The Raveonettes
In and Out of Control
[Vice Records]
Pour faire suite à son album précédent, un "Lust, Lust, Lust" étincelant, The Raveonettes, duo composé de Sharin Foo et Sune Rose Wagner, livre un nouvel opus résolument plus pop, qui met en valeur ses superbes mélodies et la voix enjôleuse de Sharin. Et si la tonalité de l'ensemble paraît ici plus apaisée que par le passé, le tout ne perd aucunement en qualité, ce que démontrent un Bang "maison" en ouverture, Gone Forever ou encore, plus loin, Last Dance et ses choeurs attrayants, épuré et porteur de jolies sonorités. Les élans noisy qui caractérisaient les précédentes productions sont aujourd'hui moins en évidence, laissant la délicatesse pop dont le groupe a le secret prendre le pas et mener la danse, comme sur Boys Who Rape (Should All be Destroyed). Un éclat qui fait qu'au final, chaque titre de cet opus s'avère individuellement digne du plus grand intérêt, même lorsque le groupe opte pour un tempo plus lent comme sur Oh, I Buried You Today, parfaitement contrebalancé l'instant d'après par un Suicide plus enlevé. The Raveonettes chante ici des choses graves, mais avec légèreté, sans toutefois complètement abandonner ses penchants bruitistes, l'excellent Break Up Girls! attestant de cela. Ailleurs, des titres tels que D.R.U.G.S, doté de touches électro bien distillées, ou Breaking Into Cars, adroitement tempéré et orné de motifs sonores chatoyants, permettent à la formation danoise de signer un retour de toute beauté, aussi abouti que pouvaient l'être, dans ce style plus délié, le premier album "Pretty In Black" paru en 1995 et sa cohorte de chansons sucrées.
William Dumont


Babel 17
The Ice Wall
[Infrastition]
Groupe français d'obédience cold-wave actif dans les années 80, puis au début des années 90, Babel 17 effectue un superbe retour avec ce nouvel album flamboyant. Celui-ci conjugue en effet avec adresse les sonorités typiques de la formation avec un son actuel, froid et teinté de ces climats issus d'une scène... cold justement, dont l'excellent label Infrastition se veut le parfait représentant. Sur une trame remuante aux intonations qui savent être en certaines occasions très 80's, dotée de sons synthétiques dont la cohabitation avec les élans plus organiques de Babel 17 fonctionne à merveille, ce nouvel album nous dévoile des "vétérans" constamment inspirés, au meilleur de leur forme. À l'image de Trisomie 21 sur son superbe "Black Label", les Essoniens jonchent leur rock obscur de touches d'espoir dont la mise en son génère de superbes vignettes sonores. Cela donne des morceaux aux airs de standards du genre, tel We Stand Alone ou, dans un registre plus délibérément cold, Odin's Hour, ou encore, dans un domaine électro très "spatial", Unknown Pleasures et ses voix presque robotiques. C'est cependant l'album dans son intégralité qu'il convient de mettre en avant, de It Seems So Easy, subtil, aux guitares captivantes, à December, synthétique, mais doté de guitares à la Durutti Column, presque enjouées, qui ferme la marche avec brio, en passant par des envolées post-punk réjouissantes comme So Hard To Live... Ce "The Ice Wall" justifierait d'ailleurs que l'on s'attarde sur chacune de ses chansons et pourrait bien, et à juste titre, venir enrichir et valoriser une scène encore peu fournie en groupes de ce genre et d'un tel intérêt.
William Dumont


Punish Yourself
Pink Panther Party
[Season Of Mist]
Prêt à vous prendre une salade de phalanges dans le conduit auditif ? Les cyber-punks nihilistes toulousains de Punish Yourself sont de retour avec un nouvel album, explosif et déjanté, "Pink Panther Party", qui vous disséquera "façon puzzle" ! Azimutant tous codes et références (Jesus, J.G Ballard, Vladimir Putin, en passant par Shiva ou Carl Orff), ce carnaval de l'absurde et de l'utopie couve une rage musicale puissamment orchestrée. Une somptueuse introduction orientée dark-ambient faussement paisible sert d'apéritif avant le cocktail (Molotov) que constitue le titre Shiva Only is God. Toute l'artillerie lourde est là : riffs de guitares assassins, jeux de batterie endiablés, chant punkoïde scandé, avec, en arrière-plan, de solides textures électroniques et bidouilles industrielles en tout genre ; autant d'éléments qui font le charme de ces hymnes cyberpunks épicés et de haute volée. Un son brut, incisif, très "live", occupe le devant de la scène, cependant, et c'est là une nouveauté, le violon électrique fait son apparition sur certains titres comme le splendide Zmeya, contre-balançant l'agression de ces terroristes sonores. En filigrane, des samples orchestraux symphoniques apportent des ambiances arabisantes magistrales comme sur Deadmeatpetroleum ou l'épatant et furieux This is my Body, This is My Gasoline. Onze ans maintenant après leurs débuts, les Punish Yourself n'ont clairement plus rien à envier à des géants comme Cubanate, Ministry, Nine Inch Nails ou Foetus. Alors, entrez sans hésiter dans la cabale nihiliste supersonique de "Pink Panther Party" ; vous n'en sortirez pas indemne, comme broyé sur un ring entre Godzilla et Hulk.
Jean-Marc Chabrerie


