| À la toute première écoute, cette nouvelle œuvre dense et luxuriante des Swans s’avère un poil décevante. La tournée précédant le disque et le double CD live qui en a découlé (vendu afin de payer les frais studio de ce "The Seer") étaient tellement puissants que l’on attendait un véritable chef-d’œuvre de noise rock industriel. À la deuxième : hormis quelques passages certes un peu plus faibles (notamment la mignonnette Song for a Warrior, country song chantée par Karen O des Yeah Yeah Yeahs, qui n’a pas forcément sa place sur ce disque), ce double album imposant recèle en fait une bonne heure et demie de pure merveille d’intensité sonore et dissonante des plus rares. Gira, homme de la dualité par excellence, aussi bien dans la vie (affable, puis soupe au lait en l’espace d’une minute en interview) que dans son Art, manie avec l’aide de ses acolytes le chaud et le froid avec délectation. Il plombe l’ambiance puis se fait plus aérien ou acoustique, avec un chant reposé sur fond de guitare badine avant de retomber dans le noise le plus flippant, le cow-boy se montrant alors possédé et irradiant de rage divine. Le morceau éponyme, long de 32 minutes, est un album à lui tout seul avec ses montées cathartiques et ses pauses rituelles et hypnotiques. 93 av.B Blues et Avatar (inoubliable en live) avec son intro de cloches du diable sont les deux autres sommets de ce double disque qui justifient rien qu’à eux trois l’achat de cette œuvre "prophétique". Mais on peut citer également Lunacy, le titre ouvrant "The Seer", scandé avec l’aide harmonique d’Alan Sparhawk et Mimi Parker de Low pour une liturgie païenne qui élève les sens, suivie des râles narcotiques de Mother of the World, chanson tout aussi hypnogène et duelle. Oh !! Et The Apostate bien sûr, qui clôt "The Seer" dans le chaos avec des crescendos de guitares et une basse swansesque comme jamais et qui fracasse de manière quasi bestiale et primitive ! Gira le cyclothymique est persuadé que ses chansons sont emplies de joie et de luminosité alors que l’atmosphère générale est incontestablement des plus sombres. Mais à l’écoute d’une telle œuvre, l’auditeur est, il est vrai, pris d’un ravissement incommensurable de posséder un tel objet sonore qui semble touché par la grâce de Dieu Tout Puissant. Non, finalement, "The Seer" ne déçoit pas outre mesure, c’est juste un dantesque et sublime avant-goût du Paradis. |