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|  | | On adore Nick Cave lorsqu'il est convulsif, tendu, tourmenté, exubérant et sur les nerfs. On l'apprécie moins (ou moins longtemps) lorsqu'il est crooner, alangui ou intimiste. On aime par conséquent beaucoup plus Grinderman que les Bad Seeds de "Let Love In" ou "Dig!! Lazarus!! Dig!!". Parce qu'avec Grinderman, Nick et ses acolytes (Martyn Casey, Warren Ellis et Jim Sclavunos) s'offrent une véritable cure de jouvence sonique, à coups de compositions fiévreuses, nerveuses, électriques et dépouillées, comme on n'en avait quasiment plus entendu de leur part depuis "Henry's Dream". Le premier album éponyme de Grinderman, sorti en 2007, avait déjà soulagé les fans de la première heure en ressuscitant les mélodies décharnées et les ambiances chaotiques de l'époque Birthday Party. Ce second volet s'inscrit dans la même veine, tout en poussant les choses encore plus loin. Pas forcément au niveau de la violence des titres (ce deuxième album est même globalement un peu moins "criard" que son prédécesseur), mais plutôt dans les structures, qui s'avèrent nettement plus ambitieuses et sophistiquées que précédemment. Une sophistication dans le fond plutôt que dans la forme, car si les morceaux sont plus longs et tortueux, et les mélodies plus audacieuses, le son n'en reste pas moins cru et abrasif comme il faut. On ne peut donc que saluer ce regain d'inspiration et de hargne de la part d'un artiste qui nous avait relativement déçu entre 1997 et 2006, mais qui depuis ne cesse de nous surprendre et de nous enthousiasmer –tant avec ses Bad Seeds qu'avec Grinderman. Pourvu que ça dure ! |  | | Christophe Lorentz |  |
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|  | | Hexagonal | |
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|  | | Les plus impatients trouveront peut-être le nouvel album de Celluloide difficile d'accès. On imagine en effet que le réaliser aura été compliqué pour le groupe, l'exercice du français n'étant, on le sait, pas des plus aisés, d'autant moins dans le domaine "synth pop". Difficile aussi pour l'auditeur, obligé dans un premier temps d'observer, de jauger, ces dix chansons sous ce nouvel angle qui donne aux compositions de Celluloide une profondeur plus qu'intéressante. D'autant plus que les mélodies sont cette fois-ci plus matures, bien moins easy listening que ce à quoi nous étions jusque-là habitués. Pas l'ombre d'un Seven and Forever, ou encore d'un Synchronise. Mais qu'il n'y ait pas de méprise : le fait d'avoir positionné la barre un cran plus haut que par le passé leur permet de s'extraire (et nous avec) de la monotonie dans laquelle ils risquaient de s'installer, offrant ainsi un résultat au final plus qualitatif que jamais. À contre temps, Imprévisible ou encore Le Goût du poison, autant de morceaux tout simplement étonnants ; dans leur construction, leur subtilité et surtout cette capacité à rendre attachant des titres à l'ambiance au départ presque obtuse. Les chansons s'enchaînent et l'on assiste à une sorte de surenchère tant la qualité est au rendez-vous. Plus proche aujourd'hui d'un concept comme Stereolab ou Ladytron que de celui d'autres projets plus "futiles" auxquels on pouvait être tentés de l'associer jusque-là, le groupe surprend vraiment, intégrant, s'appropriant les contraintes suscitées pour au final offrir une véritable série de pépites d'une grande intelligence. |  | | Christophe Labussière |  |
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|  | | No Land Called Home | |
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|  | | La musique de Subheim s'est sacrément étoffée depuis le précédent album, "Approach" (2008). Elle a aussi et surtout amorcé un virage acoustique flagrant. En effet, alors que "Approach" était un disque d'obédience électronique sur laquelle étaient brodées quelques timides incursions acoustiques, "No Land Called Home" sonne à l'inverse majoritairement acoustique. Mais ce n'est pas tout, car "No Land Called Home" est également bien plus vocal, plus lyrique. Les voix, mixtes et solennelles, sont désormais au coeur des chansons, et non plus relégué au statut de sample... un statut toujours considéré comme un peu bâtard sur un disque dès lors qu'il s'agit du chant. Et le résultat est là, obsédant : on pense aux bandes originales de films confiées à Lisa Gerrard (Conspiracies), à In The Nursery (December, Between Fear and Love) ou encore à This Morn' Omina (Dunes). Album classieux en dégradés de gris comme a su parfaitement le capter la superbe pochette, et, exception faite de l'insupportable The Veil trop forcé, voire carrément sur joué, l'on pense encore tout au long du disque à Black Tape for a Blue Girl, à This Mortal Coil, à une certaine "Heavenly Voices" de qualité que l'on ne rencontre plus aujourd'hui que trop rarement. |  | | Bertrand Hamonou |  |
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|  | | Barbed Wire Slides | |
