Bloc Party
Four
[Frenchkiss Records / Coopérative Music]
Fer de lance du revival post-punk/cold wave du début des années 2000, Bloc Party était parvenu à fédérer vieux corbeaux et jeunes hipsters avec un remarquable premier album ("Silent Alarm") associant les mélodies brumeuses et les guitares incisives des années 80 aux sonorités tantôt dansantes et tantôt éthérées de la pop indé moderne –le tout porté par une voix mi-plaintive mi-accrocheuse proche de celle de Robert Smith. Après un deuxième opus nettement moins enthousiasmant ("A Weekend in the City"), le groupe de Kele Okereke (par ailleurs auteur d’un intéressant album solo) avait retrouvé une certaine urgence et une certaine créativité avec "Intimacy" et ses influences électro bien digérées. Et avec ce quatrième disque, qui fait suite aux inévitables rumeurs de split, le quatuor anglais tente encore de se renouveler sans totalement trahir son style. Toujours truffé de réminiscences new wave, "Four" se veut néanmoins plus rock, plus organique, voire plus noisy. De fait, on pense à Sonic Youth sur 3X3, tandis que les guitares sont (un peu trop) ostensiblement épaisses sur So He Begins to Lie, Kettling, Coliseum (avec son intro bluesy déconcertante) et We Are Not Good People (qui flirte carrément avec le punk binaire). En revanche, le percutant single Octopus, l’enjoué V.A.L.I.S. et le nerveux Team A (tous trois assez proches des Talking Heads), offrent une belle dynamique, des mélodies accrocheuses et un son qui fait mouche, sans pour autant atteindre à l’efficacité définitive de Banquet ou Helicopter. De leur côté, Real Talk, Day Four, Truth ou The Healing révèlent une mélancolie diffuse et une instrumentation plus évanescente qui parlent directement à nos cœurs de vieux new-waveux… mais sans nous transcender non plus. À l’arrivée, voici un disque qui se partage entre morceaux presque bourrins s’accordant souvent mal avec l’univers du groupe, titres pop accrocheurs, mais pas renversants, et compositions en clair-obscur séduisantes sans être bouleversantes. Par contre, l’édition "Deluxe" propose deux titres bonus assez savoureux : le Curesque Mean et le tourbillonnant Leaf Skeleton. Mais hormis quelques moments de grâce de cet acabit, et bien que ses disques restent quand même plus intéressants sur la longueur que ceux de la plupart de ses confrères du revival new-wave (The Rakes, The Bravery ou The Killers, qui se sont totalement écroulés artistiquement dès leur seconde livraison), Bloc Party donne l’image d’un groupe qui peine à se renouveler complètement de façon convaincante, et qui ne parvient pas non plus à retrouver totalement la magie de ses premiers enregistrements.
Christophe Lorentz