School of Seven Bells
Ghostory
[Ghostly International]
Pouvions-nous espérer meilleure suite à leur "Disconnect From Desire" que ce troisième album "Ghostory" luxuriant, lancé à cent à l’heure ? La réponse est bien évidemment non tant le nouveau disque des New-yorkais surpasse tout ce qu’ils ont déjà pu enregistrer à trois auparavant. Et c’est curieusement pourtant à deux que le groupe revient après le départ de Claudia Deheza, la sœur jumelle de Alejandra Deheza, sans pour autant perdre une once de créativité ni d’efficacité. Dans un monde fantasmé, "Ghostory" serait l’album que 4AD aurait signé les yeux fermés si le label anglais était aujourd’hui encore dirigé par Ivo Watts-Russel. Grâce à un chant féminin haut perché et une production pointilleuse où les guitares et l’électronique cohabitent comme s’il n’y avait jamais eu d’autre alternative, School of Seven Bells se fait d’un coup le chantre d’une certaine esthétique venue d’une époque où les guitares virevoltaient autour des apprentis sorciers qui en jouaient, des Cocteau Twins à Lush en passant par My Bloody Valentine, The Jesus and Mary Chain ou Curve. Avec ce petit quelque chose un rien rétro emprunté aux 80's et 90's, School of Seven Bells a su, à l’instar de M83 ou The Hundred in the Hands, tirer profit du legs du rock indépendant que nous suivons tous ici depuis plus de vingt ans, afin de l’inclure dans une musique outrageusement actuelle, revigorante et fraîche et dont on n’est pas prêt de se lasser.
Bertrand Hamonou


Light Asylum
In Tension
[Mexican Summer]
Originaire de Brooklyn, Light Asylum est un duo synthétique composé de l’impressionnante (à tous points de vue) chanteuse Shannon Funchess (que l’on a définie comme un mélange de Grace Jones et Ian Curtis) et de Bruno Coviello aux machines. Shannon vient de la scène punk de Seattle, Bruno a traîné dans les milieux techno, mais tous deux se sont rencontrés parce qu’ils aimaient... Clan of Xymox ! Après un premier EP autoproduit en 2010, et une série de concerts dans les clubs underground américains, le binôme a obtenu un deal avec le label Mexican Summer (Puro Instinct) et réédité son EP "In Tension", qui est désormais accessible sur tous les bons sites de vente. Et on ne saurait trop vous conseiller d’acquérir le CD de ce qui pourrait devenir le "next big thing" d’un revival électro 80’s qui n’en finit plus de nous réjouir. On pourrait ainsi risquer que sur les quatre morceaux (plus un remix) du disque, Light Asylum se présente comme un mix entre Soft Cell (pour le glamour vénéneux et le sens de la mélodie accrocheuse), Suicide (pour le minimalisme douloureusement répétitif et la puissance du chant) et Bloc Party (pour la modernité dansante et les références aux brumes cold wave). Après une entrée en matière pop-wave au charme rétro (A Certain Person), Knights and Week Ends durcit un peu le ton et évoque plus sérieusement le groupe d’Alan Vega. Mais ce sont réellement les deux titres suivants qui emportent l’adhésion : Dark Allies est un hymne sombre et obsédant pour les dancefloors gothiques, avec son intro faussement éthérée qui percute un rythme robotique imparable et un chant aussi épique que guttural. Le titre suivant, Skull Fuct, est du même niveau : après une attaque à la New Order, le chant de Shannon se situe quelque part entre Alan Vega et Kele Okereke, les sons de synthé sont entêtants, le rythme est hypnotique à souhait et la mélodie prend aux tripes. Une version plus charnue et percutante de A Certain Person clôt la galette, et alors qu’on reprend la lecture du début, on se dit que Light Asylum a trouvé la bonne combinaison entre intensité électro-indus et romantisme new-wave.
Christophe Lorentz


Mind.in.a.Box
Revelations
[Dreamweb Music]
Deux ans après "R.E.T.R.O", leur dernier album dédié aux sonorités des premiers jeux électroniques, le duo allemand de Mind.in.a.Box célèbre son détachement de Stefan Herwig et du label Dependent qui l'a porté depuis l'origine, avec un nouveau disque toujours aussi bien produit et qui ne déçoit pas. "Revelations" offre dix nouveaux morceaux ultra-futuristes, aux sons aussi variés qu'innovants, aux rythmes dynamiques, aux ambiances bien ancrées dans une science-fiction empreinte d'une humanité robotique. Le résultat est une techno-pop inclassable, originale, faussement déstructurée, dotée de mélodies accrocheuses, au service d'une bande-son urbaine, oppressante le plus souvent, mais pas totalement dénuée d'espoir. Ses détracteurs diront peut-être que la formule est usée depuis "Lost Alone", le premier album du groupe sorti en 2004 ou encore on entendra aussi sans doute que l'usage frénétique des vocoders finit par fatiguer même les oreilles des plus accoutumés aux sonorités electro, toujours est-il que le duo demeure bien au-dessus de la mêlée grâce à un souci du détail plus affirmé encore sur ce nouvel opus. Si la futurepop est encore un qualificatif utilisable avec sérieux, "Revelations" en est certainement la meilleure représentation depuis plusieurs mois.
Stéphane Colombet


Rodolphe Burger
This is a Velvet Underground Song that I'd Like to Sing
[Dernière Bande]
On sait Rodolphe Burger performant, inspiré et créatif, quelle que soit l'orientation voulue. En attestent ses concerts intenses, aussi ambitieux que ses sorties studio, habités et décalés. Ici, l'ex Kat Onoma reprend avec classe une bonne dizaine de chansons du Velvet Underground. Et si l'entreprise est de toute évidence osée et comporte une part de risque, le niveau élevé de l'opus en valide la pertinence et la qualité. Entre rock'n'roll bourru et un chant grave et racé, le Strasbourgeois rend un hommage de taille à ses idoles, réussissant la prouesse d'y garder sa personnalité, sa touche blues-rock décisive qui contribue grandement à l'intérêt, conséquent, de sa discographie. Libre dans le ton et dans l'esprit, il impose ses guitares subtiles ou rugissantes, constamment réjouissantes, et a le mérite de proposer des réinterprétations singulières, sans s'écarter outre mesure du registre originel. Il s'appuie aussi l'espace d'un titre sur une voix féminine au délicieux charme rétro, et réussit finalement là où nombre d'autres artistes auraient fauté faute d'inspiration.
William Dumont