Robin Guthrie
Carousel
[Rocket Girl]
GusGus
24/7
[Kompakt]
La carrière solo de Robin Guthrie a toujours été injustement ignorée. Le guitariste des regrettés Cocteau Twins n'a pourtant pas chômé depuis la fin annoncée de son groupe en 1996. Si certains pensent qu'il fait aujourd'hui figure de revenant avec "Carousel", ils font bien évidemment fausse route. L'Écossais a, depuis 1999, offert son jeu de guitare inimitable à nombre de ses contemporains pour des collaborations plus ou moins heureuses : Siobhan de Maré et ses deux LPs de Violet Indiana qui n'ont jamais réussi à être suffisamment intéressants, John Foxx pour un "Mirror Ball" grave et tendu, Harold Budd pour la bande originale du film "Mysterious Skin" et un double album en 2007. Et ce "Carousel" en toute liberté fait suite aux efforts solos vaguement ambient que sont "Imperial" (2004) et "Continental" (2006). Mais attention, cette fois ce Cocteau Twins instrumental est tout simplement bluffant : il se place facilement comme son meilleur disque depuis 1996, on jurerait d'ailleurs entendre la basse de Simon Raymonde sur Sparkle. Guitariste prolifique, Robin publie simultanément deux EP du même acabit "Angel Falls" et "Songs to Help My Children Sleep", histoire de se remémorer la grande époque où les Cocteau Twins alignaient EPs et LPs sans se soucier des calendriers de 4AD.
Hasard du calendrier, justement, c'est aussi le moment qu'ont choisi les trois rescapés de GusGus (autre ancienne gloire du label) pour sortir un mini album six titres de musique électronique en apparence formatée pour les pistes de danse. Loin d'être une collection de versions longues comme le fameux "GusGus vs T-World" paru en 2000, "24/7" est un album énergique et frais, tout comme le chant incroyablement juste et chargé d'adrénaline de Daníel Ágúst. Ce disque s'impose comme un must inévitable après les années de silence et d'errance des membres du fameux groupe islandais qui fit tellement parler de lui au milieu des années 90, avant de retomber dans l'oubli malgré les deux albums "Attention" (2002) et "Forever" (2007).
Bertrand Hamonou
Express
Le label américain Tympanik Audio n'a décidemment pas l'intention de nous laisser souffler : ses productions sortent en rafales mensuelles de deux, trois, voire quatre disques. Deux d'entre eux ont retenu notre attention : tout d'abord le cinquième album d'Autoclav1.1, Where Once Were Exit Wounds. Tony Young y distille des titres étonnants et presque sensuels, quelque part à la croisée des chemins de la mélancolie d'In The Nursery et d'une robotique électro décomplexée, bien plus attirée par la lumière que par les ténèbres. Des ténèbres que colore Access to Arasaka, l'une des dernières signatures du label, et aussi l'une des plus passionnantes. Difficile de croire qu'il aura fallu attendre si longtemps (quatre ans) pour qu'un label de qualité s'intéresse sérieusement au projet de cet Américain surdoué de l'IDM qui a déjà publié une poignée d'EPs d'exception par l'intermédiaire de son propre site ainsi qu'un premier album sur le net label danois Illphabetik. Ceux qui regrettent que Gridlock aient fini par jeter l'éponge en 2003 se rueront sur ce formidable Oppidan, œuvre extrêmement mature et d'une pureté électronique éblouissante.

Eblouissant aussi, et dans un tout autre registre, l'album My Way [Polydor] de Ian Brown, qui réussit sur douze titre à enchaîner perle pop sur perle pop, non sans fierté toute méritée. Avec sa voix unique et son phrasé inimitable, le Mancunien rattrape avec brio la fausse route prise il y a deux ans avec "The World is Yours". Exit les constructions quasi R'n'B, exit le trop plein d'orchestrations, il reprend le volant sur le très bien nommé "My Way" pour affirmer que cette année ne sera pas seulement celle de la réédition (à l'occasion de son vingtième anniversaire) luxueuse et finalement anecdotique du premier album des Stone Roses.

À peine les anthologies de Complot Bronswick étaient-elles sorties cet été qu'Infrastition et Optical Sound s'associaient pour publier un disque inattendu : Rouge Rêve, le nouvel album de Complot. Packaging élégant (livret A5 de vingt-cinq pages), compositions plus rock qu'à l'accoutumée, "Rouge Rêve" est aussi le disque le plus conceptuel du combo qui, en dehors de publier enfin les titres écrits à la fin des 90 pour "Iceman" (la pièce d'Eugène O'Neill), réinterprète certains de ses morceaux de 1995 (Wake Up, Petit Soldat). Le groupe, qui jouait à la Locomotive à Paris en avril dernier, nous propose finalement une mise en bouche moins convaincante qu'on l'aurait cependant espéré ; ses nouvelles compositions aurait demandé peut-être plus de maturité que prévu.
Toujours chez Optical Sound vient de sortir Entre3villes, le second album de 2Kilos&More, où le duo Hugues Villette et Séverine Krouch cultive ce son unique et mélancolique, minimaliste et ambient, oscillant parfois vers un lent rock instrumental un peu dérangé que l'on avait déjà beaucoup apprécié sur "8Floors Lower", paru il y a deux ans.
Bertrand Hamonou