de feu Red House Painters offre à ses nombreux fans deux LPs. "The Finally LP", tout d'abord, collection de dix chansons écrites par, entre autres, Will Oldham, Low, Bob Mould ou encore Stephen Sondheim. L'exercice n'est pas nouveau pour cet habitué des réinterprétations dont on retient la fantastique version du Shock Me de Kiss en 1994 par les Red House Painters. Cet album regroupe neuf reprises ainsi qu'un titre original, chantés en toute simplicité, accompagnés de sa seule guitare et sans artifice. Un moment d'intimité et d'intensité émotionnelle rares, que l'Américain sait magnifier comme personne. "The Nights LP", ensuite, compilation de douze versions rares et titres live enregistrés entre 1996 et 2007, écrits pour les Red House Painters ou Sun Kil Moon, joués lors de tournées en solo, sur scène ou à la radio. Une fois encore, le chanteur inimitable privilégie les ambiances feutrées de l'acoustique plutôt que la hargne des guitares électriques qui peuvent parfois ruiner une chanson de l‘un de ses groupes. Avec ce disque, Mark Kozelek consolide un répertoire qu'il a patiemment élevé au rang d'intouchable par d'autres que lui, ne reniant rien, et réussit aujourd'hui encore à faire frissonner l'auditeur sur une version de Drop enregistrée en 2007. Si Mark Kozelek peut se permettre de reprendre en toute liberté les chansons de qui il veut, piochant dans des registres insoupçonnables, curieusement, personne ne s'est encore jamais risqué à reprendre les siennes.
Bertrand Hamonou


Stuck In The Sound
Shoegazing Kids
[It's Records/Discograph]
En plein revival shoegaze, les Français de Stuck In The Sound ont décidé de ne pas s'encombrer de métaphores pour, eux aussi, rendre hommage à ce genre musical qui a bercé l'adolescence de beaucoup d'entre nous. Ce deuxième album, enregistré en France, mais produit aux États-Unis, fait donc comme son nom l'indique la part belle aux guitares rageuses, et... et finalement, c'est tout ! Pas de chant lointain et monotone, pas de mélodies abstraites et répétitives, le son de Stuck In The Sound fait plutôt dans l'emphase avec un rock mélodique, tendu, nerveux et un chant aigu et souvent un peu poussif. Si certains morceaux fonctionnent individuellement très bien (Teen Tale, le single Shoot Shoot, le final I Love You Dark), sur la longueur, l'ensemble a tendance à agacer (ou à fatiguer, au choix) et la reddition devient vite tentante pour l'auditeur. Au final, on se souvient que c'est exactement ce que l'on avait ressenti à l'écoute de leur premier disque, "Nevermind the Living Dead", l'effet de (bonne) surprise en moins.
Renaud Martin


UNKLE
End Titles... Redux
[Surrender All]
UNKLE est sans conteste aujourd'hui l'un des combos les plus brillants et des plus inspirés de sa génération. Après être passés maîtres dans l'art du remix, après avoir montré l'étendue de leur talent et de leur culture musicale, pouvant sortir sans faute de goût tour à tour des albums aux ambiances de musique de film, trip-hop, électro ou franchement rock, voici que la quatrième mouture d'UNKLE (James Lavelle et son nouvel acolyte Pablo Clements) se lance dans l'exercice de style néo-classique avec "End Titles... Redux". Le duo propose une relecture de leur récent "End Titles... Stories For Film" avec des arrangements à cordes. Et c'est évidemment un carton plein, une réussite exemplaire que l'on écoute d'une traite à la suite du magnifique "End Titles... Stories For Film", comme deux faces d'un même disque aussi fourni que riche, et d'une cohérence hallucinante. Aucune barrière ne semble s'élever devant la puissance créatrice des Anglais, qu'on en arrive presque à s'imaginer pouvoir ne plus écouter qu'UNKLE, exclusivement ! La confidentialité a cependant toujours occupé une place de choix dans la démarche de James Lavelle, tout au long d'une carrière qui a pourtant dépassé ses objectifs depuis bien longtemps. Et c'est certainement elle qui est à l'origine du pressage limité à 3000 CDs, disponible uniquement sur le site du groupe. Heureusement pour nous, à l'heure du tout internet, pressage ridicule ne signifie désormais plus enregistrements inaccessibles.
Bertrand Hamonou
Express
Saluons d'entrée la très bonne initiative du label français Alone Prod. qui, comme en écho à la récente tournée de Christian Death 1314, sort la compilation Only Theatre of Pain Tribute [Alone Prod.]. Toutes les chansons du mythique premier opus de Rozz Williams (ainsi que du EP "Deathwish") sont ainsi reprises dans l'ordre par Jacquy Bitch, AinSophAur, No Tears, Deadchovsky, Excès Nocturne, Rosa Crux, De Volanges, Noctule Sorix, Violet Stigmata ou même Skeletal Family. Le résultat : au lieu de jouer la carte de l'hommage servile, chacun a choisi de personnaliser et transfigurer le morceau qu'il s'est approprié. C'est ce qui fait tout l'intérêt de ce CD, qui conserve en même temps une grande homogénéité. Cleopatra devrait en prendre de la graine !
