Lescop
Lescop
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"Ian Curtis, sors de ce corps !" Voici ce que l'on peut lire sur YouTube entre autres commentaires, à propos de "La Forêt", le single tiré du premier album de Lescop. S'ensuit un échange plus ou moins vigoureux parmi les internautes à propos de ce disque : sans intérêt pour les uns, réel talent pour les autres. Alors, quoi penser ? Certes, Lescop, Matthieu de son prénom, fait la une des Inrocks et la joie des médias bobos en mal d'idoles. Certes, il plait à la ménagère de moins de 50 ans qui retrouve avec délice les sensations de ses jeunes années (les années 80, synthétiques et froides), époque bienheureuse où l'on guinchait sur Étienne Daho et sa pop faussement ingénue et où l'on dansait sur Taxi Girl sans prêter attention aux paroles. Certes, il a une belle gueule, un regard de gendre idéal et des textes poétiques sombres à la Rimbaud. Mais tout de même. Lescop n'est pas un produit. Ce n'est pas un beau mec que l'on a placé là pour renouveler le genre et faire de l'argent. Lescop, c'est avant tout le chanteur d'Asyl, un super groupe français from La Rochelle, que l'on a adoré aimer il y a 4 ou 5 ans pour sa couche de modernité sur un rock "tendance cold-wave post-punk j'en passe et des meilleures", coincé entre les vrais post-punkers purs et durs genre Frustration et les néos-goths (il y en a trop pour les citer). Asyl remettait au goût du jour une musique sombre, nerveuse et intimiste qui évitait les clichés du genre et que leur chanteur, désormais en solo, a repris à son compte pour mieux coller à ses textes. Plus abordable, moins connotée, la pop froide de Lescop se positionne, comme tout le monde le dit, entre les Daho et Taxi Girl des années 80. Daho avait donné ensuite naissance à l'autre Daho, mainstream et sixties, Taxi-Girl avait donné naissance à Daniel Darc, presque un people aujourd'hui. Lescop revient à l'essentiel, et on se fout de savoir si dans cinq ans il fera des duos avec Lara Fabian ou Francis Cabrel. Aujourd'hui et maintenant, sa pop drapée de noir, glacée et mortifère, nous touche directement et c'est tout ce qui compte.
Frédéric Thébault