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|  | | Sorti à l'origine en 1990, cet album expérimental d'un duo éphémère, mais aux productions, ou plutôt à LA production, marquante, s’est vu réédité par le label Infrastition, spécialiste hautement inspiré des "recyclages" d'albums de haute volée émanant de cette période. Lucie Dehli and Stephan Ink, puisqu'il s'agit d'eux, avaient en effet signé à l'amorce des 90's une oeuvre majeure, intrigante et répétitive, âpre mais passionnante, dès lors qu'on en a assimilé le contenu. Très sombre, minimaliste, exhalant parfois un dark-folk saisissant (avec ce troisième titre à l'appellation... russe, captivant), “Barbedwire Slides” est de ces disques qu'il serait injuste de passer sous silence et qui mêlent, avec audace et cohérence, une étrange beauté à des instants délibérément cold. Le rythme se veut presque inerte (Indolence chronique) et les climats se réitèrent jusqu'à l'obsession, créant chez l'auditeur une forme de dépendance vis-à-vis du contenu. La voix de Lucie, associée à des motifs synthétiques sobres sur Yto, crée un sentiment de malaise, presque de peur, tout comme sur Ceilings qui surprend par une trame plus "vive" que celle animant les titres précédents. La magie opère, et même les moments sans réel relief (Noisy Silence) s'avèrent prenants, les trames plus alertes, ou plutôt moins figées (Heures perdues) engendrant un effet similaire, plus poussé même, pour faire de cette oeuvre unique une pièce rare, précieuse, qu'on aimera pour son côté décalé et ouvertement expérimental. |  | | William Dumont |  |
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|  |  |  |  | |  | Cela faisait cinq ans que Yann Faussurier n'avait rien publié sous le patronyme Iszoloscope. Comme pour rattraper le temps perdu, ce sont deux EPs et un album d'électro-noise qu'il nous livre d'un seul coup en cette fin d'année. Celui qui jadis inspira Ad-Ver-Sary et incita Jairus Khan à composer ses propres morceaux nous revient plus inspiré que jamais, avec des titres écrits tout au long des quatre dernières années. Pour autant, ce triple pack est cohérent : l'électro industrielle sombre et sans concession du Canadien est aussi métallique sur Beyond Within [Ant-Zen] qu'elle est rugueuse sur Beyond Within and So On [Ant-Zen] et The Edge of Certainty [Ant-Zen]. Cette livraison 2010 est la plus conséquente pour Iszoloscope, et mérite tout naturellement un intérêt proportionnel au nombre de titres rassemblés sur les trois disques.
La musique de Mew est plus complexe qu'il n'y paraît. Pour commencer, les parties de batteries tambourinent comme celles de Nine Inch Nails (dont ils ont assuré la première partie en 2009) étaient jusqu'ici les seules à savoir le faire. Le registre est quant à lui bien différent : on pense ici aux Boo Radleys, à Phoenix, aux Pale Saints ; bref, de la pop à guitare un rien cérébrale et pour une fois, venue du Danemark. Ensuite, la construction elle-même des titres n'est pas banale : de fausses intros en vrais refrains, il faut un temps pour s'adapter à cette pop riche et jouissive, à fredonner sans retenue. The Zookeepers Boy, She Came Home for Christmas, 156 et tellement d'autres titres que le trio a su dompter et compiler dans cet Eggs Are Funny [Sony/Columbia] qui s'imposera comme une excellente entrée en matière pour ceux qui n'auront jamais entendu parler de ce groupe. Les autres patienteront jusqu'à la sortie de leur sixième album que l'on espère très prochaine.
C'est réduit à l'état de trio que The Legendary Pink Dots ont enregistré leur nouvel opus, Seconds Late for the Brighton Line [ROIR]. Amputés (débarrassés ?) de leur saxophoniste, le nouveau son made in Dots s'en retrouve légèrement plus électronique que sur les albums parus les années passées. Mais l'époque des disques qui comptent est révolue, tant "Seconds Late for the Brighton Line" renvoie directement aux compositions des précédents "The Whispering Wall", "Your Children Placate You from Premature Graves" et "Plutonium Blonde", le sax en moins, donc. Russian Roulette et Ascension (respectivement placés en ouverture et fermeture du disque) tirent néanmoins leur épingle du jeu parmi une série de titres globalement obsessionnels et dépressifs, parfois vraisemblablement composés sous anxiolytique (Someday). Que faire pour retrouver le charme et la grandeur des "Any Day Now" et autre "Shadow Weaver" ? Appeler un producteur à la rescousse ? Ou alors un médecin spécialiste ?
La constance est une vertu qui qualifie merveilleusement bien le travail de Tony Young. Peut-être un peu trop d'ailleurs, tant les albums, voire les morceaux d'Autoclav1.1 se ressemblent. Certains diront que de cette manière, la musique d'Autoclav1.1 est toujours impeccable et sans mauvaise surprise ; d'autres en revanche regretteront justement le manque de surprises. Pourtant, sur All Standing Room In The Goodnight Saloon [Tympanik Audio] apparaissent quelques éléments nouveaux comme ce chant emprunté à :Wumpscut: sur Conquer This Perception, ou encore la guitare sèche rythmique sur The In Road. Mais est-ce suffisant pour perturber la recette en béton qui fait la spécificité et le charme d'Autoclav1.1 depuis le précédent "Love No Longer Lives Here", sorti en 2008 ? Une recette qui tient grâce à l'équilibre stable entre un piano économe en notes relevé de nappes synthétiques, tous suspendus à une boîte à rythmes dont le compteur est bloqué sur 120 bpm. Lumineux mais pas trop, entraînant mais pas totalement, "All Standing Room In The Goodnight Saloon" prouve que l'on peut aussi danser lorsque l'on est triste. |  | | Bertrand Hamonou |  |
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