Restons dans la scène dark française avec le nouvel EP de Trouble Fait, Sub Lumina Prima [Rumors It Way]. Six titres variés, qui vont du post-punk au rock celtique en passant par la cold-wave, avec des textes en anglais, en allemand, en espagnol ou en latin ! Toutefois, le groupe ne convainc vraiment que lorsqu'il explore les sonorités froides des années 80, car quand il s'aventure sur des territoires plus "exotiques", le résultat est plus mitigé. L'ensemble reste attachant malgré tout, surtout dans sa première moitié.
Dans un tout autre registre, Jérôme Soudan revient cette fois sous l'appellation Mimetic X, pour One More Than Nine [Les Arts Minis/Ant Zen]. Plus qu'il simple album, il s'agit là d'un projet pluridisciplinaire associant deux MCD et un livre de 160 pages. Niveau musical, les deux disques ont en fait été uniquement composés à base de samples des précédentes productions de Mimetic –proposant ainsi un passionnant condensé de son univers sonore, entre ambient cinématique, electronica expérimentale et indus rythmique. Quant au livre, il réunit plus de 700 photos magnifiques et une foule de textes en français, allemand ou anglais, signés par Jérôme Soudan ou diverses personnalités-clefs de la scène underground européenne (Franz Treichler, Phil Von, Paul Kendall, Kasper T. Toeplitz, Luc Van Acker). Une œuvre totale, extrêmement personnelle (voire introspective) et captivante.
Du côté de la scène pop hexagonale autoproduite, il y a également de bien belles choses à découvrir, comme le prouve la compilation de l'association Caravan : Mixtape Vol.1 [Caravan]. On y croise une belle série d'artistes autoproduits au talent indéniable, dont on ne comprend pas qu'ils ne soient pas déjà signés ! On citera en vrac, derrière le toujours aussi impeccable Kuta (qu'on ne présente plus), les séduisants Sabotage 79, Rain, Hannah, In Extenso, Urban Sailor, Hot Flowers, Untel, Dolores, Thomas Bel ou Dead Pen Scenario... Chanson, noisy pop, folk, post-rock : il y en a pour tous les goûts, mais toujours dans la finesse. Un vrai vivier de découvertes.
Un petit coup de rock'n'roll garage "à la française" pour finir, avec le Positively Negative de Magnetix [Born Bad]. Entre des Kills décomplexés et un Jon Spencer chirurgical, ce duo primitif pratique un rock cru et entêtant qui n'a rien à envier aux morceaux les plus bruts des White Stripes ou des Cramps. Un disque saturé, inventif et excentrique, qui nous ramone les tympans avec délectation. Ça donnerait presque envie de se laisser pousser les rouflaquettes !
Christophe Lorentz
Express
Le label français Jarring Effects à qui nous devons récemment les excellentes disques d'Uzul Prod et Broadway continue de faire parler de lui au rythme de sorties de qualité. Tout d'abord Professor Psygrooves, qui délivre avec son premier LP Foreign Pulses & Borderline Dubs [Jarring Effects] un véritable manifeste dont le titre, suffisamment éloquent, rassemble avec brio le jazz, l'electro downtempo et le dub. Rien ne semble résister à Romain Sygroves, la tête pensante de ce collectif de studio, dont la musique née autour d'improvisations pourrait bien réconcilier des auditeurs venus d'horizons si différents qu'ils n'auraient jamais cru pouvoir posséder un disque commun.
Détour par Barcelone avec Filastine et son second album, Dirty Bombs [Jarring Effects], véritable kaléidoscope sonore et multiculturel où se croisent un MC aborigène Australien, une chanteuse gitane ou encore un chanteur hip-hop Japonais. De ce melting pop musical, chacun retiendra les rythmes télescopés, l'urgence électro, les flows des différents intervenants ainsi que les samples world hyper réalistes qui jonchent ces dix-sept titres inhabituellement courts pour ce genre de production.
Revenons en France avec la sortie du sixième album des Nantais Idem, le bien nommé The Sixth Aspiration Museum Overview [Jarring Effects]. Où la puissance d'un (post)rock à guitare depuis bien longtemps maîtrisé s'associe à une électronique infaillible, au service de compositions abouti et que l'on sent véritablement écrites pour la scène. Depuis Up To Good jusqu'au final de Extrod Erty, chaque morceau est de la trempe des titres qui hypnotisent en concert, avec une construction si organique que chaque note vient s'empiler sur un canevas qui finit, trop lourd, par céder dans un déluge de guitares.
Du côté de la synthpop de premier choix et de qualité, le duo allemand Seabound publie ces jours-ci When Black Beats Blue (Rarities) [Metropolis], une collection de remix inédits qui balaye toute leur carrière, piochant au gré de leurs trois albums. Et une fois de plus, la classe est au rendez-vous : méprisant les remixes faciles, hypnotiques, bon marché et insipides, le duo le plus chic de l'électro-pop allemande a réuni douze versions qui subliment leurs mélodies et respectent leur marque de fabrique. Pas de déception à la clé, donc, puisque cette compilation est certainement l'une des meilleures qui soit.
Bertrand Hamonou