| Si Luis Vasquez est accompagné sur scène de trois comparses, c’est toujours seul qu’il compose et qu’il poursuit sa quête cathartique. Ses démons ? Ceux de son enfance passée dans le désert de Mojave dans les années 80. Depuis son premier album éponyme fin 2010, en passant par l’EP "Total Decay" en 2011, et enfin "Zeros", le dernier né, ses influences sont solidement ancrées et peu ou prou les mêmes. À savoir Cure, aux avant-postes, mais pas dans ses oripeaux pop doucereux. Non. Le Cure glacial, âpre et précurseur, celui de "Seventeen Seconds" et "Faith" surtout, qu’on retrouve ici dans la guitare bardée de delay ou de chorus, (cf. Remember The Future, en particulier) élément majeur du son Soft Moon, ou dans certaines lignes de basse au flanger. Hormis cette écrasante référence, l’album évoque également Asylum Party avec cette basse saupoudrée de nostalgie cold, notamment sur Crush ou le morceau-titre Zeros, imparable avec sa rythmique robotique et son gimmick piqué au tube Maniac de Michael Sembello. Gimmick qu’on retrouve plus loin sur le fabuleux Lost Years couplé aux chœurs lointains –le chant réduit encore une fois comme peau de chagrin sur "Zeros"–, où les effluves du premier Dead Can Dance ressurgissent, comme c'était déjà le cas sur Alive présent sur "Total Decay". Malgré cette ascendance cold d’un autre âge, Soft Moon parvient à passer outre le simple exercice de style et à générer un nouveau souffle, notamment grâce au format court de ses morceaux (10 titres pour 34 mn), à une répétitivité grisante (même si l’aspect tribal de "Total Decay" a quasi disparu ici), un dynamisme et une régression assumée. Avec "Zeros", Vasquez canalise sa nostalgie (et la nôtre) dans une débauche de mélodies furieusement énergiques ne se complaisant pas dans un quelconque pathos larmoyant et qui font donc fatalement écho au meilleur. Une version 2.0 d’un cri primal dont on se délectera vraisemblablement encore un moment. |